Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Eucharistie : lieu et temps d’engagements !

 

Eucharistie : lieu et temps d’engagements !


Introduction


Célébrer, c’est accomplir un office liturgique, nous souffle le petit Larousse. La messe étant « source et sommet de tout l’agir liturgique de l’Eglise », ce mot célébrer nous porte droit à l’expression célébration eucharistique. Et qui dit Eucharistie,  pense ordinairement à une assemblée qui constitue le lot des célébrants. Mais là où l’évidence fait place à l’incertitude, c’est quand on s’interroge sur le commencement et la fin  de la célébration. La célébration eucharistique débute-t-elle par le rite de l’accueil ou bien avant ? Est-ce l’ite missa est qui est le terme de la messe ou se prolonge-t-elle au-delà du rite de conclusion (renvoi)? Dans le concret quotidien, des exemples posent le problème et forcent la réflexion à ce propos. En effet, pour la messe dominicale sur une paroisse, il est demandé aux fidèles de prendre part à un travail manuel le samedi. La participation à un tel exercice non de piété mais de propreté peut-elle s’inscrire légitimement dans le canevas de la célébration eucharistique ? Une réponse affirmative met en exergue l’intrinsèque lien entre célébration liturgique et engagement. Toute Eucharistie suppose et réclame pour être vraie une succession d’engagements aussi bien en amont qu’en aval. La célébration eucharistique est, au demeurant, elle-même engagement. Oui l’Eucharistie est le fruit de l’engagement d’hommes et de femmes  rassemblés à l’appel de Dieu, et l’Eucharistie célébrée devient pour eux une invite, une sollicitation à l’engagement. Les lignes qui viennent, essaieront de tracer en trois étapes un schéma des engagements de la communauté ayant trait à la célébration eucharistique : les engagements pré-célébration, in-célébration, post-célébration.

  1. 1.     Engagements pré- célébration

Les engagements pré-célébration c’est-à-dire les engagements de la communauté avant  la célébration proprement dite de l’Eucharistie, recouvrent trois aspects : matériel, liturgique et spirituel. L’ordre d’énumération et de développement ne sacrifie guère à une hiérarchie de valeur, et si c’est le cas, ce sera alors une hiérarchie décroissante. Ces engagements d’avant célébration répondent à un seul et même souci, celui de susciter et de garantir une participation effective, consciente, active et plénière de tous les fidèles.

 

1.1                 Aspect matériel


L’engagement matériel passe par la mise en état de l’immobilier devant abriter la célébration et la mise à disposition et en ordre du mobilier nécessaire.

 

La chapelle, l’esplanade, le stade, le podium, etc., où l’Eucharistie sera célébrée doit répondre à certaines exigences : la propreté, l’aération, la sonorisation, l’accessibilité. La communauté qui s’apprête à célébrer doit veiller à la bonne tenue du lieu où se dira la messe, la dignité, la splendeur, et la portée éminemment divine de l’Eucharistie l’exige gravement. Un local propre ne sonne pas le terme de l’engagement matériel pour la célébration, il implique aussi la commodité du mobilier : chaises, bancs, ambon, autel, siège du célébrant,… C’est bien vrai, qu’assis à même le sol ou sur des sièges improvisées sans une once de confort, le Christ se donnera dans le pain eucharistique. Cependant en vertu du respect dû au Christ et pour permettre une bonne attention des participants, il serait de bon ton de veiller au choix et à la disposition du mobilier afin de garantir le seuil d’aisance indispensable. Et ceci selon les moyens disponibles.

 

 « Quelle merveille lorsqu’une composition florale, par sa seule présence, aide à la prière et à l’intériorité ! »[1] Les fleurs naturelles bien choisies et bien combinées donnent une touche bienfaisante à la célébration. Le bouquet, en plus de sa beauté et de son parfum, peut avec gain, être mis au service de la liturgie, pour aider l’assemblée à prier. « Il peut être forme et volume, couleur et mouvement, symbole et prière, en lien avec les textes du jour. » Il faut également souligner que l’autel n’est pas l’unique emplacement de pose des bouquets, surtout lorsqu’ils sont volumineux.

 

1.2                 Aspect liturgique


La préparation liturgique de la célébration eucharistique demeure essentiellement décision et prise de disposition pour le respect des normes liturgiques qui codifient la célébration. La connaissance des textes de l’Eglise se rapportant à la liturgie eucharistique est donc le premier engagement pour la célébration du prêtre, qui a charge d’âmes. Ensuite vient le devoir de rendre accessibles, c’est-à-dire à la portée de la bourse et de la capacité de compréhension des fidèles, ces documents d’Eglise. Après cette phase lointaine de la préparation liturgique, soulignons quelques points de l’engagement immédiat de la communauté pour la célébration eucharistique.

 

Le sixième chapitre du PGMR[2] donne en termes clairs des indications sur ‘’ce qui est requis pour la célébration de la messe’’. Il en ressort que s’engager liturgiquement pour la messe, c’est apprêter le pain et le vin, les vases sacrés, les vêtements et livres liturgiques, destinés à la célébration eucharistique. Tous ces objets doivent être dignes, nobles et beaux ; ils doivent témoigner la grandeur et l’importance du mystère célébré.

 

Choisir la messe et ses différentes parties (textes des lectures, des prières et des chants) en prenant en compte l’état de préparation spirituelle et la mentalité des participants[3] ; répartir les rôles entre les différents intervenants ou ministres ; faire préparer les textes par les lecteurs ; établir un programme de chants à partir des textes du jour ; méditer et partager avant la messe les textes bibliques avec la présence souhaitée d’un prêtre, sont autant d’engagements pour une célébration de l’Eucharistie.

 

1.3                 Aspect spirituel


Pourquoi vas-tu à la messe ? Question simple, banale croirait-on, surtout quand elle est lancée à un habitué quotidien de la messe.

 

La première réaction serait peut-être, un franc rire qui laissera rapidement place à un visage grave qui se mettra à chercher, à rassembler mots et expressions pour répondre. Ici, la réponse ne nous intéresse point sur un plan objectif mais, c’est plutôt le fait de s’être posé au moins une fois ou souvent cette question qui importe. En effet  quand on aura soldé cette interrogation, on découvrira par le même acte, l’extrême nécessité de la préparation spirituelle de la célébration eucharistique.

 

L’engagement spirituel est d’abord la prise de conscience de l’appel de Dieu et la décision individuelle – relayée par celle communautaire – de se rassembler pour célébrer. Après avoir décidé de répondre à l’invitation à célébrer de Dieu, il faut se rendre plus ou moins digne de sa présence. Le sacrement de la réconciliation reste le moyen indiqué par l’Eglise pour la réalisation de cette fin. Un plus grand amour et compréhension du sacrement de l’Eucharistie se traduit par un grand estime et un désir renouvelé du sacrement de pénitence. Ainsi libéré du poids du péché, on saura vivre, recevoir et goûter au festin de l’amour.

  1. 2.     Engagements in-célébration

La communauté qui célèbre, a à sacrifier à certains engagements durant l’Eucharistie. Ils peuvent être résumés par le respect des prescriptions liturgiques.

 

2.1            Respect des normes liturgiques


La liturgie eucharistique est régie par des normes claires et bien notifiées. La préparation liturgique pré-célébration s’est déjà assurée de leur connaissance. Il ne reste qu’à les appliquer. Le prêtre qui préside, étant, de par sa formation, censé ne pas ignorer aucune de ces prescriptions, veillera à ne pas s’en écarter pour quelque raison que ce soit. L’engagement du prêtre est ici très déterminant, aussi doit – il s’informer et s’instruire en permanence sur l’évolution de la liturgie. Dans ce domaine, l’ignorance ne saurait être une excuse soutenable. Ainsi des erreurs liturgiques comme la rupture du pain avant le moment indiqué, la confusion des couleurs liturgiques, l’omission de rubriques sous prétexte de dépasser l’heure après une trop longue homélie, sont à prohiber.

 

Les gestes et attitudes prescrits doivent être observés par toute la communauté. Le rôle et la place de chaque ministre doivent être respectés. Pas d’improvisation hic et nunc de ministre  extra – extraordinaire[4] pendant la célébration.

 

2.2            L’offertoire : lieu d’auto-reconnaissance


A l’offertoire, le prêtre offre le pain et le vin qui sont les fruits de la terre, de la vigne et du travail des hommes et des femmes. Le travail de ces derniers se situe donc au cœur de l’Eucharistie qu’il rend possible. Aussi en participant à la célébration eucharistique, les fidèles et le prêtre doivent-ils toujours être conscients de ce fait capital pour mieux la vivre.

 

Le travail quotidien s’exécute autour de tables de différentes formes et fonctions. Pensons aux tables du tailleur, du boucher, des employés de bureau, du commerçant, des élèves. De plus la table occupe une place très importante dans la vie familiale. «C'est autour de la table familiale que s'échangent les nouvelles, que s'élaborent les projets, que se communiquent l'humour et les raisons de fêter et d'être fiers. C'est autour de cette même table que se partagent les souffrances, les deuils, la maladie, la perte d'un emploi, les échecs. Et c'est aussi près de cette table que se vit la douleur de la routine et de la solitude. »[5] La table eucharistique devient donc le lieu de présentation à Dieu de tout ce qui fait notre pain quotidien, tout ce que nous vivons durant la semaine autour des différentes tables avec nos frères et sœurs.

 

  1. 3.     Engagements post-célébration

Ce serait une illusion intolérable de croire que la célébration eucharistique trouve sa finale, son point d’orgue dans l’ite missa est. Elle se poursuit dans le partage de la Bonne Nouvelle entendue et du Corps du Christ reçu. Aussi nos célébrations ne doivent – elles pas se terminer par des annonces concernant uniquement la vie de la paroisse mais aboutir chaque dimanche, et tout au long de l’année, à des actions concrètes pour les hommes qui nous entourent et pour le monde où nous vivons

 

3.1            Engagements pour la charité


Le renvoi final de la messe est un ordre à aller à la recherche du pauvre qui est au fait une possibilité offerte d’exercice de charité. L’Eucharistie qui est le banquet de l’amour ne peut que s’ouvrir en principe sur des œuvres concrets de charité Saint Jean Chrystome a mis en exergue le lien entre Eucharistie et engagement pour la charité, nous reprenons ici ses propos. « Veux-tu honorer le Corps du Christ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Car celui qui a dit : 'Ceci est mon corps', est le même qui a dit : 'Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri'. Rassasie d’abord l’affamé et orne ensuite sa table. En ornant sa maison, veille à ne pas mépriser ton frère affligé : car ce temple-ci est plus précieux que celui-là… Qui pratique l’aumône exerce une fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le Corps du Seigneur devient pour  toi un autel. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places; à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie. »

 

 

 

3.2            Engagements pour la justice sociale


La liturgie de l’Eucharistie nous rapproche du Christ et cette proximité nous mène à reconnaître le Christ dans les personnes faibles, en proie au besoin et aux maux ordinaires (faim, soif, maladie, analphabétisme, prison). De ce fait le culte eucharistique nous forcement à un engagement en faveur de l’équité sociale. Cet engagement passera, pour certains, par des activités concrètes de promotion de la justice et pour d’autres, elle s’exprimera à travers des formes de prière et de sacrifice au bénéfice des plus nécessiteux, des marginaux. Mais pour tous, cela revient à accomplir un effort personnel et continu pour donner vie à la justice dans nos rapports avec les autres.

 

3.3            Engagements contre l’intolérance et la ségrégation


Une communauté qui célèbre l’eucharistie, se rassemble, fait communion autour et dans le Christ. Par ce fait même elle est une interpellation et un témoignage contre l’intolérance, le racisme et la ségrégation. L’inculturation – fondée sur l’unité et la différence des personnes de la Sainte Trinité – qui fait son chemin dans la liturgie eucharistique est en soi un signe de tolérance qui doit être relayé par des actes concrets pour dire non aux atrocités qui défigurent les humains.

 

Maxime ALLARD[6] rapporte un fait advenu au temps de l’apartheid en Afrique du Sud pendant la grève générale d’août 1992. « Sans l'autorisation requise, des séminaristes noirs et colored, leurs professeurs blancs, des chrétiens et des chrétiennes, sont rassemblés pour célébrer l'eucharistie. L'église, située dans un territoire blanc, est survolée par des hélicoptères du régime, entourée de chars. » Cette célébration eucharistique peut être qualifié de contestation liturgique de l’intolérance raciste. Toutefois le premier engagement des fidèles dans ce domaine reste l’effort  d’acceptation mutuelle au sein de la communauté. Qu’il n’y ait pas de castes, de gens privilégiés, surtout pas au cours de la célébration.

 

Conclusion

 

Dire célébration eucharistique, c’est évoquer tout un parterre d’engagements qui se situent aussi bien en amont, en aval que pendant la célébration. Le passage en revue de ces engagements nous pousse à affirmer que la valeur ou l’impact d’une  célébration dépend de la qualité des engagements qui l’ont préparé, porté et suivi. Aussi la communauté qui se met en devoir de célébrer ne doit – elle point faire économie d’engagements.

Romain Séménou

1] Danielle Caillet, Fleurir en liturgie, Parcours de formation 2008-2009, www.diocese-frejus-toulon.com

[2] Présentation générale du Missel Romain ‘’l’Editio tertia’’ du pape Jean Paul II

[3] Cf. PGMR, 352

[4] Personne qui n’a pas reçu le mandat d’exercer le ministère  extraordinaire en question.

[5] Le Mouvement des travailleuses et des travailleurs chrétiens de Québec, «l’Eucharistie table de vie et l’engagement », réflexions préparatoires au Congrès Eucharistique sur le thème:

Eucharistie, Don de Dieu pour la vie du monde.

 

 

[6]Maxime Allard, o.p., Intolérance et liturgie, in revue Célébrer les Heures, printemps 1995

 



02/03/2012
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