Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Afrique, une culture nomade

      Article III.            Afrique, une culture nomade

  1. Déni de valeur de la culture africaine

La génération montante dédaigne la culture africaine et semble vouloir se modeler sur la civilisation occidentale. Le constat est évident dans les modes de vie : habillement [exemple  du Burkina Faso avec Thomas SANKARA (1949-1987), qui avait imposé un habit traditionnel de service qui a été mal accueilli], consommation, rejet des valeurs sociales (hospitalité, famille élargie,…).


Une civilisation à ses expressions. La civilisation noire africaine à les siennes de même que celle occidentale. L’africain qui vit en harmonie avec sa culture devrait se reconnaître aisément africain – non par la couleur de sa peau – par ses modes de vivre et d’être. Ainsi l’habillement, la coiffure, l’alimentation, les priorités, les marques de civilité (salutation, expression de ses sentiments, gestion des relations humaines, …) définissent le mode de vie des peuples, un mode de vie porté par une culture qu’il manifeste/véhicule. Une analyse de la manière de vivre des africains de ce temps révèle une hybridité culturelle ou du moins une civilisation fortement marquée et déterminée par une autre : la civilisation occidentale. Il est clair que la manœuvre civilisatrice de l’Occident a eu raison de notre ténacité identitaire. La culture d’ailleurs a réussi à nous faire croire que notre mode de vivre était sauvage, nos manières de faire sales, notre organisation sociale barbare, notre expressivité primitive, notre art grotesque, nos noms impies, nos cheveux une erreur de conception, notre peau noire une négation du beau, la rondeur de nos femmes une insulte à la nature, … Aussi sommes-nous lancés dans une perpétuelle quête d’artifices et de masques pour dissimiler ces marques propres à notre identité d’africain, qui nous font honte et que nous ne parvenons plus à assumer dans le concert des civilisations.  Le  mal a parcouru un si long chemin que le salut du noir  – sur tous les plans – semble être au prix d’une modélisation sur l’Occident. Se modeler sur  l’occident : un pari presque gagné en Afrique. Cependant l’africain est africain et toute démarche d’occidentalisation suppose une désafricanisation (table rase de l’africanité) qui ne peut qu’être partielle, alors on ne retrouve que des mi-africains-mi-occidentalisés, jamais des ex-africains-totalement-occidentalisés. « L’avenir est au métissage » certes mais encore faut-il se savoir métisse et accepter toute les portions de son métissage et non feindre l’inexistence d’un composant ou à la rigueur le supporter en résigné.


Il est aussi vrai qu’un retour à la case de départ, à une Afrique d’avant l’arrivée des colons est hors de projet. Ce serait vivre d’une nostalgie qui renforce les mythes de l’Occident et de l’identité africaine[1]. Il  nous faut «penser et agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, en Nègres..., accéder à la modernité sans piétiner notre authenticité» comme l’a soutenu Léopold Sédar Senghor.

 

2.      Ignorance des us et coutumes


La grande majorité des Africains ignore les traditions culturelles propres à leur milieu et les arcanes des cérémonies d’initiation et d’autres rites culturels ne sont détenus que par les anciens qui ne trouvent plus de jeunes intéressés à qui transmettre ce savoir. Une preuve de cette réalité est la tranche d’âge des personnes interrogées lors des enquêtes pour la rédaction des mémoires en inculturation.


« Mon peuple périt faute de connaissance » se plaignait le Seigneur par la bouche du prophète. Les Africains ne connaissent[2] plus leur culture, cela ne veut toutefois pas dire qu’ils n’ont pas ou plus de culture. Ces deux considérations diffèrent nettement, la première seule est valable et tenable. L’Afrique, brusquée dans son élan et frustrée dans l’expression de sa culture, n’a pas su maintenir les canaux de transmission de son patrimoine culturel.


Aujourd’hui, nous assistons à un manque d’informations sûres et non corrompues sur les cultures d’Afrique. Bien que cela soit dû en premier à la non conservation écrite, l’envahissement de la culture occidentale et le manque d’attrait pour les traditions ancestrales en sont aussi de véritables causes. Nous ne savons plus ce qui se faisait car nos parents ne savent pas ou ont abandonné parce qu’ils sont devenus chrétiens ou parce qu’ils croyaient que ce faisant ils passeraient pour des gens non civilisé.

Abbé Romain SEMENOU,
Lomé le 11 novembre 2011

[1] Kä Mana (L’Afrique va-t-elle mourir ? Essai d’Ethique politique, Paris, Kartala, 1993) dans le développement de la théologie de reconstruction, « s’attaque à l’imaginaire social négro-africain constitué de six mythes qui sont des représentations chimériques de la réalité : les mythes de l’Occident, de l’identité africaine, de l’indépendance, du pluralisme politique et de la démocratie. » Gabriel TCHONANG, Brève historique de la théologie africaine, in Revue des Sciences Religieuses, 84e année-n°2-Avril 2010, Université de Strasbourg,  p 184

[2] Connaître au sens de maîtriser, de posséder, d’être avec.



14/11/2011
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