Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Religion Traditionnelle Africaine

Religion Traditionnelle Africaine : RTA 

1. Introduction à l’étude de la RTA

Le sentiment religieux, par- delà  ses manifestations particulières, est présent dans toutes les sociétés humaines. On convient donc de définir la religion  comme un culte rendu à une divinité, une relation, une référence au sacré auquel l’on donne diverses significations. Il est donc nécessaire de confronter l’Evangile avec ‘’ l’arrière monde’’ pour avoir une vision claire. Or, le contact des traditions entre elles et avec l’occident, berceau du modernisme, a bouleversé énormément les données dela RTAqui a entraîné de  grands changements tant positifs que négatifs dans les pratiques et dans les mentalités. Face à ces interférences, nous n’échappons pas au syncrétisme et la prolifération des sectes. Dieu est ainsi vu, senti et vécu différemment.

Quelle serait alors la conception de Dieu et de l’homme dansla RTA ? Que véhiculent les cosmogonies ? Quelles perceptions de Dieu en découlent ? Quel est l’impact dela RTAet de la culture africaine sur le christianisme ?

 

1.1. La RTA comme système religieux : caractéristiques d’une religion.

  • Qu’est ce qu’une religion ?

L’étymologie de la religion est discutée depuis l’antiquité. De Cicéron, qui la rattache au verbe ‘’religare’’, à  A. Ernout et A. Meillet qui préfèrent ‘’religio’’, une dérivation de ‘’religare’’. Plusieurs définitions ont été donc données sur ce mot. De tout ceci, nous pouvons retenir les suivantes :

  • Pour Jean Delumeau, la religion est « l’ensemble des rites et des croyances qui relient l’homme au sacré »
  • Pour  Odon Vallet, la religion est  « un lien entre les hommes, une alliance avec Dieu, une attache communautaire, un bandage contre les fractures sociales »
  • Pour Yves Lambert, la religion est  « un système de croyances et de pratiques se rapportant à des réalités-être(s), entité(s), force(s)-supra empiriques en relation avec l’homme par des moyens symboliques –prière, rite, méditation- et donnant lieu à des formes communautaires. »
  • Pour Morris Jastrow,  la religion se compose de 3 éléments :
  • La reconnaissance d’un pouvoir ou de pouvoirs qui nous dépassent ;
  • Un sentiment de dépendance à l’égard de ce ou de ces pouvoirs ;
  • L’entrée en relation avec ce ou ces pouvoirs.

Si l’on réunit ces trois éléments dans une seule proposition on peut définir la religion comme la croyance naturelle à un ou à des pouvoirs qui nous dépassent, et à l’égard desquels nous nous sentons dépendants, croyance et sentiment qui produisent chez nous :

  • une organisation (communauté),
  • des actes spécifiques (des rîtes),
  • une réglementation de la vie ayant pour but d’établir des relations

favorables entre nous-mêmes et le ou les pouvoirs en questions(les lois).

 

En Afrique, la religion informe tout. Son emprise s’étend à la vie politique, sociale, et familiale.La Religion TraditionnelleAfricaine n’est pas moindre que les religions dites révélées. L’homme dela RTA :

ü    Croit en un Dieu universel, créateur des hommes, de la terre et  des fétiches. Bien entendu, il y a des divinités secondaires, mais ces divinités sont des émanations du Dieu unique ou bien elles en sont les intermédiaires (un peu comme les Saints de la religion Catholique).

ü    Croit à un au-delà : un au-delà pour les bons, un au-delà pour les mauvais est certain dans les religions africaines. Ceux qui ont bien vécu  rejoignent leurs ancêtres et les autres non.

La RTAa une organisation cultuelle. Cette organisation se laisse aisément déduire de l’organisation de son panthéon religieux. Les prières dansla RTAsont adressées à l’Etre Suprême, aux ancêtres et au relais de l’Etre Suprême. Le sacrifice qui est un élément de la prière, est un des rites les plus essentiels et  les plus permanents. Il est défini comme un déplacement de forces mystiques réalisées par Dieu, grâce à l’intercession du prêtre et pour la sanctification du fidèle.

Les  Religions Traditionnelles Africaines  sont donc loin d’être considérées moindre qu’une religion au constat de tout ce qui précède et de tout ce que nous observons comme pratiques : sacrifices, oblations, substances liquides avec lesquelles on s’enduit… Les religions de nos ancêtres ont encore un long et grand avenir devant elles.  

1.2. L’origine des religions dans la société humaine

Depuis les origines de l’humanité, de nombreuses définitions de l’homme ont été données. La plus profonde tient en ces simples mots : l’homme est un être religieux ; car  c’est le propre de l’homme de réfléchir sur le mystère de sa vie et de sa mort et de tenter d’y donner une réponse.

Sous un nombre considérable de formes à travers l’histoire, l’homme vit une expérience religieuse irréductible à toutes les autres expériences. A travers l’existence profane, il découvre le sacré, qui transcende ce monde, mais s’y manifeste comme une réalité transcendante.

Qu’est-ce que l’homme ? Quels sont le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ?

Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ? Telles sont les énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier, comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain. Les hommes attendent des diverses religions, la réponse à ces énigmes précitées. Le désir de l’Absolu est donc inscrit dans le cœur de l’homme. Les religions permettent à l’homme d’entrer en contact avec la source du sacré, c’est-à-dire le sacré en tant que réalité transcendante et mystérieuse, présence divine invisible qui est le réel absolu, vivant et source de vie, qui répond à ses questions lancinantes mentionnées plus haut. L’homme est toujours avide d’une spiritualité et d’une foi dans l’au-delà associée à la foi en cette vie. « Depuis l’âge de la pierre  jusqu’à l’ère atomique, subissant détonants changements et de multiples métamorphoses, la religion vit indissolublement unie à l’esprit humain, à la culture mondiale. Elle coule à pleins bords, désormais, la rivière de la religion »[1].

L’aspiration au bonheur est au cœur de l’histoire, comme de chaque existence personnelle. Et le riche terreau de l’expérience humaine a vu surgir un nombre étonnant de religion, pour répondre à ce désir de bonheur, à ce besoin de salut, à cette quête d’espérance.

En quête de cohérence et de bonheur, de communion et de réconciliation, de sagesse et de salut, l’homme de l’ère informatique comme celui des cavernes fait dans l’expérience religieuse la découverte du sacré qui fonde son existence, transcende sa finitude et assure à son odyssée terrestre son encrage et son avenir éternels.

 

1.3. Définition de la RTA et explication de la terminologie.

 

Au départ, divers concepts dépréciatifs ont été employés pour désigner les religions des africains :

  • « Fétichisme » : d’origine portugaise, le mot « féitiço » désigne un morceau de bois taillé, faisant allusion aux représentations sculptées que faisaient les peuplades d’Afrique de certaines divinités.
  • « Paganisme » : en référence au début du christianisme où les paysans des campagnes romaines non christianisées étaient appelés païens. Or, la plupart de civilisations africaines sont agro-pastorales.
  • « Animisme », de anima, âme. En effet, pour les africains, tout ce qui existe, les objets, les plantes, les pierres, les animaux, les hommes,… est animé par une force que certains ont nommé « âme ». On a fini par identifier cette force à une entité spirituelle.
  • « Ancestrisme », en référence aux cultes des ancêtres que pratiquaient certains africains.
  • « Idolâtrie » en référence au culte des idoles, qui sont des statuts ou des figures représentant une divinité et exposées à l’adoration.
  • « Mânisme » en référence aux cultes rendus aux âmes des morts dans certaines cultures africaines.

Jadis employés par les anthropologues et les missionnaires, ces diminutifs sont impropres pour désigner l’ensemble des pratiques religieuses ancestrales africaines. Au mieux, ces termes ne désignent que l’un ou l’autre aspect d’une réalité beaucoup plus noble et complexe qu’ils prétendent nommer.

Depuis le colloque organisé par la CERAO[2] à Abidjan en 1974, dans le prolongement du Concile Œcuménique Vatican II (1962-1965), il est convenu d’appeler l’ensemble de ces croyances ancestrales africaines, Religions Traditionnelles Africaines (RTA).

Une autre difficulté se posa alors. Faut-il parler des religions (au pluriel) ou de la religion africaine (au singulier) ? Les deux emplois sont possibles selon qu’on veut mettre en relief, la spécificité des pratiques religieuses de chaque peuple ou selon qu’on veut insister sur ce qui leur est commun. En parlant de religions africaines au pluriel, on met l’accent sur les écarts différentiels, tandis que l’usage du singulier permet de fixer le regard sur le dénominateur commun des religions des africains.

Employé au singulier ou au pluriel, le terme RTA se définit comme « étant l’ensemble des croyances, des conceptions, des visions fondamentales du Négro-africain relatives au monde invisible (Dieu, ancêtres, génies, mort, l’au-delà,…), au cosmos, à l’homme dans ses rapports avec le monde invisible et face à la vie et à la mort »[3].

1.4- les sources de la RTA : les noms, les lieux sacrés, les symboles, les mythes et les rites de passage.

Les sources dela RTAdésignent les bases qui fondent l’existence dela RTA.  Etcomme toute religion,la RTAa aussi ses diverses sources de croyances. C’est l’ensemble de ses sources qui prouvent l’existence d’un sentiment religieux parmi les peuples africains, avant et après l’arrivée du Christianisme. Elles sont à l’origine du culte dans cette religion et montre l’existence d’un Etre Suprême, détenteur de toute vie. Nous pouvons citer  comme sources : les noms, les lieux sacrés, les symboles les mythes et les rites de passage.

1.4.1- les noms.

Les noms sont tout d’abord des mots ou des conceptions indicatrices, désignant un être vivant, une chose, un esprit visible ou invisible et surtout l’Etre Suprême. Ces noms ont une grande importance  et un effet sur les peuples africains et surtout dans leur religion c'est-à-dire leur relation avec L’Etre Suprême.

La grande variété des noms théophores que portent les individus chez nous au Togo par exemple le démontre clairement. Ils  clament  la présence de l’Etre Suprême dans le monde : sa seigneurie  et la qualité de ses interventions dans la vie des humains.  Plusieurs  clans et peuples composants le pays désignent de manière différente l’Etre Suprême mais expriment le même sentiment envers Lui. Ainsi il est désigné par ‘’Mawu’’ chez les Ewé du Sud-Togo ; "εsso" chez les Kabyè du Nord-Togo ;’’ Yendu’’ chez les Moba du grand Nord-Togo ; ‘’Sangbandi’’ chez les Nawdba. Les individus issus de ces peuples portent parfois des noms en rapport avec cet Etre Suprême. Nous avons en exemple : chez les Ewé, ‘’Mawulé’’ (qui signifie Dieu existe) ; ce même nom a ses correspondants en Kabyè, ‘’Essowè’’ et en Moba, "Yendubé".

 Les  noms qui expriment la bonté, la bienveillance, la dépendance  de l’homme et l’intervention de l’Etre Suprême dans la vie de ces peuples sont nombreux et variés. Nous avons :

 

v    En Kabyè : Esso lakina ( c’est Dieu qui fait ) ; Essolizina (c’est Dieu qui a crée), Essohouna ( c’est Dieu qui juge) ; Essomana             (c’est Dieu qui bati) ; Essokoudjowou ( Don de Dieu) ; Essoessina (celui que Dieu aide) ; Essobouyou (C’est pour Dieu) ; Essowazi ( Dieu bénit )etc.

v     En Ewé : Mawunyo (Dieu est bon) ; Mawulawè (Dieu le fera) ; Mawuéna (Dieu donne) ; Mawunyegan (Dieu est grand) ; Essenam (Il –Dieu- m’a exaucé) ; Holassé (Le rédempteur  a écouté) ; Déla (Le Sauveur) ; etc…

A part ces noms d’exaltation et dépendance de l’homme à l’Etre Suprême ; très souvent, dans des évènements douloureux, l’homme n’accuse pas son semblable injustement par rapport à son sort  mais, il se tourne vers son créateur, comme source de son malheur, et s’exclame sous forme de pleurs, de lamentations, de prières, de supplications et d’abandon à sa volonté ; en termes de noms[4]. Exemple en Kabyè nous avons : ‘’Essolom ‘’ (Dieu m’a abandonné) ; ‘’Essokizam ‘’ (Dieu m’a rejeté) ; ‘’Essodaham’’ (Dieu ne m’a pas donné) ; ‘’Essoyodou’’  (Dieu parle) etc.

D’autres noms que portent les individus ont trait aux divinités ou aux intermédiaires dansla RTA. Exemples :

v    En  Ewé  "Nagonou" (a trait à la divinité "Afa") ; "Husro (vi )" désignant grand homme ou  petit homme ; ‘’Vodoussi’’ désignant la femme de Vodou ont trait tous à la divinité ‘’Héviésso’’. Ceux-ci sont reconnus comme adeptes ou issus de ces divinités par la société qui les porte.

v    En Kabyè  Hazou (conçu après imploration de’’ εgolomιyε’’ qui est une divinité du clan).

 1.4. 2  Les lieux sacrés

Ce sont des lieux de cultes dansla RTA. Ceslieux servent de sanctuaires ou d’autels pour les sacrifices destinés soit  aux ancêtres et aux divinités, soit aux esprits selon les circonstances et les événements de la vie du peuple.

 Ces intermédiaires dansla RTA, se chargeront d’orienter les offrandes des hommes jusqu’à l’Etre Suprême. Ces lieux de cultes sont nombreux et varié selon les peuples et les milieux ; selon une aire culturelle à un autre. Quelque soit  le peuple ou l’aire culturel circonscrit, ses lieux restent caractéristiques et déterminants  lors des sacrifices. Chaque lieu a un sens profond et religieux selon le peuple qui l’entretient par des sacrifices.

Cela dépend non seulement de la circonstance et le but poursuivis  par les sacrificateurs, mais aussi, de la bienveillance répétée et reconnue pour ces lieux selon le temps et les peuples.

Nous avons dans au Togo des lieux comme : les sources des cours d’eau , les forêts sacrées , les vestibules de la maison  ( l’entrée de la maison) , le centre de la cours de la maison , le devant de la chambre à coucher, les carrefours , les fleuves , la mer , les fourmiliers , sous certains arbres comme le baobab, le papayer  et sur certains rochers.

Il est à noter qu’un lieu sacré peut perdre sa sacralité après quelques années pour plusieurs raisons d’ordre anthropologiques et sociales.

 

  1.4.3 Les symboles

Selon le dictionnaire universel, un symbole est une représentation figurée, imagée, concrète d’une notion abstraite. Ainsi  défini, il y a des symboles propres à une religion, à une culture, à une  époque et à un système etc. Ainsi, dansla RTA, l’accent a été mis surtout sur le coté pratique et utilitaire des symboles. Pour certains adeptes, c’est le lieu par où passe l’homme pour établir une communication avec ses semblables et avec des réalités situées dans d’autres dimensions.

Dansla RTA, les symboles véhiculent le savoir, la connaissance des choses et des  êtres, ce qui fait objet de crainte, de respect, de vénération et d’interrogation. Les symboles sont pleins de sens dans nos milieux : ils font connaître, enseigner et renseigner, initier, révéler et expliquer.  Plus précisément les symboles  représentent et remplacent l’Etre Suprême et ses intermédiaires ici-bas. Ils avertissent les hommes par l’intermédiaire des médiateurs : devins, guérisseurs, prêtres (esses)  traditionnels  (elles)  etc. Au Togo par exemple nous avons : de petites pierres bien fixées sur une motte de terre, bien façonnée et arrangée, parfois cimentée, placée devant vestibule ou à défaut à l’entrée de la maison, symbolisent les descendants de toute la famille ; chacun des ancêtres étant symbolisé par une des pierres fixées. La fixation de chacune de ses pierres est aussi occasion de cérémonies et de cultes selon l’âge et les bienfaits du défunt(e).

Et périodiquement, surtout quand le besoin se fait sentir ; l’on accomplit des sacrifices en ces lieux, pour demander leurs  bienveillances  ou leur confier des doléances de la famille. Ceux-ci  les transmettront à l’Etre Suprême.

Le symbolisme dansla RTA, laisse voir dans notre culture  l’importance de certains animaux sauvages: le varan, le caméléon et le serpent.

Ils sont les symboles des malheurs imminents ou signes de présences maléfiques dans la maison. Par ailleurs, la rotation d’une luciole[5] pendant la nuit autour de la maison après 19 heures 30 est  source d’information qu’on doit chercher chez un devin ; et accomplir ce qu’il convient  de faire pour être en paix avec l’Etre Suprême. Les symboles alimentaires comme le sel et l’huile rouge en pays Kabyè, attirent  la bienveillance des esprits ; tandis que le cri d’un hibou perché sur un arbre symbolise l’insatisfaction des esprits protecteurs de la maison.

 

1.4.4-Les mythes

Un mythe dans la culture est un récit légendaire transmis par la tradition, qui, à travers les exploits des êtres fabuleux (héros, divinité …) , fournit une tentative d’explications des  phénomènes humains,  naturels, est  spirituels. Ainsi, les mythes font partis de la croyance dansla RTA ; car, rien n’est fait au hasard, dans le monde visible et invisible en ladite religion.  Et cela devient source de respect, de vénération, d’adoration,  de cultes et de sacrifices  à partir de ces récits vraisemblables .Il ya des mythes liés à la nature, appelés  mythes cosmogoniques, ayant un sentiment religieux. Certains mythes sont liés à la présence des esprits et de l’Etre Suprême. Nous verrons des types mythes dans les chapitres suivants. 

1.4.5-Les rites  de passages

Dansla RTA, les rites sont des règles qui régissent la pratique d’un culte particulier, selon les circonstances et le but poursuivis par les officiants. C’est ainsi que plusieurs rites initiatiques sont occasions de sacrifices ou offrandes aux génies (ancêtres et esprits) et à l’Etre Suprême).Dans les événements heureux et festifs, les  multiples cérémonies religieuses   accompagnent  les mutations profondes de chaque individu. Exemple : en pays Kabyè, les rites initiatiques Evala, Ezokpotu, kondontu… se remarquent chez les hommes depuis leur jeune âge jusqu’à leur maturité totale ; Akpéma chez les jeunes filles,  est un rite qui leur permet de se prendre en charge et de fonder un foyer. Tous ces rites constituent  non seulement des occasions de cultes mais aussi de l’occasion de demander à l’Etre Suprême d’accorder ses bénédictions à ses individus.

 

De même, dans les mutations dangereuses et malheureuse de chaque individu : cas de deuil, incendie, accident ou catastrophe naturel, l’homme africain togolais observe de divers rites et présente aux génies et à l’Etre Suprême les supplications qui s’imposent.  Nous avons tant de rites de passages comme  la naissance, la sortie de l’enfant, la présentation des dons aux ancêtres, le mariage, les funérailles, qui sont liés à la maturité et la fécondité de la personne.

Le but final des rites initiatiques n’est pas seulement de provoquer l’habileté manuelle, la force du combat personnel dans la vie, mais aussi d‘apprendre à l’individu les paroles rituelles et attirer sur lui les bienfaits de l’Etre Suprême et enfin l’éloignement des malheurs qui puissent exister dans sa vie.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      1.5. La RTA dans les documents de L’Eglise

 

La relation de l’Eglise Catholique avecla RTAest à inscrire dans le cadre plus général des relations qu’elle entretient avec les autres religions.

Apres des siècles d’indifférence, de méfiance, voire de lutte contre les religions  qu’elle  rencontre sur le terrain dans sa mission, l’Eglise catholique s’est peu à peu résolue à tenir compte du patrimoine religieux des peuples auxquels elle annoncela Bonne Nouvelledu Salut en Jésus –Christ. Ce changement de comportement a été préparé de longue date ; mais, l’ouverture dont nous bénéficions à présent s’est concrétisée essentiellement au deuxième Concile du Vatican (1962-1965).

A ce Concile, il y a eu effectivement de la part de l’Eglise Catholique, une prise de conscience que le Salut, don de Dieu, n’est pas réservé aux seuls baptisés, et que la grâce qui permet d’accueillir ce salut est  offerte  à tous les hommes.

L’essentiel de cet enseignement du Concile est contenu dans l’importante déclaration Nostra  Aetate : « L’Eglise Catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions mais considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui quoi qu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, apportent souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes ».Le Pape Paul VI, de vénéré mémoire, renchérissait ces propos en ces termes : « L’Eglise considère avec grand respect les valeurs morales et religieuses dela Tradition africaine non seulement en raison de leur signification, mais parce qu’elle voit en elle la base providentielle pour la transmission du message évangélique et pour la construction de la nouvelle société en Christ. »

Selon le document post-Synodal  Ecclesia in Africa, l’Afrique n’est pas vouée à  la mort, mais à la vie! Il est donc nécessaire que la nouvelle évangélisation soit centrée sur la rencontre avec la personne vivante du Christ. La première annonce doit viser à faire cette expérience bouleversante et enthousiasmante de Jésus-Christ qui appelle et entraîne à sa suite pour une aventure de foi.Cette tâche sera d’autant plus facile que l’africain croit en Dieu le Créateur à partir de sa vie et de sa religion traditionnelle.

Il est donc aussi ouvert à la pleine et définitive Révélation de Dieu en Jésus-Christ, Dieu avec nous, Verbe fait Chair. Jésus,la Bonne Nouvelle, c’est Dieu qui sauve l’africain de l’oppression et de l’esclavage.

 

 1.6- les attitudes  face à l’étude de la RTA

« L’Eglise Catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions (non chrétiennes) mais considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de  vivre, ces règles et ces doctrines  qui, quoi qu’elles diffèrent  en beaucoup de ce qu’elle-même  (Eglise Catholique) tient et propose, apportent souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes. » C’est cette déclaration de Nostra Aetate qui inspire la conduite à tenir lorsqu’on évoque la question dela RTA.

Plusieurs attitudes tant positives, négatives que neutres devraient  s’observer chez l’étudiant dela RTA.

  • Attitudes positives : Depuis longtemps,la RTA comme les autres grandes religions ont été mal connues et mal appréciées des chrétiens. Vatican II nous invite à un regard neuf. Il faudra désormais avoir un esprit ouvert, capable d’accepter la prise en considération des valeurs que renfermela RTA. Pour cela, il faudra bannir les préjugés  et considérerla RTA pour ce qu’elle est réellement ; la respecter dans ses caractéristiques et ses pratiques. La confiance est alors de mise : il faut passer d’une attitude de méfiance, voir de mépris à un regard positif et bienveillant sur ces croyances. Il faut risquer d’aller « au delà de la tolérance » pour rencontrer véritablement  l’autre.

Bref, il faut étudierla RTApas dans l’intention de trouver ses points de faiblesse, mais avec un souci de mieux la comprendre en vu d’une évangélisation meilleure et d’un dialogue réussi.

  • Attitudes négatives : quoi qu’on dise, il ya un fossé qui existe entre le

Catholicisme et la RTA.  Faceà ce fossé, il n’y aura pas de concession pourla RTA. Ils’agit en étudiantla RTAde veiller à garder la doctrine chrétienne dans sa pureté.

  • Attitudes neutres : L’objectivité devrait être la base des réflexions. Cette objectivité est souvent difficile mais entre la méfiance à priori et l’admiration naïve, il faudra essayer de « sentir » avec sympathie et luciditéla RTA. Le discernement devient alors le maître mot de cette entreprise. Il faut aussi demander la lumière du Saint -Esprit, maître de toutes les connaissances.

 

1.7- Les raisons d’être de l’étude de la RTA.

La RTA, comme nous le savons,  constitue notre milieu d’origine et même de vie. Nous côtoyons au quotidien les adeptes et pratiquants de cette religion.

En tant que chrétiens vivant dans cette situation, une bonne connaissance dela RTAest d’une importance capitale en tant que notre propre culture est à évangéliser. L’étude dela RTAa pour but essentiel de préparer à un dialogue serein, prudent, vrai et sincère dans la ligne des recommandations du Concile Vatican II.

L’étude dela RTApermet d’assimiler les valeurs positives telles que : la croyance en  un Être Suprême, Eternel, Créateur, Providence et Juste Juge, qui harmonise avec le contenu de la foi.

Futurs messagers de l’Evangile que nous sommes, il est nécessaire de s’intéresser aux  valeurs culturelles et religieuses du peuple au milieu duquel nous serons envoyés. Comme le dit le père Eric Rosny, « tant qu’on aura pas évangélisé l’animisme, on aura pas commencé l’évangélisation de l’Afrique ». C’est seulement en connaissant ces Religions Traditionnelles souvent confondues aux coutumes que nous pouvons les confronter à l’Evangile. Cette confrontation se fait dans le travail de l’inculturation. Ce processus d’inculturation  du message évangélique dans lequel l’Afrique s’est résolument engagée ne peut être mené à bien sans un travail préalable de connaissance des valeurs culturelles et religieuses des peuples concernés. Aussi « le premier devoir du missionnaire en arrivant chez un peuple improprement qualifié de païen, écrit Pernot Placide est d’étudier sa religion. Ensuite, il faudra construire patiemment sur ces pierres d’attentes ; mais tout cela ne pourra se faire que de l’intérieur par une présence pleine de sympathie, au cœur de l’homme religieux. » D’où la nécessité de l’étude dela RTA. 

1.8 Les différentes approches pour l’étude de la RTA

Les multiples considérations face aux Religions Traditionnelles Africaines ont varié au cours des temps et suivant les idéologies, du négatif au positif. Ces prises de position nous permettent d’aborder l’étude dela RTAsur le plan historique, philosophique, socio- anthropologique et théologique.

1.8.1 L’approche historique

Dans le passé, les Africains (au sud du Sahara) ont été considérés comme des peuples n’ayant ni culture ni civilisation ni religion, mais possédant quelques superstitions. Ils ont été qualifiés de barbares et de sauvages qu’il fallait coûte que coûte civiliser et éduquer au nom d’un prétendu absence de religion.

Mais de nos jours, nous savons que cette considération ou mieux ce jugement de valeurs est une erreur étant donné que l’instinct religieux est commun à toutes les races humaines. Et, la préoccupation du surnaturel et du divin est une des tendances les plus universelles et  les plus constantes de l’humanité[6]. En Afrique noire,la Religion Traditionnelle coexiste avec l’histoire de la culture sans que l’on ne puisse invoquer un événement historique repérable comme pour les religions à fondateur.

C’est pourquoi, pour savoir des croyances du peuple africain en particulier, un minimum de connaissances de la langue, de la culture et même du milieu géographique s’avère indispensable.

 

1.8.2 L’approche philosophique

A ce niveau, d’aucuns peuvent se demander comment la philosophie aborde l’étude dela RTA.Eneffet, le domaine religieux ne fait pas exception à la réflexion philosophique car la philosophie en tant que système de pensée et de connaissance, englobe tous les domaines de la vie humaine. Ainsi, en retenant comme principe de base la raison (commune à toute la race humaine), nous retrouvons quelques éléments dansla RTAqui pouvaient constituer l’objet d’une étude philosophique. Ces éléments sont relatés dans les mythes, légendes, contes, proverbes, devinettes, … et dénotent d’une richesse de la tradition africaine.

Ainsi, comme 1er élément, nous pouvons parler de la conception d’un être transcendant, créateur de la « creatio ex nihilo et suggesti » et dispensateur de toute chose, désigné comme un moteur chez Aristote, le moteur qui fait mouvoir sans être mû, le principe sans principe (cf. 1ère preuve de l’existence de Dieu : le mouvement).

Comme autre élément, nous pouvons évoquer aussi l’ordre du monde[7]. Les Africains, ainsi, reconnaissent un ordre du monde. L’homme a une place dans cet ordre ; il ne doit pas chercher à y échapper, ni par le haut en abusant du pouvoir comme fait le sorcier, ni par le bas en se comportant comme des animaux par exemple en ayant des relations sexuelles contre nature. Les rites dressent des remparts contre le désordre : il convient de respecter les règles de dépendance par rapport au monde des esprits (monde des ancêtres et des êtres invisibles). Donc dans cet autre élément, nous relatons l’existence de deux mondes distincts dont celui visible des hommes et celui de l’invisible régi par un Créateur et des puissances qui, sous des noms divers et tout en étant des manifestations de ce créateur, sont spécialisés dans des fonctions de toutes sortes pour ou contre les humains[8], par comparaison au monde sensible et monde des esprits.

1.8.3 L’Approche Socio-Anthropologique

1.8.3.1 L’Approche Sociologique

La religion est un fait éminemment culturel. Sa pratique a des incidences sociales. Dans l’étude dela RTA, les êtres spirituels avec lesquels l’homme entre en contact apparaissent comme des garants de l’équilibre individuel, de l’ordre  social et cosmique. Ce rôle d’équilibre, d’intégration et de sécurisation que jouent les divinités entre les membres d’une société contribue  à l’harmonie sociale.

C’est autour des divinités que les clans d’un village mettent en commun leur destin et leur avenir social en participant aux rites cycliques qui intéressent toute la communauté.

La fonction de sécurisation s’observe  sur le plan individuel. En effet, du culte rendu aux entités spirituelles découle cette croyance en leur activité protectrice. On croit à leur protection personnelle de ceux qui observent ses lois. Elles assurent par les satisfactions psychologiques, une sécurité morale et une paix de l’âme. Elles  assurent le respect de l’ordre moral.

 

1.8.3.2 L’Approche Anthropologique

Dans la RTA, il y a cette unité entre l’homme avec les êtres spirituels ou l’invisible. Mais cette unité de l’homme avec l’invisible ne signifie pas que celui-ci soit à l’image de l’invisible.

On le pense bien créature de Dieu, envoyé par lui pour vivre sur la terre. Il peut compter sur Dieu pour vivre, mais la connaissance de Dieu n’aide nullement à celle de l’homme. Pour bien vivre, il suffit de se conformer à la volonté de Dieu révélée  par la pratique de la divination. Cet homme est constamment en quête de l’énergie vitale et l’acquiert par les bonnes grâces des divinités. La vie terrestre présente l’homme comme le jouet des forces de la nature et des puissances  invisibles. Sa faiblesse ne vient pas de son péché mais de ce qu’il ne participe pas au gouvernement de l’univers. Aussi doit-il chercher pour acquérir de la puissance à obtenir l’intervention et la protection des êtres invisibles qui dirigent le monde visible. Les hommes puissants sont ceux qui s’étant conciliés des puissances invisibles, les ont utilisées  pour se protéger et se défendre. La tension de l’homme à désirer la vie explique pourquoi la mort est conçue comme un passage à l’ancestralité ; un prolongement de la vie terrestre dans l’au-delà. Ainsi le mode d’existence spirituel ne diffère pas du mode matériel puisque toutes les commodités de l’existence des humains sont aussi partagées par les dieux.

1.8.4 Approche théologique

La notion d’un Dieu unique, suprême, invisible domine dans la religion traditionnelle africaine. Les adeptes ordonnent leur existence à celui qu’ils prennent pour l’animateur mystique de toute la vie spirituelle et la source énergétique qui alimente tout un circuit de forces partant de lui et revenant à lui. Cette force unique est conçue comme quelque chose qu’on ne peut pas dépasser. Il est l’insurpassable, celui à qui rien, ni personne ne peut être supérieur. Il représente cette puissance initiale et créatrice de l’univers. Il commande à toutes les divinités, aux ancêtres et aux hommes. C’est une divinité primordiale, invisible, immanente et incréée dont les petites divinités jouent le rôle de délégués. Unique en son genre, autonome et immuable, d’une grandeur inégale, il n’est pourtant pas un Dieu unique et exclusif. L’arrière fond polythéiste dela RTAadmet l’idée d’une lointaine transcendance mais de contours  imprécis. Il agit surtout par l’intermédiaire des divinités. Il est de même nature spirituelle qu’elles mais se distingue par un caractère éthique : pureté, paix, générosité, patience.

1.9. Les questions contemporaines dans l’étude de  la RTA

Les tendances contemporaines de l’étude la RTAse situent  dans la ligne du  déplacement de sens opéré par le  Concile Vatican II, surtout dans son document Nostra  Aetate, sur l’existence des autres religions  même non - chrétiennes. Il s’agit d’une véritable prise de conscience de l’Eglise qui reconnaît en elles la semence du verbe « Semina Verbi » voie de salut pour l’homme. Au regard de cette considération et vue les manifestations  nous pourrons dire quela RTA est une religion toujours actuelle qui conserve beaucoup d’adeptes bien que ses modes de fonctionnement et son contenu sont souvent voilés et difficiles à saisir par les sciences humaines et théologiques.

1.9.1 Nomenclature et Terminologie.  

1.9.1.1 Nomenclature.

La RTAn’est pas une religion à vision unifiée du réel. En effet, chaque société reste dépendant de son cadre de vie historico-culturel dans lequel il puise la quasi-totalité de ses ressources. La vie prête usage à la pensée. Le monde religieux du forestier de la rive du Congo n’est pas celui du paysan de la savane de Mango. Le lagunaire et le nomade n’ont pas la même mythologie de l’eau. La religion du paysan est attachée à ses terres, à ses bosquets et ses marigots. Celle du pasteur peul fonde toute sa symbolique sur l’existence de son troupeau. Cela donne des difficultés de nomination de cette religion. On parle parfois de « religion négro-africaine traditionnelle », de « religion culturelle africaine », de « religion des ancêtres » ou simplement de « religions claniques africaines ». Aujourd’hui, pour se mettre en dehors de ses polémiques, on préfère dire tout simplement religion traditionnelle africaine au pluriel :"les Religions Traditionnelles Africaines".

1.9.1.2 Terminologie.

Trouver un nom ou des termes appropriés à la religion pratiquée en Afrique depuis les temps immémoriales a été une aventure très difficile. Le nom RTA a été le fruit consensuel d’un long débat entre savants et spécialistes dans le domaine. L’analyse terminologique nous révèle trois concepts : « religion », « tradition » et « Afrique » : Religion pour parler de relation et de liaison avec l’entité divin et leur intermédiaire, traditionnelle pour insister sur sa transmission culturelle et trans-générationnelle, africaine c’est-à-dire propre à l’Afrique ou d’origine africaine.

Cela présente encore des difficultés et risques de compréhensions terminologiques (selon la forme). La cage traditionnelle de la religion exclut toute ouverture à l’universalisme religieux. Or, bien que les conversions à cette religion soient rares, tous ses adeptes ne sont toujours héritiers de la tradition africaine. Aussi, le spécifique africain expose à un risque de continentalisation de la religion qui n’est pas géographiquement pratiquée qu’en Afrique. Le "Vodou" est aussi pratiqué en Amérique du Sud.

1.9.2 Méthodologie.

L’univers religieux africain se présente aux non initiés comme fermé et très complexe. Il y a une multiplicité de nuances dans la pratique de la religion. A ce propos, lui adapter une méthodologie, présente trois difficultés majeures.

  • Religion essentiellement exotérique  et a même des degrés d’initiation (exemple : 33 degrés à franchir chez les pasteurs peuls, 7 types d’initiations chez les Bambaras : Nago, Kwoeré,…)
  • La majorité des adeptes qui en font l’expérience quotidienne est analphabète. Il est donc difficile àla RTAde se rendre compte d’elle-même.
  • Comme le religieux et le culturel africain sont intrinsèquement liés, la plupart  des investigations se font, non sans risque, par les sociologues et anthropologues occidentaux ou les fils du milieu qui partagent la même tradition non pas la même foi.

Néanmoins, les méthodes utilisées par ses derniers sont variées :

  • Méthode historico-culturelle. Elle tient compte de l’historique sans interférence ou influence des principes philosophiques ou théologiques. Elle s’attache à l’archéologie et aux ressources vivantes.
  • Méthode historico-comparative. Elle s’efforce d’identifier les cultures apparentées, leurs répartitions géographiques, les types de différentiation traditionnelle et leur rapprochement.
  • Méthode linguistique et sémiologique. Elle s’attache à la filiation linguistique aux signes, aux gestes, aux proverbes, aux contes et leur signification profonde.
  • Méthode descriptive. Nous avons l’analyse descriptive directe  faite  directement sur les lieux ou par l’initié lui-même et l’analyse descriptive indirecte faite par une personne interposée ou par enregistrement sur cassette.

 

Nous apprécions ici les travaux des anthropologues et sociologues occidentaux entre autres le français Claude RIVIERE qui nous présente une anthologie de la religion traditionnelle du sud-Togo et prêtre italien Bruno GILLI par son travail sur le "Vodou".

Nous citons également les travaux de recherche pour l’abstention des diplômes universitaires et la plupart des mémoires de fin de cycle théologique des grands séminaires de la sous-région ouest-africaine. Les démarches méthodologiques se font généralement se font en trois étapes : l’enquête sur le terrain ; l’analyse, le traitement et interprétation des données et enfin la quête de sens.

 

1.9.3 Contenu  et Interprétation de la RTA  

La préoccupation du surnaturel et du divin est une des tendances les plus universelles  et les plus constantes de l’humanité. L’Afrique aussi a la sienne d’une caractéristique profondément traditionnelle. Voyons donc dela RTA.

Les croyances y sont plus ou moins confuses et mêlées de légendes ; tout en adorant une multitude de dieux, les fidèles dela RTAadmettent plus ou moins l’existence d’un Dieu unique ou d’une triade divine, dont les dieux particuliers ne sont que des émanations. En effet, cette triade se présente  ainsi :

  • Le Grand Dieu (Mawugà) : Se ; Sogbolisa ; Atakokorabi.
  • les deux petits dieux ou serviteurs du Grand Dieu : Mawu Sogbla  (principe masculin) et  Mawu Sodza (principe féminin)

Sogbla  est  le ministre chargé de la justice ; c’est un dieu de tonnerre ; il est violent. Quant à Sodza (déesse), elle est douce, calme, patiente ; source de tout bien, elle intercède pour nous auprès du Dieu Suprême.

Le culte, fait de prières, de sacrifices ou d’offrandes, de rites et de cérémonies diverses, est conçu comme une sorte de contrat entre l’homme et la divinité : l’homme doit l’hommage et les offrandes matérielles, mais la divinité ne peut refuser sa protection.

Chaque peuple, chaque tribu, chaque famille, chaque ville et chaque localité à ses cultes particuliers, et souvent des sacerdoces héréditaires.

La R.T.A. connaît un développement complexe où prédominent le symbolisme, les conceptions cosmogoniques, le morcellement à l’infini de l’idée divine ; et dans le culte ; la minutie des pratiques, les exigences d’une implacable liturgie qui ne recule  pas devant les sacrifices sanglants.

L’homme des religions traditionnelles a conscience de vivre dans un univers où l’invisible traverse le visible.

La  R.T.A est une religion qui inscrit presque tout dans le mystère d’où la question de l’initiation.

Notons donc que dansla R.T.A, les questions de la vie, de la mort, de l’au-delà, de l’âme, de l’accès à l’Invisible, au Transcendant et de la relation avec la nature sont traitées.

En outre,la R.T.A incline de plus en plus vers l’anthropomorphisme, et les préoccupations morales. En effet la sagesse religieuse traditionnelle africaine vise à réaliser dans la société l’harmonie qui règne dans l’univers notamment entre le ciel et la terre, entre les esprits et  les êtres vivants (l’homme), entre les êtres inanimés et les êtres animés, entre l’obscurité et la lumière, entre la nuit et le jour, entre les vivants et les morts, entre l’au-delà et ici-bas, en assurant l’équilibre des deux forces  entre lesquelles tout se joue : le principe féminin et le  principe  masculin.

Cette religion divinise les forces de la nature et les esprits des ancêtres. Elle ne laisse pas de place au hasard ni à l’opportunisme. Tout  est  prévu, réglementé préalablement par le Transcendant  (Se, Tohono) par l’intermédiaire des êtres spirituels et surveillé par ceux-ci, les divinités. Ainsi donc, les fidèles doivent prendre modèle sur la nature déjà bien ordonnée. Le rôle et la place de chaque individu dont bien précisés. La nature dansla R.T.A est créée d’une grande hiérarchie incontestable et gérée qui n’est pas désagrégée  impunément.

 

CONCLUSION

Les Religions Traditionnelles  Africaines sont une religion à part entière. Elles croient en un Dieu universel, Créateur de toute chose Mais, il y a aussi des divinités secondaires qui sont  des émanations du Dieu Unique et qui sont des intermédiaires entre Dieu et les hommes.

Vue de loin,la  RTAest qualifiée de dangereuse  mais, vue de prêt et bien étudiée, elle comporte des richesses inouïes outre certaines maladresses qui ne sont pas à déconsidérer. Le culte, fait de prières, de sacrifices, d’offrandes, de rites et cérémonies y occupe une place capitale.

La RTAinforme tout : son emprise s’étend à la vie politique, sociale, familiale et religieuse.

Outre toutes ces considérations, nous soulignons ici que pour le chrétien, le Christ est et doit être le seul point de mire .C’est à Lui seul qu’il doit se confier en tout et pour tout.   

 

2. La cosmologie traditionnelle africaine (vision du monde)

 

Introduction

 

Parler de l’univers, dansla RTA(Religion Traditionnelle Africaine) comme réalité créée n’est pas du tout une chose aisée : il existe longtemps avant nous. Comment fut-il créé ? Qui l’a créé ? Pourquoi l’a-t-il créé ainsi et pas autrement ? Pourquoi même l’a-t-il créé ? Voilà  quelques unes des nombreuses interrogations qui n’ont jamais cessé d’accabler les hommes.

Devant ce fait, pour tenter de répondre, on recourt presque toujours à des mythes et des interprétations aussi diverses que variées. Dans notre travail, nous verrons en détail comment sont conçus l’univers, l’espace et le temps, puis la vision que l’on a de la vie, de la mort et de l’au-delà.

 

2.1- Un univers créé (la cosmogonie.)

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Comment l’univers est-il créé ? Qui l’a créé ? Ce sont des questions qui, depuis, préoccupent les hommes. Ainsi est née la cosmogonie qui, selon le dictionnaire Petit Larousse, vient de la contraction de deux mots grecs : "Cosmos", univers et "gonos", génération. La cosmogonie est définie comme un récit mythique de la formation de l’univers. Les cosmogonies relatent donc comment le monde est venu à l’existence. Chez les Africains, la conception du cosmos, de la vie et de leur destin trouve son expression dans les mythes cosmogoniques. De plus, la conception d’une création du néant est presque totalement étrangère aux cultures des peuples africains. L’Africain croit que le monde a un créateur. Il résume le monde à deux éléments : le ciel et la terre. En effet, le cosmos est considéré en rapport au monde qui est au centre de ces mythes. Voici à présent quelques récits mythiques concernant la création du monde et de l’homme :

 

Création du monde

 

Chez les Ewé du sud Togo :

- dans les débuts de la création, pensent les Ewé, le ciel était si proche de la terre que les pilons des femmes le cognaient sans cesse. Les hommes avaient pris l’habitude d’essuyer leurs mains sales sur le ciel après avoir mangé des plats huilés ou satisfait à leurs besoins naturels. Ils poussaient même l’audace jusqu’à découper des morceaux du ciel pour préparer leurs repas. Irrité de tels comportements, le grand Dieu (Mawugā) s’éloigna avec sa demeure dans le très haut, ciel. Ainsi furent créés le ciel et la terre.

- Le propriétaire du ciel, le grand Dieu (Mawugā) créa l’univers (xexeme). Il plaça une grosse calebasse (tre) dont le fond est la terre (anyi) et le couvercle, le ciel (dzi). Ensuite, il fit les hommes, les animaux, les végétaux et il vivait parmi eux. Un jour à la suite d’une déception, il se retira au ciel. Mais comme il est plein de vertus, il créa les petits dieux (mawuviwo), les vodus, afin de garder le contact avec ses créatures.[9]

- Au commencement, le ciel et la terre étaient ensemble. Ils sont gouvernés par deux petits dieux, "Hevieso", dieu du ciel et "Sakpata", dieu de la terre. Un jour une querelle d’orgueil éclata entre les deux et les divisa. "Hevieso" partit dans le très haut (ciel) tandis que "Sakpata" resta sur la terre. Ainsi l’univers qui était au début comme une grosse boule, fut coupé en deux dont chacune des moitiés a la forme d’une calebasse.

Chez les Nawdba, l’univers est créé par Dieu (Sãgbãde). Pour faire les étoiles, il se servit d’une queue blanche de cheval que les hommes se disputaient. Les hommes étaient très peu alors. Cette tâche fut accomplie par l’aigle. Ainsi, chacun des poiles devint une étoile, et le reste se transforma en lune.

Disons au passage que la queue du cheval blanc symbolise la grandeur et la richesse, la noblesse et la royauté, la force et la puissance. On comprend alors que les hommes étaient là avant la lune et les étoiles.

 

 Origine et création de l’homme.

 

La croyance en la préexistence des êtres et des choses ne rend pas moins mystérieuse la création individuelle c'est-à-dire la fécondité de la femme, la conception et l’enfantement. En effet, les hommes vivent comme des esprits enfants à "bome" (terre légendaire), pays de "bometo" (père) et de "bomeno" (mère) à "bome". On précise que ces hommes-enfants en attente ne sont pas nés de l’union du couple "bometo" et "bomeno", sans prêtre ni culture, mais seulement façonnés dans l’argile par "bomeno".

Ils quittent "bome" après avoir pris l’engagement d’accomplir leur propre destin (se). La conception serait donc l’insertion directe de l’enfant dans le ventre de la femme, l’acte de copulation étant une cause nécessaire non suffisante.

En résumé, le pouvoir du créateur déterminé par un acte de sa volonté, associé à une acceptation par l’homme de son destin, le passage de l’existence possible à l’existence réelle. Pour les créatures qui n’ont pas croit-on, d’organes reproducteurs autonomes, l’intervention divine suffit.[10]

 Pour les Nawdba., les hommes (Nawda de Siou) sont descendus du ciel, homme et femme.

 

2.2- La nature de l’univers.

 

Le terme « nature » a des significations diverses. Elle désigne soit la nature d’un être, soit la nature en général comme ensemble des êtres. Initialement, c’est le principe dirigeant le développement d’un être, ce qu’indique déjà le grec phusis, où résonne l’idée d’une germination. La nature c’est aussi l’essence, l’ensemble des caractères qui définissent un être comme conforme à son espèce. C’est dans cette optique qu’on évoque l’existence d’une nature de l’univers. Et le terme « univers » désigne l’ensemble de tout ce qui existe dans l’espace et dans le temps. C’est ainsi que l’Africain a aussi une vision du monde qui est celle de concevoir une nature de l’univers. En effet, il croit à l’existence d’un univers visible et invisible dont le créateur serait l’Être suprême et est invisible.

Chez les Ewé, c’est "Mawu", l’insurpassable qui a fait l’univers visible et invisible. Le monde visible s’appelle "xexeme" habité par les créatures ou êtres visibles, et le monde invisible habité par les êtres invisibles.

Selon la conception héritée des ancêtres chez les Ewé, l’univers est conçu comme une immense calebasse, dont le couvercle est le firmament du ciel et la coupe, la surface de la terre. Toute la réalité de ce monde où nous vivons est soutenu et reçoit sa forme de par la réalité invisible qui est, par rapport à l’univers visible, la face intérieure. Ainsi donc « dans son ensemble, le cosmos est à la fois un organisme réel, vivant et sacré : il découvre à la fois les modalités de l’être et de la sacralité. Ontophanie et hiérophanie se rejoignent »[11] .

 La culture nawda  le conçoit comme constitué du ciel ou firmament (sâgbâbim) et de la terre (tâte). Mais, il y a une distinction spirituelle : le ciel est le domaine de Dieu, lieu où Dieu demeure, de même que ceux qui le servent.

La terre est le domaine des vivants, des hommes, des gens d’"en haut" (fa’grba). L’au-delà est le lieu où demeurent ceux d’"en bas" (tingrba), les ancêtres ou les défunts qui errent encore. Les ancêtres sont des intermédiaires entre les vivants et Dieu. Les idoles sont appelées "boga". 

 

 

2.3 L’ordre et la puissance dans l’univers.

 

 ●L’ordre dans l’univers.

Selon le Petit Larousse, l’ordre est une manière dont les éléments d’un ensemble organique sont placés les uns par rapport aux autres. C’est une succession d’éléments rangés, classés d’une manière déterminée. C’est un principe qui détermine le rang de chacun des éléments dans cette succession. C’est un ensemble des lois qui régissent l’enchaînement des causes et  effets.

Défini ainsi, nous pouvons distinguer : l’ordre entre le monde invisible et le monde visible, et l’ordre dans le monde visible.

Entre le monde invisible et le monde visible, il existe un ensemble d’êtres hiérarchiques soumis à l’Être suprême "Mawu" avec des signes et message qu’il faut interpréter.

En effet chez les Ewé « l’Être suprême qui est au sommet de la hiérarchie de l’univers, ne s’occupe pas directement des événements du monde. Entre l’Être suprême et l’homme "agbeto" il y a les "vodus  et tro" conçus comme étant des messagers, des mandataires. On les conçoit aussi comme des enfants de Dieu (mawuviwo) restés parmi les hommes pour les aider à résoudre leurs difficultés quotidiennes. De même que les ancêtres, ils servent d’intermédiaires entre Dieu et les hommes, transmettant à ceux-ci les biens que Dieu leur destine, et lui portant en retour nos prières et offrandes, signalant à Dieu les hommes coupables d’inobservation des lois ancestrales. »[12]

 Leurs rôles de médiateur s’exercent essentiellement dans les domaines touchant à la vie des individus : fertilité des champs, fécondité des mères, guérison des malades, réussite de carrières.

Pour parler de l’ordre dans le monde visible, il suffit seulement de regarder la succession et l’harmonie des éléments de la nature. Le Créateur, "Mawu", pour éviter le chaos, a mis selon son plan divin chaque chose à sa place. Ainsi, après le jour c’est la nuit, le soleil se lève et se couche, l’homme naît, grandit et meurt. Il y a la terre, les étoiles, la lune, les cours d’eau et chacun est dans un mouvement bien ordonné suivant la volonté du Créateur.

 

● La puissance dans l’univers.

 

La puissance est une force pouvant produire un effet et une énergie. Elle est liée à la nature de l’univers qui est régi par la force du Créateur, "Mawu".

Selon les Ewé, le monde est conçu comme « un ensemble organique constitué par les interférences de quatre éléments fondamentaux qui sont : terre, ciel, feu, eau. La vie naît de l’initiative du ciel qui contient et envoie la pluie : la terre l’accueille et germe les plantes, d’où viennent par métamorphose selon les mythes des contes populaires, soit les animaux, soit les hommes. Le contact des deux éléments (ciel et terre) provoque la foudre qui donne l’impulsion fondamentale de toute transformation cosmique. Le feu que les ancêtres ont appris à faire jaillir de la pierre et du bois sec, semble considéré comme le prolongement de la puissance de la foudre »[13] Aussi la puissance se manifeste- t-elle à travers d’autres éléments de la nature : la mer, les arbres, les plantes, les animaux, l’homme.

L’homme est puissant soit par naissance ou par nature, soit par des initiations. Ainsi, les hommes puissants sont « ceux qui s’étant conciliés des puissances invisibles, les ont utilisé pour se protéger et se défendre tout en agissant eux-mêmes en bien ou en mal. Nourri et fortifié par des moyens appropriés, l’homme peut assimiler la vie et les vertus d’autres créatures (animaux, ancêtres ou végétaux) sans être confondu avec elles. »[14]

         

2.4 Les êtres humains au centre de la nature.

 

En examinant de plus près les rapports constants noués entre le monde visible et le monde invisible, tout porte à croire que l’homme est l’acteur principal de la scène qui se joue sur cette terre. Tout tourne autour de lui, tout concourt à sauvegarder ses besoins et ses intérêts fondamentaux, à lui assurer un mieux-être moral et matériel. C’est dans cet esprit qu’il prend soin d’imager le cosmos suivant trois niveaux :

- très loin de la terre, au ciel (dzifo), il place Mawu qui est l’auteur de toutes les créatures.

- Au séjour des morts (kuwode) règnent les ancêtres, les esprits et les divinités, êtres à la fois transcendant et immanent au monde visible qu’ils dominent et animent et auquel ils garantissent la paix et la sécurité ;

- Sur la terre, l’homme a installé sa demeure et y vit au milieu d’une multitude de tro et de vodus, divinités secondaires, inférieures à Mawu et qui ne sont en réalité que des mandataires et des exécuteurs d’ordre, bref des radars permettant de prévoir et de contrecarrer les mouvements des deux réalités suprasensibles.

Enfin, cette partition de l’univers qui attribue à l’homme une position centrale donne l’impression que tout ce qui vit au ciel, dans l’au-delà et sur la terre existe pour la gloire de l’homme et pour qu’il vive en toute quiétude.

 

2.5. Le concept africain traditionnel du temps         

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 2.5.1. L’espace et le temps                     

           

 Selon le dictionnaire Petit Larousse, l’espace est une étendue indéfinie qui contient et entoure tous les objets. Le temps est une notion fondamentale conçue comme un milieu infini dans lequel  succèdent les événements et considéré souvent comme une force agissant sur le monde, les êtres. Dansla RTA, l’espace et le temps sont les principaux cadres de l’existence humaine car toute sa vie durant, l’homme est en contact étroit avec la réalité spatio-temporelle. Elle le submerge, l’engloutit et semble liée à lui de façon nécessaire. Chez les  africains, d’un point de vue général l’espace est le milieu dans lequel sont localisées les données globales et qui contient par conséquent toutes les étendues finies (les objets que nous percevons). Ainsi le territoire habité c’est « notre monde », le cosmos ; le reste ce n’est plus un cosmos, mais un espace étranger, chaotique peuplé d’ « étrangers » assimilés aux démons et aux fantômes. En occupant l’espace chaotique et surtout s’y installant, l’homme le transforme symboliquement en cosmos par une répétition rituelle de la cosmogonie. Par conséquent, chez les africains, s’installer quelque part, habiter un espace, c’est réitérer la cosmogonie, et donc imiter l’œuvre de Dieu. En outre, les africains divisent aussi l’espace en quatre parties :

 - Le nord : dziehe chez les Ewé ; n’faga chez les Nawdba ; hayu chez les Kabyè.

  -Le sud : anyiehe chez les Ewé ; n’tiyga chez Nawdba ; hadè chez les Kabyè

  -L’est : xedzefe chez les Ewé ; wende ren layga (safane) chez les Nawdba ; domtè chez les Kabyè.

   -L’ouest : £etodofe  chez les Ewé ; wende low layga chez les Nawdba ; penimtè chez les Kabyè.    

La notion du temps est le fruit d’une observation de certains phénomènes qui se répètent et se succèdent dans leur ordre régulier : le soleil d’abord qui se lève, se couche ; les feuilles des arbres qui poussent puis tombent ; enfin les êtres vivants qui naissent et meurent.

A partir de cette observation, le temps est traditionnellement conçu aussi sous l’angle cyclique et circulaire répondant au mythe de l’éternel retour et à la répétition de l’histoire universelle. En effet, il y   a deux catégories de temps : le temps sacré (fêtes périodiques) et le temps profane qui est la durée temporelle ordinaire dans laquelle se déroulent les activités quotidiennes.

En clair, la conception africaine de l’espace et du temps révèle le désir de réintégrer une situation primordiale : celle où Dieu et les ancêtres mythiques étaient présents, étaient en train de créer le monde.

 

 2.5.2. Le temps en puissance et le temps actuel

           

 La cosmogonie comporte  également la création du temps. C’est pourquoi le temps primordial, c’est-à-dire le temps de l’origine est le temps en puissance  parce qu’il est constitué par un éternel présent indéfiniment récupérable. C’est le temps en devenir ou l’état virtuel du temps. C’est le temps primordial ou le temps qui rend possible le temps actuel dans lequel se déroule l’existence humaine. Alors le temps actuel c’est le temps qu’il fait maintenant. Ce temps se situe par rapport à l’instant T,  aux jours, aux mois et aux années en cours dans un cadre donné, homogène et réglementé. Ainsi donc « toute création, toute existence humaine commence dans le temps : avant qu’une chose n’existe son temps ne pouvait exister. Avant que le cosmos ne vînt à l’existence, il n’y avait pas le temps cosmique. Avant que telle espèce végétale ne fût créée, le temps qui la fait maintenant pousser, porter fruits et périr n’existait pas. C’est  pour cette raison que toute création est imaginée comme ayant eu lieu au commencement du temps, in principio ».[15]  

     

2.5.3 Le calcul du temps et la chronologie

 

 Chez l’Africain, la succession du temps est liée aux saisons. Le calcul du temps ou des années se fait par rapport aux récoltes. D’une récolte à une autre on a un an. L’Année est conçue comme une alternance des dynamismes fondamentaux du feu et de l’eau, entre les deux pôles, le ciel et la terre.

Les mois se comptent selon les lunaisons. On compte dans un an  au total treize lunaisons qui sont selon la culture Ewé : DZOVE (janvier), DZODZE (Février), TEDOXE (Mars), AFOFIE (Avril), DAME (Mai), MASA (Juin),  SIAMLOM (Août), ANYONYO (Septembre), KELE (Octobre), ADEAMAKPOXE (Novembre),  DZOME (Décembre), ҒOAVE (propre à la culture éwé). Chacun de ces mois compte 28 ou 29 jours.

 Pour l’heure et la journée, l’Africain se réfère à l’altitude du soleil. Le levé et le couché du soleil déterminent la journée.

 Les différentes positions du soleil au cours de la journée constituent les différentes heures. La désignation  d’une heure se fait par rapport à l’activité qui se déroule en ce  moment, par exemple : palinga wissi chez les Kabiyε qui veut dire l’heure matinale pour le champ et qui correspond à six heures. La journée est appelée nkeke chez les Ewé, évémiyé chez les Kabyε,  odzo chez les Nawdba, monou chez les Ana. Sept jours forment une semaine appelée kwasida chez les Ewé. Ces jours sont : kwasida, dzoda,  blada, kuda, yawoda, fida et memlada. Mais la semaine,  kpitaou chez les Kabyε comptait six jours seulement qui sont : kudjuka,  hodo,  piya,  tchila, kiméa, masaa. C’est seulement après l’accident en 1974  du Président Eyadema que la septième journée a été ajoutée au  calendrier des  Kabyε ; ce nouveau jour est  Sarakawa qui correspond au jeudi. La journée semble être interprétée comme un cycle où s’enchaînent les quatre éléments  selon  les quatre phases suivantes : Nuit, Aube matin, Midi, Après-midi et Soir (chacune de ces périodes s’étend sur une période de six heures), la nuit, phase  correspondant à l’élément terre, représente l’incubation de la nouvelle journée qui naît au chant du coq. La phase de l’aube matin, correspond à l’élément feu. La phase du midi correspond à l’élément ciel ; elle marque le moment de pleine manifestation qui décline et se replie aux heures où diminue la lumière. Et enfin  la  phase de l’après- midi et soir correspond à l’élément eau.

 

2.5.4. Le concept du passé, du présent et du futur

 

Une autre caractéristique de la conception du temps, c’est que tout semble orienté vers le passé en tant que lieu de mémoire et d’expérience, d’où le présent et l’avenir tirent leur signification et leur consistance.

C’est ce qu’exprime un proverbe éwé : « C’est sur le modèle de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle ». Autrement dit, le futur se prépare dans le présent en s’appuyant sur l’expérience du passé et par conséquent, aux anciens qui en sont les symboles et les témoins vivants. Plus on est âgé, plus on est proche des ancêtres et par voie de conséquence de Dieu. D’où le respect qu’on a pour les anciens, la vénération que l’on témoigne aux morts et le respect profond qu’on doit à l’Etre Suprême.

 

2.5.5. Le concept de l’histoire et de la préhistoire

 

 Le concept de l’histoire du passé de l’homme est généralement limité à la connaissance des sociétés pratiquant l’écriture. Mais en Afrique, l’histoire se lit d’abord dans l’oralité avant l’arrivée de l’écriture. L’histoire, dansla RTA, c’est l’ensemble des événements passés ou du vécu des aïeux qu’on appelle communément "xotutu". Notons que dansla RTA, l’histoire est beaucoup plus liée au passé.

Cependant, on l’emploie pour des faits immédiatement vécus dans les temps présents pour situer les époques les plus proches ou récentes. Et la préhistoire, c’est le temps couvrant la période antérieure. Les Ewé l’appellent Blema, les Ana, Itan, les Kabyε, Tchaanכtכm, les Nawdba, Wem’da. Enfin, dans l’histoire de notre culture africaine, les événements sont simplement recensés dans l’ordre de leur apparition ou passage.   

 

 2.5.6. Le Concept de la vie humaine par rapport au temps

La permanence et le renouvellement de la vie sont les deux idées essentielles dela RTA.Lavie est sacrée depuis sa conception jusqu’à la mort. Elle est comprise principalement entre la naissance et la mort. La vie, compte tenu de sa sacralité est à respecter. C’est pourquoi on ne tuera pas. Dans la tradition africaine l’homicide est formellement interdit. La société est formée de la succession entre les ancêtres, les vivants et les enfants à venir qui constituent une continuité. Comme la nature, où les plantes se développent de saison en saison sur la pourriture de l’humus, les générations se remplacent dans un mouvement cyclique. Le temps de l’homme en Afrique noire s’exprime fondamentalement par la lutte qui oppose en nous la vie et la mort, et dont le terme est la victoire de la vie sur la mort.

Tel est identiquement le destin de l’homme. Chaque instant est récapitulation de la totalité de la durée, chaque instant est toujours neuf à la fois semence de l’avenir et totalité du projet.

Le temps est le déploiement de notre être à l’infini. Ce déploiement, œuvre de notre propre créativité, s’exerce sur un donné qui est mystère, qui échappe à notre contrôle. C’est pourquoi devant la mort, l’homme est toujours désarmé et ne se retrouve pas. Le temps de l’homme est donc une perpétuelle initiation à la vie et à la mort.  

 

 2.5.7 La mort et au-delà

 

● Eléments de définition

 

La mort se définit comme la cessation de la vie. Il s’agit de la vie dans sa dimension physique.

Chez les Kabyè de Pagouda, la mort est conçue comme l’arrêt des battements du cœur et des différentes fonctions corporelles. Elle est désignée par les termes suivants : Kum en Nawda, Sim en kabyè, Ku en Ewé. La mort, c’est le retour au bercail, c’est-à-dire le fait de rejoindre les aïeux. Cette conception est pratiquement la même chez les Nawdba de Siou.

Quant aux Ewé du Sud Togo, ils la conçoivent soit comme une mort biologique, soit spirituelle. C’est un passage vers l’au-delà, vers l’autre monde.

Pour exprimer qu’il y a  un décès, les Nawdba emploient les termes comme : A kpaa (il n’est plus), A gnèbn (il est parti), A lig wèmbiga (il a renversé la calebasse), A gnèbn té (il nous a quittés), L fètgén (c’est fini). Chez les Kabyè on dit : èsiba. Les Ewé disent : eku,   etro  megbe (il a tourné le dos), egbe dze (il a refusé du sel)

 

● Origine de la mort

 

Dansla RTA, en général, la conception de l’origine de la mort est mythique. Chez les Ewé par exemple, on croit qu’autrefois l’homme était immortel. Nous retenons le mythe suivant très significatif :

Un jour, Mawu (Dieu) décida d’envoyer auprès des hommes deux messagers : la tortue, chargée du message de l’immortalité, et le chien chargé de celui de la mortalité. C’est expressément que Dieu confia le message d’immortalité à un animal lent, tandis que celui de la mortalité sera transmis par un animal rapide. Les deux messages étaient ainsi formulés :

-le premier : « Les hommes mourront, mais ils ressusciteront. »

- le deuxième : « Les hommes mourront et ils pourriront dans la terre. »

La tortue se mit donc en route lentement comme de son habitude. Elle s’arrêtait ici et là soit pour se reposer, soit pour saluer des amis dont les habitations longeaient la route. Quant au chien, il partit à toutes jambes et dépassa aussitôt sa camarade. Il eut le temps de réunir les hommes sur la place publique et de leur transmettre  le message divin : « Dieu m’envoie auprès de vous pour vous annoncer que les hommes ne sont plus immortels. Tous vous mourrez désormais et vous ne ressusciterez plus. »

Sans gémir ni pleurer, tout le monde accepta avec soumission cette décision de la volonté divine. Sa mission accomplie, le chien retourna rendre compte à Dieu.

Quelques heures plus tard, la tortue arriva dans le village. Lorsqu’elle voulut transmettre le contenu de son message aux hommes, tous lui coupèrent la parole en lui disant : « Tu viens trop tard, nous avons déjà reçu un autre message que Dieu nous a envoyé par le chien ».

C’est depuis ce jour que les hommes connaissent la mort. La négligence et la lenteur de la tortue en sont la cause. Ainsi, depuis ce jour du « message manqué », Mawu, la puissance suprême (Dieu) a décidé que l’homme mourrait irrévocablement.

Cependantla RTAne conçoit pas la mort comme une fin ultime, mais comme un passage vers un autre monde, un au-delà.

 

● Distinction

 

Dansla RTA, surtout les Nawdba, les Kabyè et les Ewé, on distingue deux types de mort : une bonne mort et une mauvaise mort.

-La bonne mort :

Trois conditions sont requises pour que l’on parle d’une bonne mort :

*Conditions de lieux : c’est mourir dans son propre village afin que tous les rites soient organisés selon les coutumes. Autrement c’est mourir chez soi, auprès des siens.

 

*Conditions de temps : mourir quand on est chargé d’années, quand on a bien accompli sa mission et quand les enfants sont nombreux pour pleurer le disparu et organiser à son intention des funérailles grandioses.

 

*Conditions de manière : c’est mourir sans souffrance, dans la paix, sans accident, sans maladie infamante, en communion avec les dieux et les ancêtres. Bref, mourir quand on a « toutes les affaires en ordre ».

-La mauvaise mort :

 

On en distingue trois catégories :

 1ère : C’est la mort de ceux qui ont été victimes d’une mort violente et subite. Il s’agit des morts par noyade, foudroiement, par brûlure, par incendie, par fusillade, par accident de circulation au cours duquel la victime a saigné.

 

2ème : C’est la mort à la suite d’une maladie infamante telle que la peste, la variole, l’épilepsie…. En effet mourir dans cet état constitue un déshonneur, une humiliation et une honte publique pour la famille. Celle-ci se voit ainsi en train de subir une crise, et infliger la colère  et la sanction des ancêtres ou des divinités.

 

3ème : c’est la mort des femmes enceintes ou en couche ; la mort par pendaison ou par suicide.

Pour les Ewé, la mauvaise mort est une sanction des dieux. Elle ne frappe donc que les individus qui ont commis des  fautes graves, en agissant contre la loi sociale. Au contraire la bonne mort (naturelle) ouvre large au défunt la porte de la demeure des ancêtres. Chez les Nawdba de Siou comme chez les Ewé du Sud Togo, pour les victimes d’une mauvaise mort, on organise des funérailles particulières : le cadavre du défunt n’entre pas dans la maison.

 

● La mort : une réalité complexe.

 

L’homme dans son existence terrestre est conscient de sa finitude. La mort commence lorsque les forces physiques de l’individu s’affaiblissent, et atteint son sommet quand le souffle cesse. L’être humain n’a aucune influence sur la date, le lieu et les circonstances de sa mort ; nul n’échappe à son filet. C’est ainsi qu’elle vient bouleverser la tranquillité de la vie humaine.

Dans ce sens on rencontre des noms de personnes exprimant cette puissance de la mort qui laisse l’homme désemparé :

-Kum kpaa tè ? : Où est-ce que la mort n’existe-t-elle pas ?

-Kum ka roda : la mort ne choisit pas.

-Kum ka tola : la mort n’informe pas, n’avertit pas, la mort n’épargne pas.

Dans toutes les cultures africaines, il est reconnu unanimement que la mort n’est pas la fin de l’existence.

Certes, le corps de l’homme disparaît, mais les réalités fondamentales que sont l’âme et l’esprit passent à une dimension invisible. Ce qui veut dire que l’âme est immortelle.

La mort n’est pas anéantissement total, mais changement d’état, passage à une nouvelle forme d’existence. La mort est donc une étape normale dans le cours de l’existence humaine. Ainsi pour les Ewé, la mort est la fin d’une promenade et un « retour chez soi », un moment de la vie, une transition, une métamorphose, une autre forme de vie plutôt qu’un terme. C’est le passage d’une existence matérielle et terrestre à une autre plus spirituelle et transcendante.

L’expérience quotidienne enseigne que la mort n’épargne personne ; elle n’a jamais épargné personne. Mais les morts ne pourriront pas sous la terre, ils sont toujours avec nous dans nos maisons, les champs, sur nos chemins… Pour nous, il s’agit de l’accueillir sereinement et courageusement. Se la donner soi-même est une lâcheté, une honte et une faiblesse.

 

●L’au-delà.

 

Chez les Nawdba de Siou, l’au-delà est la demeure de tous ceux qui sont morts : tingrba (ceux d’en bas) qui se distinguent des fagrba (ceux d’en haut) ou nèrmba (les vivants). Mais il faut distinguer les ancêtres (qui ont trouvé le repos après une vie terrestre bien remplie et vertueuse) de ceux qui errent encore. Les ancêtres sont donc des intermédiaires entre les vivants et Dieu (Sangbandé). Ceux qui errent après leur mort ont mené une vie terrestre tellement vicieuse qu’ils ne méritent pas encore une place digne auprès des ancêtres. Aussi dit-on d’eux :

-a kula tib fan (il est parti sous l’arbre)

-a kula koln (il est parti dans la rivière)…

 

CONCLUSION

 

La cosmogonie africaine est nourrie et enrichie de nombreux mythes. L’univers est constitué essentiellement du ciel comme demeure de Dieu Créateur, et de la terre dans ses dimensions visible et invisible. Tout tourne autour de l’homme, dans une parfaite harmonie voulue par Dieu (Eso, Sangbandé, Mawu). Le temps est soit sacré, soit profane. Quant à la vie, elle est permanente, renouvelée et sacrée.

La mort en est une étape normale et marque le passage à une vie plus spirituelle dans la demeure des ancêtres appelés : Atètina en kabyè, Kpém’ba en Nawda, Togbuiwo ou Tsitsiawo en Ewé, et Gbagbo lakuan en Ana.

 

3. Dieu et les êtres surnaturels

 

Introduction

La notion de Dieu est de mise dans la pensée des africains. Dieu est considéré comme l’Etre suprême au sommet de la structure dela R.TA. Parsa toute puissance, Il a crée tout ce qui existe et Il décide du bonheur des hommes. Chaque peuple le désigne par un nom et plusieurs attributs.

Mais ce  Dieu suprême est également  considéré comme trop loin pour être accessible aux hommes. Voilà pourquoi le culte  est plutôt adressé aux esprits intermédiaires que sont les divinités, les ancêtres et les forces mystiques qui sont chargés des affaires courantes et qui jouent le rôle de messager auprès de Dieu. Nous nous appesantirons dans notre exposé sur la croyance en la notion de Dieu dans la pensée africaine, ainsi que  le rôle des êtres surnaturels dans la vie des africains.

 

3.1. Croire en Dieu.

Les religions traditionnelles africaines confessent un Etre suprême  Transcendant et Tout-puissant. Ce Souverain Créateur  tient  en main l’histoire de l’humanité, l’avenir et le devenir des hommes. 

Pour s’assurer un avenir heureux  dans la vie d’ici-bas comme dans celle de l’au-delà, l’Africain confesse et adhère, dans une soumission totale et confiante à la puissance, aux ordres et prescriptions de Dieu qui lui sont transmis par ses messagers que sont les  esprits.

En retour, les prières et les sacrifices  sont adressés à Dieu par le biais de ses intermédiaires. De ce fait, l’africain adopte une attitude de profond respect et adoration envers son Dieu. Il croit aussi en ce que ses émissaires lui  révèlent. Il croit également au rôle d’intercesseurs et de médiateurs que jouent les Ancêtres en sa faveur.  Ceux-ci sont vénérés et font objet de culte en vue de s’obtenir  la clémence du Tout-puissant.

En définitive, la croyance en Dieu dansla RTA est une démarche évidente.                                         

Elle se traduit par l’adoration, l’adhésion à la volonté de l’être suprême et par la vénération de ses intermédiaires. Mais alors sous quels vocables le nomme-t-on dans nos différentes ethnies ?

 

.3.1. 1. Les noms et les attributs de Dieu, dans quelques groupes ethniques.

3.1.1.1. Au sud du TOGO.

Noms et attributs de Dieu dans  quelques  groupes ethniques du Sud du Togo.   

IL existe  dans toute culture, le concept de Dieu auquel l’on attribue  généralement, des titres d’honneur en usage dans leur culture. Ainsi, il existe dans les ethnies  du sud du Togo cette vérité. Au vu de ce  qui précède, notre recherche à cet effet  s’est intéressée   à trois milieux culturels  ou ethniques à savoir :                        

_   Le milieu  Adja-Ewé ; le milieu Ife et le milieu Akposso

En milieu Adja-Ewe

 NOM DE DIEU

Les adja-éwé ne disposent jusqu’ici qu’un seul Nom pour désigner Dieu : c’est MAWU.

Etymologiquement ce mot « MAWU » vient de la contraction de deux mots à savoir MA-WU c’est –à-dire que rien ne dépasse ou surpasse. C’est cela qui se traduit par  l’insurpassable ou l’Etre suprême.

 ATTRIBUTS DE DIEU

Plusieurs sont les attributs pour désigner Dieu en milieu éwé. Le tout  premier est :

-ηusekatanto : c’est l’attribut le plus caractéristique de l’Etre suprême des  Ewés .Carla Puissancede Mawu est supérieure à celle  de tous les autres  êtres.

N.B : Dans la culture Ewé, l’activité créatrice  est la manifestation par excellence de cette puissance.

Dans la conception du Sud, cet attribut traduit aussi l’idée  de l’antériorité de L’Etre suprême (MAWU) à tous les autres êtres. On se réfère à Lui quand il s’agit de menaces spirituelles, des fléaux de tout genre ou de guerres  tribales ou interethniques.

-un autre attribut important est AMETAKPOLA (protecteur): c’est la fonction propre de l’être suprême.

-« Kpedeηuto » est entre autre un autre attribut de MAWU (le Secourable)

D’autres attributs tels que MAWU MAVO (Dieu éternel), MAWU DOMENYOTOGAN (Dieu très bon), se disent en milieu Ewé mais il n’existe pas de mots  propres  pour les signifier. Quant aux attributs tels que l’omniprésence, omnipotence et omniscience, ils sont connus des Ewés mais le vocabulaire éwé est très pauvre pour les exprimer.

Bref les Ewés ont l’idée que MAWU contrôle tout, ils savent que rien ne lui échappe, qu’il sait tout même les pensées coupables  comme secrètes. Mais les mots pour les dire sont très difficiles.

EN MILIEU IFE

L’Ifè n’a croit en un Dieu suprême, Créateur du monde qu’on appelle  ODAYE.

Ce Odayé s’appelle aussi Buku (l’insurpassable) ou Olodjo (c’est à lui qu’appartient le jour).

Toutes ces expressions s’utilisent aujourd’hui dans  la liturgie.  Ces trois vocables  permettent  d’avoir des expressions comme Buku kotsé (Dieu pourvoira) ou Odayé kotu kusèfè (que Dieu t’accorde sa grâce)

Comme attributs  trouvons des termes tels que

-Oli-ami qui signifie le Tout-Puissant,

-Odayéssan qui veut dire Dieu très bon,

-Oli-ayè qui signifie aussi Possesseur de la vie.

EN MILIEU AKPOSSO

En milieu Akposso,  la religion traditionnelle repose sur la croyance en UWOLOWU, le Dieu suprême  des Akposso. Cet Etre suprême s’appelle aussi qui veut dire le Régneur des cieux. (Cieux désigne ici le monde invisible et visible).Les attributs de Dieu en milieu akposso sont multiples dont voici quelques uns

-Ava-ola (possesseur de tout ce existe)

-Ikpaolayè(le Tout-puissant)/Ikpa=force  et Ola=Père.

N.B : l’akposso n’a pas le terme « Créateur ».

-Otèkalu (le secourable)

-Améibi-ola (Miséricordieux)

Voici en quelques mots ce que nous avons pu trouver sur les noms et attributs de Dieu en milieux Ewé, Ifè et Akposso.

 3.1.1.2. Au nord du TOGO.

Nous vous proposons les noms et attributs de Dieu chez les Moba, les Bassar et les Nawdba

Chez les Moba

 Yendu : veut dire possesseur ou Maître de l’univers. Au fait Yendu peut se décomposer comme suit :

Yen : Possesseur     et          Du : Le monde, l’univers.

Sambiεmong : Le Benjamin, le tendre ; le doux, le bon. Dans la mentalité moba, n’est bon ou doux que qu’un benjamin. Or c’est  en Dieu que se retrouvent ces qualités.

Nasemong : désigne le jeune homme de teint clair, pour traduire la beauté, la splendeur de Dieu.

Nasen Kpel : Vieux Jeune. Dimension d’éternité de Dieu. Dieu qui est qui était et qui demeure toujours le même.

Bassar

Unimboti Dieu en termes propre

Unil : Homme, celui qui dépasse les autres celui qui est au dessus de tous les hommes

 Boti : le roi

Utindaan Le seigneur, celui à qui tout appartient. Le maître du domaine, le propriétaire foncier.

Unaali, le créateur

Jaanjaan nimbotuu : Dieu des origines, Dieu des siècles, dimension d’éternité.

En Nawdm chez les Nawdba

Sangbandé : Dieu .Composé de, Saa, Père  et de Gbandé qui signifie tendre, doux épais. Autrement, Sangbandé veut dire, Dieu, Père de tendresse, de douceur profonde et sans pareille.

Saberma : Le Seigneur, le grand, le Maître

Réta : Créateur

Djougouda’ada : le Sauveur.

3.1.1.1. En  Afrique.

Comme toute culture du monde, les cultures africaines gardent un sens très élevé de la notion de Dieu. C’est ainsi que nous trouvons dans toutes les cultures en Afrique, des noms et attributs donnés à Celui que les chrétiens appellent Dieu. Ceci montre d’ailleurs pourquoi, malgré leur diversité, les cultures, en Afrique, ont une certaine unité religieuse et parfois culturelle. Notons quelques noms et attributs de Dieu dans certaines cultures en Afrique telles que : Goun au Bénin et Lingala au Congo.

Nom et attributs de Dieu chez les Gouns du Bénin :

  • Mawu : L’Indépassable.
  • Gbèdotכ : Le Maître du monde, de la vie.
  • Sègbo : Le Suprême (Principe Premier).

 

  • Nom et attributs de Dieu chez les Lingalas du Congo :

 

  • Nzambe Mokonzi : Le Puissant des puissants (Dieu).
  • Nzambe : Peut désigner Dieu, le Premier Principe ou, les dieux.
  • Mokonzi : Le Protecteur, le Chef.
  • Tata ta ngolu : Le Miséricordieux
  • Lokumu : Qui est digne d’honneur.
  • Masanzoli : Qui est digne de louange.
  • Kumu wa ba kumu : Le Roi des rois.

 

3.1.2. Dieu dans la pensée africaine.

 

Dansla RTA, Dieu est Créateur du monde invisible (dans lequel lui-même réside) et du monde visible constitué de culture et de nature (où habite l’homme). Il est perçu comme étant éloigné de l’homme.

Dieu a placé l’homme dans un système fermé qui l’oblige à entretenir des rapports avec des êtres spirituels inférieurs (esprits ou génies et ancêtres) sans pouvoir avoir recours à lui-même.

Dieu est pris comme un Etre Supérieur à l’homme et qui par sa puissance peut tout et doit tout lui faire. Dieu est Celui qui sanctionne et punit les méchants.

Il existe un rapport dynamique entre les deux réalités cosmiques (monde invisible et monde visible). Ce rapport manifeste la profonde religiosité du monde africain. Il est  caractérisé par une certaine pluralité de pratiques engageant d’abord le sacrificateur qui fait l’usage des éléments de la nature et de la culture notamment, l’animal, le végétal pour invoquer les ancêtres.

Les ancêtres sont des morts accomplis et sont considérés comme le couronnement de l’existence humaine, se chargeant du transfert des oblations aux génies qui sont des entités numineux (se manifestant parfois aux hommes sous un aspect visible). Ces derniers n’étant pas l’Etre Suprême, seraient plus proches de lui, le Créateur du cosmos visible et invisible.

A travers ces pratiques divinatoires qui peuvent prendre plusieurs formes, le devin transmet aux peuples la volonté de Dieu, ses intentions et ses lois. De ce fait, l’Africain conçoit dans son panthéon trois grands ensembles d’entités à savoir : l’Etre Suprême, les esprits ou les génies et les ancêtres.

 Cet ensemble exprime le contenu de leur croyance en un Dieu monothéiste qui serait l’Absolu, l’Ineffable. Et ce, vula Transcendancede l’Absolu, l’Africain passe par l’intermédiaire des entités inférieures : les génies et les ancêtres pour s’adresser à Dieu.

3.2. Les divinités

Les divinités sont des êtres auxquels on attribue une nature divine. On appelle dieux ou déesses, les êtres surnaturels qui jouent un rôle central dans les religions polythéistes. Quelques exemples de divinités et leur rôle spécifique : En Egypte, nous avons :

-Anubis : dieu à tête de chacal qui introduit les morts dans l’au-delà.

-Bès : génie du plaisir, protecteur des femmes en couches et des nouveau-nés. On le représente par un nain.

-Imhotep : médecin et architecte considéré comme un dieu guérisseur.

Au Sud du Togo, on distingue généralement chez les Ewé deux catégories de divinités : les divinités publiques et les divinités secondaires

Les divinités publiques

Les divinités publiques sont celles qui reçoivent la vénération et les hommages de toute la communauté qu’elles protègent des malheurs et des grands fléaux. Des cérémonies périodiques sont organisées en leur honneur.

-Hêvieso : composé de deux mots : Hêvie, un petit village dela Républiquedu Bénin ; So, foudre, Hêvieso signifierait donc la foudre de Hêvié et serait une divinité d’origine Péda. Il habite le ciel et accorde la fertilité, les produits des champs, de l’eau et de la forêt.

Dieu de pluie, Hêviéso foudroie par le tonnerre les conspirateurs, les auteurs d’empoisonnement et de sacrilège et les voleurs que l’on recherche vainement et qu’on lui demande de retrouver. Il déracine les arbres qui servent de gîtes aux sorciers ou aux esprits maléfiques.

Les victimes de Hêviéso n’ont pas droit à des sépultures complètes. Elles sont enterrées dans un cimétière spécial applé « Zogbe »

-Sakpatè ou anyigbato (le propriétaire de la terre) est une divinité redoutable dont on ne prononce  pas le nom dans les maisons. Elle est propagatrice de la variole et habite toute la croûte terrestre à laquelle elle s’identifie.

-Dan (le serpent) : elle habite le firmament d’où elle se montre sous forme d’Arc-en-ciel. Elle peut prendre la forme humaine et s’introduire dans les maisons. Bien accueillie, elle comble de trésors ; repoussée, elle maudit. Il symbolise la richesse.

Ceux qui veulent s’enrichir, faire prospérer leurs affaires commerciales ou économiques recherchent particulièrement sa vénération et lui apportent des offrandes de toutes sortes.

Les divinités secondaires

Ces divinités ne sont pas inférieures en puissance.

Elles sont plus particulièrement vénérées par tel ou tel groupe plutôt que par toute l’ethnie. Ce sont des esprits soumis ou opposés à la volonté d’autres dieux.

-Fa : c’est l’interprète des divinités et de l’au-delà. Il est considéré comme l’oracle ou le porte parole de tous les dieux. On le consulte pour connaître ce qui peut arriver demain ou durant les prochains jours.

On le consulte également pour parer au malheur provoqué par des ennemis connus ou inconnus.

L’interprète du Fa est le Bokono. Il est capable d’expliquer les divers signes obtenus à partir de son chapelet ou gumaga.

 Quand le Fa est consulté sur une affaire, il fait ses prédications en même temps qu’il indique des mesures à prendre pour aller à l’encontre du mal.

-Legba : c’est une idole qui a la forme d’un buste humain. Il a deux fonctions essentielles :

a/ Il est le messager de tous les Vodu et spécialement du Fa qui ne peut rien décider si Legba n’est pas présent.

b/ Il est un protecteur de la communauté contre les mauvais génies et les maladies épidémiques. A cet effet, Legba est toujours érigé soit devant le quartier, soit à l’entrée du village ou de la cité.

-Afeli (la « maison est debout ») : c’est une idole placée dans la cour ou dans un coin de l’habitation. Son rôle est d’assurer la garde de la maison. Il doit veiller sur les personnes et les animaux de la maison pour éloigner d’eux les mauvais esprits.

-Egu : c’est une sorte de Vodu adoré par les forgerons, les chasseurs et les laboureurs. Egu symbolise la divinité du fer. Il protège les enfants nouvellement circoncis et peut pousser au vol et à l’assassinat les personnes dont il est mécontent. Il menace de mort les maisons où des interdits ont été violés. 

3.3. Les ancêtres

Pour se situer dans l’univers, les hommes ont besoin d’un passé, d’une histoire, d’avoir des ancêtres.

Ainsi donc par exemple, afin de souligner l’appartenance de Jésus à l’humanité, à un clan, les évangélistes Matthieu (1, 1-17) et Luc (3, 23-38) lui ont attribué une généalogie.

 Ce fait courant dans tout l’Ancien Orient est aussi très présent en Afrique, dansla RTAoù par une chronologie descendance on souligne les liens d’appartenance ethnique, clanique, familiale permettant aux concernés de se reconnaître des ancêtres éponymes qui donnent leur nom.

.Terminologie

                 ANCETRES : Selon le dictionnaire Petit Larousse : « L’ancêtre est une personne de qui quelqu’un descend, un ascendant plus éloigné que le grand père.

                 ANCESTRAL : Qui est aux ancêtres, quelque chose transmis par les ancêtres : coutumes, pratiques ancestrales.

                 AIEUL/E : Pluriel : aïeuls/es : grand père ou grand-mère. Comme nous l’avons déjà dit l’ancêtre est plus éloigné que l’aïeul.

GENEALOGIE : Suite d’ancêtres qui établit une filiation.

.Les dénominations

                Ewé : Togbui, Togbuiwo

                Moba :yadzam’ba

               Tem: Adêdna

.  Les critères d’ancestralité

           -  La première condition pour être ancêtre est d’avoir une progéniture.

           -Mourir d’un âge avancé.

           -Connaître une bonne mort.

           - Avoir mené une vie moralement correcte en conformité avec la tradition et les coutumes.

           -Pratiquer de son vivant le fait religieux traditionnel.

Sans le premier critère, nul ne peut être déclaré ancêtre, les autres étant secondaires, on peut par certains rites et pratiques appropriés réadmettre le défunt dans la lignée des ancêtres.

 Chez les Ewé : Sud du Togo

On retrouve les même critères prévus sauf que outre le critère de progéniture (celui d’une bonne vie) tient une place importante. Ainsi donc sont exclus les criminels, les sorciers, les méchants, les hommes de mauvaise renommée. Ils ne sont pas considérés comme des ancêtres.

Rôles des ancêtres

Le premier rôle des ancêtres est la médiation, l’intercession entre Mawu, Esso, Yendu, l’Etre suprême et les hommes. Ils assurent la protection de leur descendance, et sont garants de l’ordre social, moral, rituel, culturel et religieux.

 Ils transmettent à leur progéniture leur savoir faire émanant des expériences malheureuses ou heureuses : totem, interdit, plantes médicinales et autres pratiques similaires.

 Culte des ancêtres

Le culte des ancêtres est basé sur l’idée que les morts vivent une autre vie dans l’au- delà et compte tenu de leur bonne vie sont plus proche de Dieu devenant ainsi des intermédiaires.

Le culte des ancêtres se pratique dansla RTApar des rites et pratiques spécifiques comme l’invocation solennelle des morts lors des cérémonies de libation, sortie d’enfant, enterrement…. Cette pratique a pour but principal d’attirer la bienveillance, la protection et l’intercession des ancêtres. Mais notons que cette pratique débouche très souvent sur la nécromancie qui est une science occulte qui prétend par l’invocation des morts révéler l’avenir.

Les ancêtres occupent une place de choix dansla RTA. Ilsjouent un rôle de protection, d’intercession et de médiation. C’est pourquoi une vieille tradition conseille l’enterrement dans les maisons pour exprimer leur présence et leur proximité.

3.4. Les forces Mystiques

On entend par  forces  mystiques, les forces occultes ou secrètes dont  l’effet se manifeste  dans le monde visible. Et toutes les cultures sont porteuses d’une telle réalité.

Mais avant de les énumérer, il est à remarquer que ces forces se contractent soit par initiation soit par pacte. Ceci étant voici-en au niveau Togo, quelques exemples de forces mystiques.

 

Forces mystiques en pays kabye

 

Lors de la danse de  Habyè les gens mangent  des crapeaux  et des serpents vivants et des tessons de bouteilles, des plantes  dont la sève contient des poisons  mais cela ne leur fait rien.

Certains se tailladent le corps sans écoulement de sans et referme la partie sur le champ.

Lorsque des gens  sont accusés de sorcellerie  et ils nient , on chauffe  une huile  à plus de 100 degrés ,on met  une bague dans cette huile  en ébullition on et  leur demande  d’enlever la bague .

L’innocent  enlève  la bague sans que rien ne lui arrive  tandis que  le sorcier se fera brouiller sérieusement la main.

 

Chez les tem, lors de la danse dite : Adossa, ils se tailladent aussi le corps sans effusion de sang.

 En milieu tem, lorsqu’une femme  commet  l’adultère ; au retour elle tombe à  la devanture  de la maison et se voit nue. Pour la faire entrer  il faut que la vieille  l’interroge et une cérémonie de purification.

 

Chez  les Moba  yen koag est une force de drague c’est à dire  pouvoir mystique destiné à arracher l’amour d’une personne sans son consentement.

Lolg  c'est-à-dire attachement ; attacher une personne par  des forces mystiques pour  le voler ou lui dérober ses biens.

 

En milieu EWE

Tukpui  petit fusil invisible

Akunya   Gabara envoutement des filles

Gbesa( incantation )

Il consiste en  une suite de mots supposés être chargés d’un pouvoir actif qui agit sur le réel, sur la vie. La parole incantatoire est appelée en Ewe « gbesa ». Ce sont des formules courtes réduites soit en une phrase lapidaire.

Un exemple :

« Hùu avu degbe kpo konu », « agbo tsoka, gidi dzo », « la lenu melea dzoka o ».

Tukpui: « tu » fusil, « kpui » court.

Ces deux composantes rassemblées, traduisent d’un court fusil, mais il faudrait signaler que tukpui n’est pas un fusil de chasse mais plutôt un fusil invisible et spirituel dans ce cas c’est un missile invisible.

Les différentes formes de « tukpui ».

« Tukpui-aza », yokumi », allumette, à aiguille, à tesson de bouteille, à l’hameçon…

Seul un initié peut initier ou transmettre ce savoir occulte à celui qui est mature et pondéré. Les paroles d’incantation tiennent une place importante dans le déclanchement de « tukpui ».

Nous n’en voulons pour preuve que ce  petit  témoignage donné par une demoiselle : «  au début  c’était un banal mal de tête et de côte semblable à celui ressenti après une chute. Cela dura quelques jours. Les paracétamols, les antibiotiques  n’y firent rien. Un homme qui était  traditerapeute diagnostique un jet  d’objets invisibles. Il réussit donc  à faire sortir de l’endroit où la fille avait mal  des tessons  de bouteilles et des aiguilles. Après cette opération bien réussie, la fille se sentait  bien.

 

Etitsotso

Au sud  du Togo, ce nom désigne une force mystique qui consiste  à enterré un talisman dans la maison de quelqu’un, sur le sentier de celui qu’on cherche à éliminer, dans son bureau ou. On le fait aussi avec des feuilles d’arbres, de la cendre, des selles, de la farine, ou du sang d’animaux ou d’homme. Une fois que l’on touche, traverse, ou voit ce talisman, il est atteint immédiatement et les signes visibles d’une telle infection sont multiples : soit le membre ou la partie du corps qui à touché la chose, s’enfle, soit il meurt subitement, soit il tombe grièvement malade, soit il fait accident si il est à bord d’un engin, soit la maison va tenir difficilement, a moins d’une protection efficace.

Il ya aussi hohlo  ou zidodo  force mystique qui consiste à disparaitre  en cas de danger.

Akunya est entre autre une force mystique : il consiste à agir spirituellement sur la psychologie et contre la volonté d’une fille ou d’un homme pour conserver son amour pour soi ou  pour  jouir  de son sexe et de ses biens.

Un autre exemple de forces mystique est celui d’un bébé  qu’on retrouve  lié tout de suite après l’accouchement.

La magie est entre autre une des forces mystiques :

Elle se définit comme la mise en œuvre de pouvoirs externes manipulés à travers des symboles (objets, formules, gestes) en vue de modifier le cours des événements dans un but profitable à l’agent mais éventuellement nuisible à d’autres.

Cependant il y a deux sortes de magies : magie noire ; celle qui vise à venger, à jeter un mauvais sort ou à envouter pour des intensions égoïstes. La magie blanche vise souvent à se prémunir contre les maux provoqué par des envieux, des jaloux ou des esprits malfaisants. En effet toute pratique ésotérique qui épouse l’une ou l’autre manière rentre dans les forces mystiques. 

La conjuration des articles dans les boutiques, dans les banques est une magie.

Les forces mystiques se font aussi remarquer chez les éwé  lors de l’institution d’un chef traditionnel. 

 Conclusion

Eut égard à ce qui précède, nous  constatons que l’africain est un être profondément religieux.La R.T.A. regorge des valeurs et un trésor non moins important. Mais tout ceci n’est que la partie visible de l’iceberg face aux dérives et incompatibilités observées. Loin de nous tétaniser, ces dernières doivent  constituer pour nous plutôt des motifs au profit d’un sursaut, en vue d’une bonne inculturation de nos différentes cultures, en nous  basant  sur l’enseignement officiel de l’Eglise.

 

Bibliographie

  1. AA VV, Dictionnaire des Religions, PUF Paris, 1984
  2. L.V. thomas, Les religions de l’Afrique noire TSH, Paris, 1969
  3. Claude Rivière, Anthropologie religieuse des Ewés du Togo, NEA, Lomé, 1981
  4. L.V Thomas et R. Luneau, Les  religions d’Afrique noire, textes  et traditions sacrées, Tome I, Edition  Stock, Paris, 1989.

 

4. L’être humain

Introduction

La représentation de la personne humaine est complexe en Afrique. Dans plusieurs sociétés africaines, l’origine des êtres humains est donnée à travers des mythes. Pourtant chaque société africaine reconnaît que l’être humain a une place spéciale dans la création. A cet effet, découvrir ce mystère qu’est l’homme à travers son origine, les éléments qui le composent, son dynamisme dans la société et sa destinée fera d’une part l’objet de notre exposé et d’autre part il sera question de l’approche pastorale chrétienne des forces mystiques de la RTA, les problèmes et les expériences des forces mystiques, la critique du potentiel des forces mystiques et la réponse de l’Eglise.

4.1L’Origine de l’être humain (mythe de la création)

En milieu Moba (Nord du Togo)

Dieu (Yendu) est le Créateur de l’homme (nifuog). Tel est le point de vue de la majorité.

En milieu Kabyè (Adjengré, Nord du Togo)

Pour les uns, l’homme (eyou) est créé par Dieu (Esso).

Pour d’autres, Dieu (Esso) fait passer l’homme (eyou) par une eau purificatrice (asseré ou bien liè) avant de le mettre dans le ventre de sa mère. Et c’est dans cette eau qu’il reçoit sn destin. Cette eau a une importance capitale dans sa vie, c’est d’elle qu’il vient et il y retournera.

En milieu Ewé-Mina (Sud du Togo)

D’après un mythe commun à toutes les traditions Ewé-Mina, la création de chaque être humain se produit dans le monde ‘’prénatal’’, monde invisible appelé ‘’Bome’’ ou ‘’FƐtome’’. Cette création intervient sur l’initiative des ancêtres qui décident des nouvelles naissances selon le besoin des familles. Voilà la raison pour laquelle le culte des ancêtres comporte toujours une dimension de fécondité.

Une fois la décision prise, ‘’Mawu’’, l’Etre Suprême confie à ‘’Bomeno’’ (La mère dans le Bome), la responsabilité de cette nouvelle naissance. Ce dernier personnage pétrit la glaise qu’il présente à Mawu pour en recevoir de Lui la vie. Certaines variantes de ce mythe précisent que c’est plutôt à un ancêtre (‘’Djoto’’) que revient cette charge de modeler le corps de l’enfant et de le déterminer dans une certaine mesure.

 Cet ancêtre prend le nom syhmbolique de ‘’MƐkokato’’ (c’est-à-dire celui qui prend l’argile de l’homme). Le corps étant pétri et vivifié, il reste maintenant à lui confier la mission spécifique que cet enfant est censé remplir lors de son existence terrestre. Cette seconde charge de ‘’détermination’’ revient au SE (principe vital spirituel, à la fois intérieur et extérieur à l’homme. Il est souvent utilisé comme synonyme de Mawu ‘’Dieu’’) qui, en accord avec l’enfant, trace les lignes directrices de sa destinée.

Cet accord conclu entre le SE et l’enfant ou mieux ce choix de la destinée ou cette parole proférée par l’enfant avant sa naissance prend le nom de ‘’Gbetsi’’ (Gbe : parole ; tsi : prononcée) ou de ‘’Djogbe’’ (Djo : origine ; gbe : parole).

Elle l’accompagnera tout au long de sa vie et deviendra une sorte de ‘’destin’’ qui le poursuit. Ceci explique la référence fréquente des Ewé-Mina à la notion de destin dans un sens un peu plus large que l’acception ordinaire.

Précisons également que selon certaines versions de ce mythe, les âmes humaines jouiraient d’une existence incorporelle prénatale dans le Bome. Elles ne seraient pas crées  directement à la naissance individuelle.

Selon une deuxième version, l’origine de l’homme est le ciel. Les hommes descendirent de la voûte céleste au moyen d’une longue corde. Celle-ci s’étant rompue sous leur poids, certains retournèrent au ciel malgré eux. Ceux qui réussissent à gagner la terre la peuplèrent.

 

4.2 Les éléments Composites de l’Etre humain (Dimensions de l’être humain

Toute culture véhicule de manière plus ou moins explicite, ne fût-ce qu’au travers de sa langue, une certaine idée de l’homme, une « anthropologie ».

Sans entrer dans les détails, essayons de voir ce qu’il en est dans les différentes ethnies de notre pays : de quoi celui-ci est-il fait ? Quelle en la structure interne ?

Il faut remarquer d’entrée de jeu qu’à la différence de ce que nous inclinent à imaginer la plupart des courants philosophiques d’origine gréco-latine, les sociétés africaines en général n’ont pas de l’homme une conception simple de type dichotomiste « corps-âme » ou tricothomiste « corps-âme-esprit ».

De même, il serait hasardeux de vouloir dégager une anthropologie commune aux différentes sociétés africaines. Les conceptions varient d’une aire culturelle, voire d’une ethnie à l’autre. Les recherches consacrées à ce sujet révèlent des constructions fortes complexes dans lesquelles intervient une pluralité d’éléments.

Cette complexité de la représentation de la personne humaine fait dire à Hampaté Bâ que l’homme dans la pensée africaine est « un univers en miniature habité par une multiplicité en mouvement permanent. Il n’est ni statique, ni achevé, ni clos sur lui-même. »

Chez les Moba et les Gan-gam par exemple l’être humain se compose d’une enveloppe visible appelée « gbânâd » et de plusieurs éléments invisibles dont certains survivraient au-delà de la mort.

a-     Elément visible

Le « gbânâd » (chair de la peau) est perçu comme étant le support de ce qui fait l’essence de l’être humain. Les Moba ne lui accorde d’importance qu’en tant qu’habitacle crée par Dieu contenir la partie essentielle mais invisible de la personne vivante.

b-      Eléments invisibles

En plus du corps, l’homme est composé de moins quatre principes invisibles : «nalêŋ, fuom, cicili, cabl »

- Nalêŋ est une notion qui pourrait être rapprochée de celle du double. Il ne s’identifie pas à l’âme (au sens occidental), comme le pensent certains, puisque sa séparation du le corps n’entraine pas la mort immédiate de l’individu.

- Fuom « souffle, force vital », est le principe qui maintient l’être en vie, qui « l’anime ».Sa séparation d »avec le corps signe la mort de la personne.  

Il est synonyme de « mil », « la vie ».Le vivant se dit « bôfuodl », « chose qui respire ».

- Cicili pourrait être traduit par « esprit ».Mais ce mot est toujours employé au pluriel (le singulier serait « cicilig ») et laisse supposer que l’être humain n’a pas un seul « esprit », mais plusieurs. Ce sont les cicili qui permettent à certaines, en particulier aux devins, d’entrer en communion avec l’invisible. Ils protègent l’individu des dangers de l’existence.

- Cabl est ce qui fait la spécificité de l’être humain par rapport aux autres vivants du règne animal. C’est le propre de l’homme. On l’appelle aussi « yêmiεlim » « ce que l’on a demandé à Dieu et obtenu de lui ».De part sa nature et son rôle « cabl » se rapproche donc de la notion de « destin ».

   c- La notion du double

La notion du double, si présente dans les conceptions africaines de l’homme, est présente dans la pensée Moba. L’être humain n’est pas « un » mais au moins « deux ».l’idée est que notre corps vivant est accompagné pas à pas par un alter égo ou doublé ; par un jumeau insaisissable, qu’on ne peut qualifier ni de matériel ni de spirituel.

 L’un des lieux majeurs de manifestation de cette réalité est le rêve dans lequel nous faisons des rencontres inattendues, nous nouons des relations avec des êtres connus ou inconnus qui, comme nous, ont une apparence corporelle, exactement comme dans la vie éveillée ordinaire. Au réveil, nous savons que notre corps n’a pas bougé. Pourtant, tout ce passe comme si sur un autre plan, un plan que nous ne pouvons pas saisir matériellement, nous avons voyagé avec notre corps et avons eu contact avec les autres êtres, humains, animaux, végétaux, minéraux dans leurs corps. Cette notion de double joue un rôle déterminant dans les croyances et les pratiques africaines. Il nous semble que la notion Moba de « nalêŋ » est la plus proche de celle de double.

Chez les Ewé du Sud-Togo la conception de l’homme presque la même chose. En effet, ils croient que l’être humain est composé de cinq éléments distincts : ŋutilã, le corps physique qui devient « éko », la poussière. Le deuxième élément est connu sous le nom de « vovoliŋ » l’ombre ou le double de la personne qui l’accompagne où qu’il aille. Vient ensuite « ésé » ou « kpoli », l’élément astral qui individualise tout être humain et détermine son destin ; il est supposer avoir vécu une existence autonome avant la naissance.

À lui est lié « Aklama », un autre élément de forte individualisation et aussi de destinée personnelle. Le « gbogbo », le quatrième élément est le souffle, l’élément vital. Quand il déserte le composé humain, alors survient la mort.

C’est d’ailleurs le mot retenu pour traduire l’esprit rejoignant ainsi le terme hébreux »ruah » qui, précisément, signifie souffle, vent. Enfin « ékla » ou « luvo », principe intelligible et spirituel. Les églises s’en sont servies pour traduire l’âme.

À la mort, le sort des cinq éléments varie de façon significative : ŋutilã retourne à la poussière ; vovoliŋ vagabonde pendant un certain temps ; kpoli regagne le monde astral ; gbogbo rejoint le créateur du monde et luvo connaît le royaume des morts.

Les Kabyè distinguent aussi cinq éléments qui forment les dimensions de l’être humain :

-          Le corps  « tomnan »

-           L’âme  « ciam »

-          L’esprit  « féziw »

-          Les signes de la paume des mains  « Nisida mayassé »

-           L’argile  « tchou ».

Les Nawda et les Tem ont une conception tricothomiste de l’être humain. Ainsi chez les Nawda l’homme est fait d’un :

-          Corps  « gbānō »

-          Esprit  « boém » et d’une âme « lili’igu »

Chez les tem il est composé d’un corps « tonou » ; d’un esprit « wézu » ; et d’une âme « kéziŋa ».

4.3 Le dynamisme de l’être humain dans la société (développement humain : les rites de passage)

Toute l’existence humaine est sanctionnée par une force vitale qui est une tension propulsant vers une entité transcendantale. En effet, dans la religion traditionnelle africaine, on pense que l’enfant qui naît est en rapport avec un ancêtre, rapport que l’on traduit par le terme de la « réincarnation ».Ainsi, il est prévu par la tradition des éwé, une série de rites divinatoires destinés à déterminer l’ancêtre, à  spécifier les lignes forces de la destinée de l’enfant et à préciser les interdits qui doivent lui garantir une existence normale.

Ainsi la naissance dans le monde visible fait oublier à l’homme son l’identité de son « dzoto » ainsi que les obligations qui lui ont été imposées. D’ou le risque  constant de rater son avenir initialement tracé. En effet, ‘est en fonction de cela que la venue au monde d’un enfant est considéré comme un événement lourd de sens. Il va donc de soi que dès les premiers jours, les parents essaient de trouver «le « dzoto » de leur enfant en consultant le Fa et d’influer sur développement de l’enfant par des pratiques rituelles spécifiques.

La cérémonie de sortie officielle de la mère et de l’enfant, comportent en particulier le rite d’imposition du nom. Une fois nommé l’enfant est une personne reconnue, acceptée et accueillie dans la société. En conférant un nom, qui donne prise sur l’enfant, le groupe étend sa propre fécondité.

v Les rites d’initiation pubertaire  

Parmi les rites qui marquent et consacrent les différentes étapes de la vie, les initiations pubertaires occupent une place importante.  L’initiation des jeunes filles en milieu Moba (yaâbâkôt importée du yânga et comportant l’excision en voie disparition, celle des garçons liée à la circoncision, malkôt) est encore largement pratiquée de nos jours.

Tous les rites consistent à faire passer les jeunes adolescents par une série d’épreuves et de cérémonies pour les  faire entrer dans la catégorie des adultes. Ce sont des rites qui comportent une période de séparation et de réclusion d’une durée variable, suivie d’une phase d’intégration dans la communauté. La réclusion des garçons a lieu dans un enclos dans la brousse au bord d’un cours d’eau ou à défaut dans un bas fond considéré par les Moba comme le repère des esprits bon et mauvais. Les initiations malkôt et yaâbâkôt apparaissent avant tout comme des rites de passage des actes d’intégration sociale et d’initiation à la vie communautaire. Tout cela s’exprime à travers  des actes symboliques de purification, de mort et de renaissance qui acheminent les jeunes vers une véritable naissance en fraternité. On peut en relever différents aspects des rites de passage : l’initiation commence par la séparation des candidats du monde profane symbolisée par le dépouillement de leurs vieux vêtements, la circoncision ou l’excision. Ensuite vient la période de marge  ou de mise à l’écart pendant laquelle les reçoivent des instructions qui  les préparent à leur nouveau statut social et aux fonctions qui seront les leurs au sein du groupe. Les différentes phases vécues symboliquement opèrent une mutation profonde dans l’être même des candidats.

Elle font passer les jeunes  garçons du monde des femmes auquel ils sont restés attaché  depuis leur naissance à celui des hommes, de l’enfance à l’âge adulte, de l’ignorance à la sagesse, d’un narcissisme irresponsable à la solidarité responsable, de la confusion  et du relatif anonymat au sein du monde enfantin à un statu juridique et social. Par le même processus,  les jeunes filles sont de leurs côtés confirmées dans leur statu de femme accomplie. Ce passage consacre leur maturité en même temps qu’il leur confère des droits et des devoirs vis-à- vis de la communauté.

Par ailleurs, ont peut constater que ces rites ont presque les mêmes significations chez les Kabyè du Nord- Togo. En effet, chez les  Kabyè « evala » est un rite qui s’étend sur  3 ans est jalonné d’épreuves de résistance, de courage, d’exercice de la chasse et de la lutte traditionnelle pouvant conduire le jeune garçon à la maturité.

Ainsi,  après ce rite, le jeune homme devenu un homme à part entière peut se marié et participer à la guerre. Généralement l’Evala trouve son achèvement dans le rite Kondona, un rite qui se fait après chaque  cinq ans et vise  à faire de l’ « Evalou »(le jeune devenu mature par l’Evala) un sage, c'est-à-dire qu’il est maintenant  membre du grand conseil  des anciens et pour cela il doit se raser la tête(Sangaî) pour manifesté qu’il n’est plus jeune  mais un homme du  troisième âge.

Explicitement, les rites de passage traduisent une riche conception du dynamisme de l’être. C’est ainsi qu’en cas de maladie, d’infortune ou de grand malheur, la solution la plus courante consiste à interroger les devins qui sont censés entretenir des relations de médiation avec le monde invisible pour retrouver les véritables causes et déterminer les pratiques à observer pour un soin plus efficace. Ceci traduit la mentalité d’après la quelle tout être humain est doté d’un lot de bonheur qu’il doit épuiser durant sa vie terrestre, donc quelle que soit l’origine du mal dont on porte le poids on est persuadé qu’une action rituelle a la chance d’ouvrir une voie de salut. Autrement dit, l’homme Éwé ou Mina a une forte conviction en la  divination et en la  prédiction de l’avenir car la vie n’est par pour lui une  aventure hermétique mais plutôt comme un cours d’eau qu’on peut remonter aussi  bien dans le passé que dans l’avenir pourvu qu’on en saisisse le mystère. Aussi, faut-il ajouter que l’une des convictions des Éwé et Mina est que  la mort ne met pas un terme radical à la vie de  l’homme. Il s’agit d’un changement de milieu, d’un départ vers un nouveau cadre de vie où l’existence se poursuit de façon toute naturelle.

4.4 La destiné des hommes

En Afrique en général, et au Togo en particulier, l’idée commune à propos de la destinée des hommes est que chaque être humain est ordonné à la vie avec les ancêtres après la mort. Nos investigations nous  ont conduits chez les Akposso d’Amou, les Ewé de Bè-Casablanca, les Ifè, les Kabyè et les Moba. Cependant, nous ne présenterons qu’une synthèse à travers la thanatologie des Ewé de Bè-Casablanca au Sud, et des Moba au Nord.

La thanatologie des Ewé de Bè-Casablanca voit dans « la mort perçue, la mort sentie, la mort subie et la mort célébrée », les étapes d’une approche affective de la mort pour qu’elle cesse d’être une fatalité afin qu’elle soit comprise et acceptée comme un passage vers la vie avec les ancêtres. Pour ce peuple, « la vie jaillit comme les eaux d’une source, après avoir épuisé la force de son élan dans l’air, c’est-à –dire dans cette existence, elle retourne à la même source ». D’où l’idée de creuser les tombes comme lieux de passage.

En effet, la tombe se dit en Ewé « yodo » : mot à mot « yo » ou « yome » signifient le ventre maternel et « do » qui signifie « trou » ou « caverne » est assimilé au ventre maternel d’où commence la vie.

Et l’expression « yi yome » signifie à la fois : 1- « mourir » mais précisément «dormir du sommeil du juste » et 2- « retour au ventre maternel ».

Ainsi donc, autant le ventre maternel se vide au fur et à mesure du jaillissement de la vie et des naissances, autant la tombe reçoit les corps, mais devient « vide » au fur et à mesure «des passages » à cette autre vie : c’est le fait culturel ou anthropologique « Vie Mort  Vie ». De là ressortent des noms courants de personne tels que :

« koutodjo », la mort a raison,

« koudadjé », la mort se trompe,

Pour relever le défi de la mort et refouler tout ce qu’elle comporte de peur et d’angoisse.

Nous retrouvons la même conception chez les Moba du Nord pour qui aussi il existe une autre vie après celle d’ici-bas. Pour ce peuple, tous les membres défunts  des familles se retrouvent. Ils forment aussi une communauté organisée selon les liens de parentés exactement comme il en est ici sur la terre.

Cependant, nous devons noter que ne prennent part à cette vie avec les ancêtres  que ceux qui, après leur mort en ont été jugés dignes. Cela suppose que ces défunts aient mené une vie exemplaire et édifiante.

Quant aux autres qui n’y participent pas, ils errent dans la nature. On dit d’eux qu’ils sont perdus.

 

4.4.1 L’approche Pastorale chrétienne des forces mystiques de la RTA

La société africaine connaît le mal, la souffrance et en fait continuellement l’expérience. Le déploiement de la vie sur cette terre ne peut être  exempt de mal, de souffrance. Ainsi le problème du mal, notamment son sens, sa cause et son remède, est soumis dans la RTA à une analyse qui va de la réflexion aux consultations des oracles.

En règle générale, le mal a toujours une cause. Soit il provient de l’erreur de l’individu lui-même, soit il est causé par des forces mystiques. Les forces mystiques sont les diverses interventions et manifestations relatives au mystère divin. Ces  forces mystiques ont pour référentiels : mystère, divinités, génies, ancêtres… Leur identification n’est possible qu’à ceux qui ont reçu une certaine initiation.

Ces réalités présentes dans nos milieux posent un réel et délicat problème pastoral. En effet, des chrétiens catholiques se retrouvent des fois, par un concours de circonstances qui imposent le silence à la science médicale, dans des situations inextricables.

Ces situations sont alors attribuées aux forces mystiques. C’est souvent le cas quand on revient désappointé de l’hôpital avec ces mots à la bouche : « les médecins disent que ce n’est pas une maladie de l’hôpital, c’un mal à traiter à la maison ou avec la chimie noire ». Que faire alors ?

Les parents ou la victime si elle est encore capable de mouvement, se rendent chez M. le curé pour implorer le secours de son Dieu. La machine pastorale est ainsi déclenchée. Mais pour bien cerner l’approche de pastorale chrétienne des forces mystiques, suivons la présentation des problèmes et des expériences des forces mystiques dans notre société.

 

4.4.2 Les problèmes et les expériences des forces mystiques

La mystique et ses forces est l’une des plus grandes dimensions de la RTA. Les expériences des forces mystiques sont très multiples et variées. Autant de cultures, d’ethnies voire de personnes, autant d’expériences mystiques.

Ainsi, au Nord du Togo, chez les kabyè, lors de la danse appelée « Habiyè », les gens entrent en transe. Les gens dansent suspendus dans l’air, sur les branches et les feuilles d’arbre très géants, certains se transforment en animaux domestiques (poule, chat, chien,…) ou sauvages (lion, panthère, biche, …) ; en oiseaux (pigeon, tourterelle, épervier,…) d’autres pondent des œufs par millier, des femmes stériles ou même des hommes mettent au monde et avalent sur champ le nouveau-né. D’autres encore sont capables de disparaître ou de se rendre invisibles, etc.

Chez les Naoudéba, il y a les vols nocturnes avec des avions faits de calebasse ou de tronc  d’arbre. Certains se transforment en boas.

Au Centre, chez les Tem ou Kotokoli, quand le chef meurt et qu’il faille chercher son successeur, ce sont ceux qui sont mystiquement forts qui se démontrent leurs forces. Ainsi, on voit des calebasses ou des pierres  marcher, parler ; des chèvres assister aux meetings. Ceux-ci souvent pour provoquer les gens,  leur adressent la parole. Mais quand l’humain répond, il meurt ou par faveur il devient fou. Si c’est un animal il peut transformer l’être humain en animal. On note également le dialogue entre les arbres.

A l’Est, en milieu Kaboli, lors de la purification du village, le sacrificateur fait des libations et offre des sacrifices à toutes les divinités (petits dieux). La nuit, tout le monde étant dans sa famille, il les invoque. Ceux-ci sortent avec des cris ou sifflements qui se font entendre, et se dirigent ensemble au  lieu de la purification. S’il advenait qu’un étranger ou un non averti les rencontre, il aura de sérieux ennuis (manifestations sur le corps) et peut même mourir s’il n’avertit pas si tôt.

A l’Ouest, chez les Ewé de Danyi Atigba, lorsque deux personnes se disputent un terrain, on prend un peu de ce terrain qu’on trempe dans l’eau. On invoque le Grand Dieu et les petits dieux sur cette eau. Après quoi, on la fait boire aux deux. Dans les minutes qui suivent, le juste sort indemne tandis que le menteur se retrouve avec un ventre démesurément ballonné.

Au Sud, chez les Ewé de Vogan, il y a la cérémonie d’initiation aux incantations. Cette cérémonie s’appelle « Ezoun ». Elle advient après la cérémonie de fa ou afa.

Après cette initiation, l’homme reçoit le pouvoir de prononcer des paroles incantatoires appelées « gbéssa ». Ces paroles prononcées par l’initié produisent les effets escomptés : c’est la puissance de la parole. Mais quand on n’est pas préparé et on entre dans la forêt d’initiation, on a de sérieux problèmes.

Pour les problèmes, comme nous venons de le voir, ces expériences produisent parfois ou souvent des effets néfastes même la mort sur les initiés, les pratiquants, les non initiés et non pratiquants, et même sur les innocents. L’autre aspect est que jusqu’aujourd’hui, les pratiquants ne veulent ou n’arrivent pas à matérialiser ou  concrétiser le bon côté pour le bien des Africains et de l’Afrique entière.     

 

4.4.3 La critique du potentiel des forces mystiques

 

Le pouvoir des forces mystiques échappe aux investigations  scientifiques et rend  la raison peu efficace dans ses explications ; ce qui fait que certains doutent de son potentiel. La RTA est constituée en majeure partie des pratiques religieuses secrètes que seuls connaissent les initiés. Une analyse et enquête autour de ces pratiques révèlent la présence d’un réel pouvoir qui peut être criminel :(dans ce rang on a les sorciers, les envouteurs, les jeteurs du mauvais sort…) qui ne sont pas obligatoirement liés à un couvent ; ou qui peut être « sauveur » (les désenvouteurs, ceux qui annulent les mauvais sorts, ceux qu’on peut consulter en cas de maladies, de vols…) qui sont souvent détenteur d’un couvent. Le potentiel des forces mystiques dans la RTA n’est pas un mythe. Dans la conscience collective, appelé quelqu’un sorcier signifie qu’il possède un pouvoir qui lui permet de se dédoubler ou de sortir de son corps pour des opérations souvent nocturnes. L’origine de ces pouvoirs est souvent attribué aux esprits, qui dans leur générosité font dons à un homme de leur choix. Ce pouvoir peut être transmis de génération en génération.

L’on constate aussi que les enfants naissent parfois avec des pouvoirs. L’explication de ce phénomène est attribuée au dialogue entre le nouveau né et  le « Sè » dans le monde prénatal. De nos jours des gens font confiance en la RTA parce que connaissant son pouvoir et sa force mystique qui agissent avec  rapidité et efficacité. Il consulte donc les prêtres Vodou ou les détenteurs des couvents pour connaitre soit leur destin, soit maintenir leur place dans leur  travail, soit pour avoir une promotion dans le travail, soit pour avoir une ou un partenaire, soit pour s’attirer la chance… On peut multiplier indéfiniment les exemples mais la force nous est de reconnaitre que l’expression « l’Afrique a ses mystères » n’est pas une expression vide mais chargée.

Ce qui donne un crédit aux pratiques de la RTA. Quelques fois les mêmes personnes qui viennent à l’Eglise font  recourt à la RTA et cela pose un problème du syncrétisme.  Découvrons à présent la réponse de l’Eglise en face de ce phénomène.

4.4.4La Réponse de l’Eglise

 

v Ce que les Saintes Ecritures et l’Eglise disent des forces mystiques

 

  • Dans l’Ancien Testament

Selon le  Vocabulaire  De Théologie   Biblique, la magie, la divination et la sorcellerie  sont bien connues de nos ancêtres les  Israelites. Ils ont vécus aux milieux des peuples  chez qui ces pratiques étaient courantes. La réaction de Yahvé à cet effet  est catégorique : Elles sont  purement et simplement interdites. Le principe  directeur de cette interdiction est  très simple. C’est de l’idolâtrie

Retenons que l’Ancien Testament a prohibé toutes pratiques qui portent atteinte à l’honneur de Yahvé. Ainsi en est-il des pratiques mystiques.

 

  • Dans le nouveau Testament

Les Evangiles présentent ce monde comme celui qui est le domaine des forces des ténèbres. Toute l’histoire de la rédemption est orienté dans le sens d’un combat Contre Satan et ses suppos dont l’issu est et sera la victoire du Christ et de ces disciples. Leur victoire est déjà manifeste à travers les nombreuses conversions et guérisons opérées par le Christ faites  en son nom. Cette victoire est scellée par la paradoxale victoire du Christ sur la croix.

Les Actes des Apôtres au chapitre 19 verset18 à 20 relatent  si bien la victoire du Christ chez ceux qui écoutaient sa Parole. Ils « venaient faire leurs aveux et dévoiler leurs pratiques, apportaient leur livres et les brulaient  en présence de tous »v 18 &19. Ce passage relate l’exaltation de la suprématie de Dieu. On note aussi l’abandon de la magie par ceux qui la pratiquaient. D’autres passages comme Actes. 8,9-24 attestent bien que l’époque apostolique connaissait bien ces phénomènes et les dénonce avec véhémence.

 

  • L’Enseignement d’un Père de l’Eglise : Saint Augustin

Ses sentences sont sans appels contre l’astrologie et la magie ; ils traitent d’imposteur ceux qui les pratiquent.

En opposant le fatalisme des astrologues à la liberté en Christ il déclare : « Ce n’est pas  sans  raison qu’ont croit que les réponses surprenantes  parfois d’exactitude que donne les  astrologues leur sont mystérieusement soufflée par les esprits de malices »Augustin, La Cité de  Dieu.

 

  • L’Enseignement d’un  auteur contemporain

Pour Joseph-Marie Verlinde, l’occulte désigne tout le domaine de causalité qui échappe aux méthodes d’investigations disponibles dits Scientifiques.

A propos de la vérité de ces phénomènes, il fait une mise en garde et une déclaration lumineuse : « La peur est certes mauvaise conseillère, mais l’ignorance l’est tout autant. Le Chrétien doit savoir que le monde de l’occulte n’est pas le fruit de l’imagination. Il se doit être prudent et d’avertir ceux qui y serait tenté, car le plan occulte est habité par des  entités peu recommandables : les démons ».

v Comment l’Eglise nous invite t’elle à les combattre.

 

  • Les armes préventives et éducatives

La seule condamnation de ces forces mystiques  ne suffit pas pour déraciner le mal. Il faut le faire aussi par le biais de la catéchèse. On doit éduquer le catéchumène à cultiver l’amour, le pardon mutuel et la patience.

  • Culture de l’amour et le pardon mutuel

La haine et la division sont les œuvres du diable. Si nous sommes divisés l’ennemi ne peut qu’en profiter. Aussi ce sont ces deux vices qui amènent le chrétien à recourir aux forces  mystiques, soit dans le but  de se protéger, soit dans le but de se venger contre un frère qui lui a causé du tord.

On doit aider  les communautés chrétiennes surtout les catéchumènes à mettre l’amour au centre de leur vie, car plus nous nous laissons par l’amour, plus nous aurons la force de pardonner et moins nous penseront à nous ‘‘blinder’’  ou à nous venger. La culture de l’amour peut nous permettre de transformer notre société et de la rendre plus habitable.

  • Eduquer à la Patience

On doit aider le catéchumène à cultiver la patience dans sa vie quotidienne. Il doit le faire à l’exemple du peuple Hébreu, qui  tout au long de son histoire a une  conscience de plus en plus forte de la patience de Dieu. D’un Dieu qui  se proclame Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de miséricorde. Jésus  par son attitude à l’égard des pécheurs et par ses enseignements, incarne la  patience divine. Les paraboles du figuier stérile et de l’enfant prodigue en son des illustrations.

Notons aussi que l’Eglise doit puiser dans les richesses de la tradition africaine pour éduquer à la patience. Le Nom Patience « Dzigbodi », dans la langue Ewé, traduit le cœur qui prend son temps pour mieux respirer, pour ne pas se tromper et s’autodétruire (cf. Notre vie devant Dieu du Révérend Père KPOGO). L’Eglise  durant le catéchuménat doit œuvrer à éduquer la patience chez les apprenants. Ainsi,  le chrétiens doit apprendre sous la bonne garde des pasteurs, a contrôler ses actions leur réactions et à ne par prendre des décisions dans la colère.

  • Les armes défensives et offensives

 

  • La prière

L’arme le plus efficace contre  les puissances des ténèbres est la prière. C’est dans la prière que nous puisons la force nécessaire pour luter contre le mal. Car sans  Jésus nous ne sommes que cendre et poussière. Avec Jésus, nous somme invincible face aux forces mystiques. Nous nous couvrons de son Nom Victorieux et de son Précieux sang. La sécurité du chrétien réside dans son abandon dans les mains de Dieu par Jésus Christ avec la force du Saint Esprit. Nous devons noter que le chrétien ne doit pas prier de temps à temps mais en tout temps. Sa vie doit correspondre à celle  du Christ qui l’a aimé et s’est livré pour lui.

 

  • La prière de Délivrance

Jésus après avoir ordonné à ses disciples d’aller annoncer  La Bonne Nouvelles à toute la création, annonce certains signes qui accompagneront ceux qui auront crues.

 En son nom ils chasseront les démons, parleront en langues nouvelles, saisiront avec leurs mains des serpents, s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal et ils guériront les infirmes en leurs imposant les mains. (Cf. Marc 16,15-18).

En nous basant sur  ce qui précède, nous pouvons affirmer que tout chrétien qui croit au Christ ressuscité à en lui la force de Jésus, force qui lui permettra de venir à bout des forces maléfiques et rien ne pourra le nuire. Mais nous devons signaler que l’efficacité de la prière de délivrance est liée en parti à la foi de celui qui prie et celui pour qui ont prie.

Ainsi donc, pour venir à bout des forces maléfiques, le chrétien doit prier  pour délivrer ceux qui sont sous l’emprise des pouvoirs maléfiques. Notons qu’à la prière ont doit associer la médiation constante de la Parole de Dieu, car Dieu se révèle et agit également  à travers sa parole. Les sacrements, surtout  la pénitence et l’Eucharistie sont aussi nécessaire pour l’édification spirituelle du chrétien.

 

Conclusion 

 

L’être humain est le sommet de la création. Les divers rites de passage ont pour but l’initiation de chaque être humain à la vie en société. L’Africain croit à un au-delà, d’où sa destinée est de rejoindre ses ancêtres. Aussi le problème du mal, dans le contexte traditionnel africain est une vraie question qui nécessite une attention pastorale urgente et sérieuse.

Une bonne analyse des éléments positifs et négatifs de ses forces mystiques est nécessaire pour élaborer une approche pastorale chrétienne.

La réponse de l’Eglise sera mise en valeur à ce propos et un guide pastoral prudent sera suggéré et développé en fonction des situations locales

Bibliographie

 

  • Documents

 

  1. Abbé Dominique Banléne GUIGBILE, Vie, mort et ancestralité chez les Moba du Nord Togo, Ed. l’Harmattan, Paris, Avril 2002
  2. BARRIGAH B. Nicodème, Anthropologie EWE-MINA de la destiné humaine, mémoire de fin d’année, Abidjan, Juin 1989
  3. BARRIGAH B. Nicodème, le Christ, « DZOTO » de la destinée humaine, mémoire de licence canonique, Abidjan Juin 1990. Essai christologique de l’anthropologie Eve Mina (sud-Togo)
  4. Abbé Jacques AMOUZOU, les mythes de la création chez les Ewe de Kpele à la lumière de Genèse I et II, mémoire de fin de Cycle, Lomé, 2003
  5. Grégoire Kodzo F. AZIAMBLE-AMUZUVI, foi chrétienne et solidarité Ewe : Aspect pastoraux de l’inculturation (Expériences vécues de la solidarité et de la médiation des ancêtres chez les Ewé du sud-Togo), Juin 2001
  6. Abbé Prosper ANKOU, TUKPUI, un défi pour notre foi Essaie de réflexion théologique sur la nature de ce phénomène, mémoire de fin de cycle, lomé 2005

 

  • Sources Orales

 

  1. Mr APENOUVON Kodjo, chef du quartier Tokoin casamblanca (60ans)
  2. Mr NAMONI Tchékéré, chef division administrative et Financière, Direction de l’aviation civile (46ans)
  3. Monique Bibouwè Sizing,ménagère (76ans)

5. Les perspectives d’avenir de la RTA- les Interactions entre la RTA et les autres religions et Forces d’un changement moderne.

Introduction

La RTAqui se présente habituellement comme une religion de famille, de clan et d’ethnie et dont la pratique reste confinée au cercle des initiés demeure encore de nos jours mal connue à l’opposé des religions dites de « propagande » que sont les religions révélées et leurs dérivées. Devant la mondialisation globalisation et la modernité sans cesse croissante,la RTAa-t-elle encore besoin de vivre en vase clos ? N’a-t-elle pas plutôt besoin d’échanger  des valeurs, des pensées, des techniques  avec les autres religions ?

 Loin de se récuser,la RTA  non seulement attend des autres religions mais a aussi quelque chose à apporter dans le grand débat pour un changement moderne.

5.1. Les christianismes (les principales Eglises chrétiennes et les Eglises indépendantes en Afrique)

Interaction : R.T.A et Christianismes

Définition :

Lorsqu’on parle des Christianismes, ce mot nous renvoie à toutes les religions chrétiennes c'est-à-dire celles qui se réclament issues de Jésus comme Fondateur. C’est dans cette ligne que nous distinguons d’une part les principales églises chrétiennes telles que l’Eglise Catholique, l’Eglise Protestante, l’Eglise Orthodoxe et enfin l’Eglise Anglicane et d’autre part les églises indépendantes d’Afriques qui pour la plupart vivent le christianisme suivant une spécificité propre.

5.1.1 Les apports des principales églises chrétiennes en vue d’un enrichissement de la RTA

En Afrique, on rencontre le Catholicisme, le Protestantisme dans sa forme pure et ses dérivées, l’Anglicanisme qui se vit plus en Afrique du Sud, l’Eglise orthodoxe Copte en Egypte et l’Eglise Copte de rite romain en Ethiopie.

Quelles seraient alors les perspectives d’avenir dela RTAdans ses rapports avec ces principales églises chrétiennes pour un changement moderne ?

Le monde spirituel est un terrain de rencontre pour une redéfinition des concepts : Dieu, l’univers, les intermédiaires, les sacrifices l’au-delà et autres.

Dansla RTA, l’assertion qui fait de Dieu le Lointain, le Transcendant et aussi le Dieu proche, fait également de Lui le Créateur suprême. C’est Lui qui a crée le monde, les intermédiaires qui sont : les ancêtres, les êtres spirituels, les génies locaux par qui l’on accède ou entre en contact avec Lui. Comparée aux églises chrétiennes, celles-ci reconnaissent Dieu, Créateur du ciel et de la terre, et Maître de tout ce qui vit et respire. Le culte rendu aux saints est un acte de vénération pour leur exemple de témoignage. De plus ils sont invoqués pour leur intersession, mais dans la pratique on veille à ce qu’ils ne prennent la place du Créateur.

Sur ce dernier aspect,la RTAdoit veiller à ce que  les divinités secondaires, les génies locaux, les ancêtres, les êtres spirituels, esprit tutélaires crées par Dieu ne finissent pas dans l’imaginaire populaire à se substituer à Celui qui les a crée comme intermédiaires.

Un autre aspect très important est le sens de la vie et de l’homme. En effet l’homme, dansla RTAest celui qui a la vie, chose sacrée car elle vient du Créateur Dieu. C’est pourquoi l’homme est digne de respect.

Les églises chrétiennes pour leur part s’accordent aussi à l’idée que la vie est sacrée et mérite d’être protégée. C’est la raison pour laquelle tout l’enseignement du christianisme se résume en l’amour de Dieu et du prochain. Le chrétien, pour cette raison lutte pour trouver une solution aux calamités, à la misère, à la violence dont les hommes sont victimes. En dehors de l’accompagnement spirituel, lorsque les moyens le permettent, les groupes d’entraide et de soutien œuvrent pour la recherche de la justice et de la paix, de l’autosuffisance allant parfois aux condamnations verbales lorsque, dans un Etat, les droits de l’homme sont violés. Dans cette pratique, il est louable, l’effort réalisé parla RTAà travers les rogations pour juguler les calamités, implorer la paix, la pluie et autres. Mais l’apport matériel et le droit de réponse sur la scène politique font défaut. Voilà les raisons pourla RTAde se hisser au rang des autres religions quand la question des droits de l’homme, de la vie humaine est en jeu.

Il est à savoir quela RTAqui par le passé s’adonnait à certaines pratiques coutumières qui portaient atteinte à la dignité humaine en l’occurrence l’excision, se trouve de nos jours dans l’obligation d’abandonner cette pratique.

 Notons également qu’elle se trouve dans l’obligation de ne plus faire recours aux sacrifices humains rituels de même que l’inhumation des chefs avec leurs épouses ou  esclaves ou autres personnes malheureuses que les soldats (Ablafo)  arrêtent dans la nuit. Les efforts en ce sens se poursuivent. Parlant d’ouverture nous pouvons citer pour mémoire la participation des prêtres nyigblin aux deux séances de prière pour la paix dans le monde organisé par le Pape Jean Paul II  à Assise.

Notons que de toutes les religions, le christianisme est la première à entrer en dialogue avecla RTAà travers son enseignement, ses exhortations et ses décrets (cft Nostra Aetate, Dignitatis Humanae, Ecclesia in Africa, la commission pontificale pour le dialogue interreligieux). Aussi constatons-nous avec beaucoup de joie les fruits d’un tel rapprochement.

La nécessité d’entrée  en dialogue, pour le P. MVENG est due au  passé  amère de l’Afrique qui a occasionné  une pauvreté religieuse de la RTAavec la perte de la vision et de la conception cohérente de l’homme, du monde, de la vie et de tout  l’enrichissement culturel de la pensée et des rites[16].

 Cependant,  les rapports   RTA et protestantisme restent encore hésitants. En effet les pasteurs protestants condamnent sans discernement les traditions, qui pour eux sont contraires aux saintes Ecritures. Tel fut le début avec les missionnaires catholiques, mais aujourd’hui il parait impérieux  de faire un effort pour le dialogue. Monseigneur TEISSIER, évêque d’Oran in Dialogue avec la différence dira :      « L’autre n’est-il pas porteur lui aussi d’une parole dont nous avons besoin? Ce qui fonde le respect religieux de l’autre c’est la certitude qu’à travers lui, Dieu nous parle par son Esprit .N’avons-nous pas besoin de la résistance de l’autre pour remettre  en cause nos propres  certitudes? »     

5.1.2. Les églises indépendantes en Afrique

Les églises indépendantes en Afrique sont ces églises qui y sont nées, confessant le Dieu révélé et adoptant des méthodes ou mieux certaines méthodes des religions traditionnelles africaines pour manifester ou vivre leur foi ou croyance.

Ils ont des pratiques comme les sacrifices d’animaux en des lieux et à des heures indiqués pour des expiations ou pour s’attirer des grâces.

Ou encore l’interdiction de porter des chaussures pour les cultes, signes manifestes de l’indignité de l’homme d’approcher Dieu et de son respect pour lui.

Il s’agit en fait des églises qui, issues des églises principales leur reprochent certaines manières de rendre le culte à Dieu et parfois certaines doctrines dont ils donnent une interprétation superficielle.

Exemple : le Christianisme céleste, Aladhura, Brotherwood, Kimbanguisme.

Il ne s’agit pas d’une RTA modernisée ou d’un christianisme inculturé. Ces églises se réclament un statut propre, une originalité.

Elles ont une attitude de rejet dela RTAla liant aux esprits impurs, au diable.La RTA, bien que se retrouvant en partie dans ces églises, les tient en réserve. Il existe donc un climat de méfiance entre les deux bords particulièrement du côté dela RTA.

Toutefois, une attitude d’ouverture les aiderait à  un dialogue qui leur sera profiteur.

5.2. L’Islam

L’Islam qui se veut religion révélée repose sur la pratique des cinq piliers islamiques que sont :

-La profession de foi ou shah ada

La prière rituelle ou salat

-L’aumône ou zakat

-Le jeûne ou ramadan

-Le pèlerinage ou hajj.

Notons que son enseignement se trouve dans le coran et les hadiths. Dans sa forme pure l’Islam a en horreurla RTAà laquelle il reproche l’idolâtrie, rejette le culte aux ancêtres, les pratiques des sacrifices aux divinités.

Devant ce rejet il serait impérieux de se demander ce que peuvent être les interactions entrela RTAet l’Islam.

Les cinq piliers islamiques sus cités  si on fait une analyse minutieuse dela RTAse retrouvent dans ses pratiques avec quelque distinction. Dans le domaine spirituel, on sait que l’Islam  non seulement  affirme  l’unicité, l’omniscience, la transcendance de Dieu  mais reconnaît qu’il est « miséricordieux », conception absente en RTA.

 La  RTA  ne devrait-elle pas reconnaître  au Créateur  suprême  ce concept, au lieu de continuer à voir  en lui le justicier vengeur, l’impitoyable ?  Comme c’est le cas avec le sentiment de peur perpétuel, d’une mort soudaine ou des représailles  de tel ou tel esprit qui continue à animer ses membres.    A Ténéga dans la préfecture de  Niamtougou, les cadres du clan natoungou sont tenus d’offrir   périodiquement  un bœuf  à l’ancêtre protecteur  à défaut il y a châtiment.

L’aumône qui est un pilier de l’Islam appelle les valeurs  éthiques  telles la solidarité, la communauté, l’hospitalité, la charité, la justice, qui sont des pistes pouvant aiderla RTA  à redécouvrir son authenticité africaine, car aujourd’hui encline à la modernité qui véhicule l’individualisme, l’égoïsme, l’injustice, la violence, la perte du sens de pudeur, du sacré, de la vie.

Sur  ce dernier point  qu’est la vie, beaucoup  reste à faire pour éradiquer la pratique de l’avortement méthode de contraception, la pratique de l’excision bien que clandestines par les femmes guérisseuses dela RTA, l’Islam sur ce sujet  a marqué un pas  et devrait servir d’exemple

Le jeûne tel qu’il est vécu dansla RTArevêt une signification de purification avant l’exécution d’un rite. C’est le cas de la purification du prêtre sacrificateur dans le jeûne et la prière avec interdiction d’approcher se femme avant un sacrifice de grande importance dansla RTA.

Un des avantages de l’Islam quela RTApourrait promouvoir est la mise par écrit de ses pratiques et enseignements, les codifier à l’instar du Coran pour un usage facile et accessible à tous. Ceci l’ouvrirait davantage aux autres religions qui la méconnaissent.

La RTA  étant une religion typiquement  africaine  nous nous  intéresserons ici  à sa relation avec  l’Islam tel qu’il est  pratiqué en ’Afrique.

L’Islam africain porte des marques de « négritude ». En effet l’Islam  qui a pénétré le continent  noir fut celui des confréries  populaires[17]  qui  donnent  beaucoup d’importance et de place aux djinns, aux  sciences et pratiques magiques. C’est ce qui explique son insertion  sans difficulté dans certaines cultures. De ce fait, il se trouve que l’Islam « africain »  est marqué par les pratiques religieuses  africaines.

A la prédication d’un saint personnage souvent  membre d’une confrérie, l’africain se remet à lui, adopte la confrérie sans  forcement   pratiquer  toutes  les observances.

Alors toute sa famille, son clan, son ethnie et le village  se rallient. Tel est le cas des tem de la région centrale, qui se sont ralliés facilement à l’Islam. Toutefois ils ont imprimé à l’Islam les  marques  de  leur culture. Cela  est  à constater  lors  des  fêtes   traditionnelles  de  Gadao  et Adossa, des danses comme celle des chasseurs  et Takai .

Dans une société où  l’africain aux êtres spirituels multiples côtoie  perpétuellement le marabout  qui donne place  aux djinns, aux sciences et aux pratiques magiques .Quelles seraient les perspectives d’avenir  dela RTA  en vue d’un changement moderne ?

L’étroitesse de la relation entre l’Africain aux êtres spirituels multiples et le marabout présente  souvent  des  ambigüités pour  ce qui est dela Conceptiondu mal. Notons que le maraboutage est étranger à l’Islam tel qu’il est professé dans son originalité.

 Le marabout dont il est question est un personnage aux noms multiples : gardien de divinité, devin, guérisseur, Alfa, Cheik, en un mot celui qui initie. En Afrique noire il revêt le sens général de personne religieuse musulmane, définition étriquée car l’Islam ne l’entend pas ainsi.  La loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » avec l’usage des forces de la nature pour nuire à l’ennemi, ou  à autrui dont se livre ce personnage ne peut pas être source  de progrès pourla RTA.  Dansl’Islam  africain qui recourt au marabout,  rendre fou son ennemi  est une affaire courante. A Bassar  il y a cinq ans, une commerçante qui  avait perdu une somme considérable au marché  demanda à « une divinité » la foudre pour décimer tous ceux qui toucheraient  à son argent volé. Bilan, plus de sept morts. Ailleurs  c’est des commerçantes qui pour raison mercantile demandent à un fétiche ou au marabout d’arrêter la pluie pour qu’elles puissent épuiser leur stock de céréales sur le marché. Toutes ces pratiques qui visent à nuire l’homme, à faire  le mal font perdre àla RTA  dans sa relation avec le maraboutage son authenticité en matière de valeurs.

L’idée de l’au-delà quoi qu’elle existe dans les deux religions  est interprétée  différemment.

-Le  musulman enterre ses morts dans la simplicité et en hâte avec  le risque d’enterrer un homme dans le coma bien sur.

-La  RTAa aussi sa façon d’enterrer ses morts  que nul ne critique .Mais l’accusation qui laisse entendre quela RTAde façon clandestine enterre certains chefs traditionnels avec des têtes humaines  doit-être dépassé   et  mise  hors de tout soupçon. Il y a trois ou quatre ans ,le problème s’est posé à Sokodé à la mort du chef du quartier Komah, la rumeur ayant circulé, il nous fut  interdit de sortir loin de nos maisons durant trois nuits d’affilées. La  suite de l’histoire resta un mystère. Voilà ce dontla RTAdoit se libérer : les soupçons sur les pratiques occultes, des préjugées dont elle est sujette de la part des autres religions .Il y a nécessité pourla RTAde s’ouvrir  au dialogue d’abord dans son sein, les chefs  religieux dela RTAdoivent pouvoir échanger avec  ceux de l’Islam sur des questions relatives à la morale, l’éducation, les échanges intellectuels en vue d’un enrichissement religieux et  culturel.

Par ailleurs le rôle de la femme relégué au second plan dans la pratique islamique tout comme dansla RTA, rôle qui réduit la femme à l’état de « mère et nourricière » se voit aujourd’hui dépassée.

En effetla RTAdonne de plus en place des responsabilités à la femme dans plusieurs domaines de la vie sociale. Effort louable à promouvoir. A Sokodé (kpario), une femme du nom d’Anti Mehri  joue le rôle de guérisseur, de gardienne de « fétiches » en un mot de prêtresse. Et comme la culture ne peut se dissocier dela RTA, c’est un effort de voir les femmes occuper des places de chefs des us et coutumes, de village, de canton à l’instar des cantons de Niamtougou, de Siou où ces femmes-chefs ont leur mot à dire lorsqu’il s’agit d’un acte religieux à poser parla RTA.

5.3. Les nouveaux mouvements religieux

Les nouveaux mouvements religieux sont  souvent communément appelés sectes c’est-à-dire groupe dissident sorti  d’une doctrine philosophique ou théologique.

Comme nouveaux  mouvements religieux, nous avons :

-                      les mouvements millénaristes

-                      Les mouvements de réveil

-                     Les mouvements de sectes guérisseuses

-                     Les gnosticismes et les sectes orientales

 

5.3.1.    Les mouvements millénaristes

On regroupe sous la domination de mouvement millénariste toutes les sectes qui prennent à la lettre certaines annonces de l’Evangile et de l’Apocalypse, interprétant les difficultés et les malheurs des temps comme signe de l’imminence de la fin du monde.

Le millénarisme est la croyance selon laquelle le Christ doit revenir sur la terre pour un règne de mille ans, pendant lequel  Satan sera réduit à l’impuissance tandis que les justes ressuscités règneront avec lui. Au terme de ces milles ans, le démon sera déchainé pour peu de temps puis viendra la résurrection générale, le jugement dernier, la  mort éternelle des pécheurs, l’entrée des justes dans la béatitude éternelle.

 Certains groupes religieux  comme les Adventistes du Septième jour  et les témoins du Jéhovah, se sont inspirés de ces idées millénaristes pour fonder leur doctrine.

5.3.2. Les mouvements de Réveil

« Réveille-toi,-toi qui dort » Voila leur leitmotiv. Partant de là surgissent des hommes de foi qui se proposent d’éveiller leurs frères.

Certains le font en demeurant dans leur famille religieuse d’autres en créant de nouvelles. Car réveiller une Eglise endormie, c’est exhorter à la conversion, en remettant en question les positions disciplinaires ou même les positions doctrinales d’une Eglise déjà opérante. Et, réveil  passé, on se retrouve simplement avec une secte de plus avec quelques coutumes originales, l’attachement un peu étroit à un point particulier d’une doctrine théologique. Elle devient une domination supplémentaire qui s’endort un jour comme les autres dans le souvenir de sa ferveur passée et à son tour a besoin d’un réveil. Exemple : Les Anabaptiste, les Néo Apostoliques

5.3.3. Les sectes guérisseuses (Une thérapie spirituelle)

Prenant à la lettre les récits bibliques et quelques paroles du Christ, certains n’attendent la guérison que de forces spirituelles. Ces mouvements de sectes guérisseuses sont des mélanges de spiritisme, de théosophie d’occultisme et de christianisme en usant, de supercherie, des phénomènes inexpliqués. Ils exercent souvent sur leurs adeptes une influence très nocive. Exemple de l’Antonisme

5.3.4. Les gnosticismes et les sectes orientales

Le gnosticisme est une spéculation orientale et généralement ésotérique, mêlée de tradition chrétienne tenue secrètes  dont la connaissance offrirait aux initiés  le moyen d’atteindre à la perfection de l’intelligence du divin. Pour eux le Christ a révélé des choses à un petit  nombre et que les Eglise ont méconnu ou caché tandis qu’eux en ont héritées. Ainsi, il n’ya de mystère que pour les ignorants. La plupart des soi-disant mystères  sont des lois universelles dont l’explication est à la portée de toute intelligence humaine et que peut mettre à profit celui qui a la connaissance ésotérique. Le gnosticisme est un aristocratisme religieux, radicalement opposé au christianisme, pour qui le salut est offert gratuitement par le Christ à tous ceux qui croient en lui.

 

Exemple : Rose-Croix, Franc-maçon

Les sectes orientales  véhiculent les valeurs spirituelles de l’Hindouisme et du Bouddhisme. Elle est un amalgame de doctrines de mythologie et de pratiques étranges.

Elles prétendent fournir des explications ésotériques sur des dogmes que l’Eglise n’explique pas et apporter la lumière mystique à ceux qui ne pouvant se contenter de croire, ont besoin de comprendre.  Exemple : Krishna et l’Eglise de l’unification de Moon.

Pour finir, nous dirons que ces nouveaux mouvements religieux sont la plus part du temps animés d’esprit fanatique. Ils pensent détenir la vérité. Ainsi, ils n’ont plus de considération pour les autres religions. Leur conception pourla RTA  est négative et méprisante. Pour certains  parmi euxla RTAn’est que  cultures primitives où foisonnent mythes, mysticisme, magie, superstition.

Par contre,la RTAa une valeur et se révèle riche avec ses rites complexes qui révèlent néanmoins symboliquement l’histoire sacrée racontée dans les mythes. Ces nouveaux mouvements religieux sont  déjà dans nos villes et villages avec leurs doctrines  dénaturés du christianisme et entachée de syncrétisme. Ils constituent un danger menaçant  pourla RTA, alors aux membres dela RTAd’être davantage convaincus et déterminés pour ne pas se laisser ravir leur authentique patrimoine religieux. Car elle a aussi quelque chose sur Dieu à faire connaître au monde.

5-4 Les autres religions

En dehors de l’islam dont nous venons de parler plus haut, nous aurons à parler d’autres religions. Elles sont nombreuses mais quatre retiendront notre attention du point de vue de leur notoriété : le Bouddhisme, l’Hindouisme, le Jaïnisme et le Judaïsme.

5-4-1 Le Bouddhisme

C’est une religion historique dont le fondateur est Bouddha Sâkyamuni. Ce dernier commença à prêcher sa doctrine (Darma) après avoir connu un certain Eveil (Bodhi). Il se donne pour mission de répondre à un certain nombre de questions que tout homme se pose : le monde est-il fini ou infini, le Soi de l’homme est-il éternel ou non, le monde et le soi ont-ils une cause, le soi (probablement l’âme) subsiste t-il après  la mort, est- il pourvu de forme ou non, est- il conscient ou inconscient, fini ou infini, heureux ou malheureux après la mort ?

En guise de réponse, Bouddha rejette énergiquement l’existence du  Soi. En ce rejet, se trouve la spécificité du Bouddhisme. D’autre part, Bouddha se refuse non moins énergiquement  à répondre aux questions concernant le monde et son origine, son caractère fini ou infini, éternel ou non éternel. Selon lui, ces questions sont oiseuses et ne libèrent pas l’homme de sa souffrance. Or c’est le mal auquel l’homme aspire à être délivré. Toute la doctrine du Bouddhisme consiste à formuler un diagnostic concernant la souffrance et son origine, à montrer que la cause peut être supprimée et indiquer le chemin qu’il faut prendre pour supprimer effectivement cette cause et obtenir la cessation de la souffrance. Le moyen indiqué est  l’entrée dans le Nirvana. Ce dernier consiste en l’abandon de la pensée ou de l’illusion de l’existence  d’un soi.

Enfin il faut noter que le Bouddhisme  n’ouvre pas au divin. Cependant on y note une piété assez élevée, une vie méditative et contemplative très poussée, la maîtrise de soi et un grand sens  du respect de la vie.

Interaction Bouddhisme – RTA.

Les questions énigmatiques énoncées plus haut auxquelles le Bouddhisme voudrait répondre ne sont pas moins présentes dans le système de penser  dela RTA. Cependant, il faut noter que le Bouddhisme ne se penche pas de fond en comble sur ces questions alors que les adeptes dela RTAen font des questions existentielles : ils cherchent donc à connaître leur origine, leur destinée, l’origine de la mort, de la souffrance et du mal. D’autre part, si le Bouddhisme rejette toute conception de dieu et du soi (âme),la RTAen fait des réalités. Ainsi on ne peut trouver aucun adepte dela RTAqui ne puisse croire ou du moins imaginer la transcendance (divinités).

Alors devient-il nécessaire de lutter pour que les multiples positions ou affirmations erronées du Bouddhisme ne fassent leur pénétration dansla RTA.

Cependant,la RTApeut faire sienne ou mieux approfondir ces réalités que vivent mieux les adeptes du Bouddhisme : piété, profonde dévotion, vie méditative et contemplative, maîtrise de soi. On a tant besoin de ces réalités en Afrique  où, de plus en plus, la jeunesse se laisse gagner par la dispersion dans une certaine complaisance aux bruits de tout genre.

La RTAa intérêt de s’approprier ces réalités du bouddhisme car sans  ces dernières, toute vie véritablement intérieure est impossible ; et sans cette dernière, toute religion perd sa valeur et son poids.

 

5-2 L’Hindouisme

L’Hindouisme   est une ramification du Brahmanisme, une religion très ancienne (VIe siècle av. J.C.) elle se caractérise par le culte rendu à l’une des deux grandes divinités qui sont Visnu et Siva.Comme spiritualité on y note le souci dominant dela  Libérationsi étroitement lié au cycle de la renaissance et de la rétribution des actes.

Suivant l’enseignement dela Bhagavad Gita, on reconnaît, au moins nominalement, trois voies pour  avoirla Délivrance : la discipline des actes (Karmayoga), la discipline de la connaissance (Jnanayoga), et la discipline de la dévotion (Bakhtiyoga). Dans l’Hindouisme, c’est cette dernière qui prédomine. Amour confiant en un Dieu suprême,la Bakhtidevient par suite un complet abandon  à celui de qui tout procède. Ce sentiment établit entre la divinité et son dévot un rapport de personne à personne. Le panthéon hindouiste fait mention de 33 dieux.

 

Interaction Hindouisme – RTA

Plusieurs similitudes sont à relever dans la pratique des deux religions. On peut noter la croyance en un dieu suprême de qui tout procède, la présence d’autres divinités intermédiaires, la rétribution des actes et la réincarnation.

Des trois  voies mentionnées dans l’hindouisme pour la Délivrance, une doit attirer l’attention de la RTA : la discipline de la connaissance. Il s’agit pour les adeptes de la RTA de connaître de façon effective leur culture, leurs traditions et coutumes. Ceci pour éviter que dans le ‘’moov ‘’d’une soi-disant ouverture aux autres civilisations, ils ne perdent leur identité vraie, celle de vrai Africain. C’est donc pourla RTA un défi à relever surtout à travers l’éducation familiale et les initiations.

5-3 Le Jaïnisme

C’est la religion de ceux qui se réclament de Jina le Vainqueur. Le Jaïnisme est un ensemble de pratiques ascétiques. La vie spirituelle est faite essentiellement d’ascèse et de concentration.  Il ne connaît pas de Dieu créateur. Ainsi il n’accorde pas de place aux divinités. Le respect de la vie que l’on y retrouve est poussé à l’extrême. La non-violence y est aussi de mise.

Tout Jaïna s’engage à respecter cinq interdits : - ne pas nuire aux êtres vivants – ne pas mentir – ne pas s’approprier ce qui n’a pas été donné – ne pas manquer à la chasteté – ne pas s‘attacher aux biens matériels.

Pour les religieux, à qui même il est interdit de manger de nuit, ces interdits atteignent un caractère d’extrême rigueur qui leur confère le titre de « vœux majeurs.»  A la mort, l’âme parfaite monte tout droit jusqu’au sommet du monde, dans la région en forme de coupole où elle rejoint les autres âmes parfaites qui, en nombre infini, s’interpénètrent : c’estla Délivrance.

Le Jaïnisme, bien que ne se réclamant pas d’être une religion l’est cependant de par ses caractéristiques ; seulement qu’il ne conçoit pas l’idée d’un Dieu suprême.

Interaction Jaïnisme – RTA

Du point de vue des croyances, on note assez de différences entre les deux religions. On note au passage la non croyance en un dieu dans le Jaïnisme, ce qui n’est point possible dansla RTA. Cependantla RTAa beaucoup à apprendre du Jaïnisme en matière de vie ascétique et morale : le respect de la vie, l’éradication du mensonge, le respect du bien d’autrui, la pratique de la chasteté l’équilibre face aux biens matériels. Ces valeurs, il faut le noter ne sont pas totalement absentes dela RTA, seulement que de nos jours, elles sont plus ou moins bafouées.

Il s’agira donc pourla RTAde faire en sorte que ses adeptes  redécouvrent, reconquièrent et revivent davantage ces valeurs que véhicule la doctrine du Jaïnisme.

5-4 Le Judaïsme

Religion des Juifs, le Judaïsme est un système de croyance, de rites, de  prescriptions morales fondés sur  la Torahet le talmud (ensemble de prescriptions rabbiniques des 4e et 2e siècles avant J.C.destinées à édifier la foi juive). Le Judaïsme est assez lié à la culture juive qu’il est impossible de les séparer.

 Il est  à noter que le Judaïsme est la source des grandes religions monothéistes en raison de son lien avec le peuple de l’histoire sainte. Il est essentiellement caractérisé par l’attente du Messie, libérateur du peuple juif. Cette attente  fonde jusqu’à nos jours l’espérance juive. La doctrine du judaïsme est très vaste mais en voici quelques  points : - suivre le Très Haut et n’avoir de fidélité que pour lui – réprimer la méchanceté et ses raisons d’être – approcher le prochain, avoir le la compassion pour le pauvre, le faible, la veuve, l’orphelin et leur porter secours – l’homme est important pour la réalisation du dessein de Dieu.

Notons que  dans l’histoire, du moins à partir du IXe siècle, les juifs émigrent vers d’autres horizons surtout en Espagne, en France, en Italie et même aux États-Unis au XIXe siècle. Cependant force est de   constater leur désir ardent de demeurer Juifs partout où ils sont. Même s’ils seront un peu influencés par les autres cultures, ils ne seront pas moins authentiques.

Interaction Judaïsme  - RTA

L’histoire reconnaît aux Africains (membres dela RTA) le sens aigu de la fraternité, de l’entraide, de la solidarité, du soutien des plus pauvres et des plus faibles de la société. Cependant, l’aujourd’hui de l’Africains est  gagné par l’individualisme et l’égoïsme. En d’autres termes, il y a échec des valeurs dansla RTA. Ilest alors important que les adeptes dela RTAadmirent dans le Judaïsme la lutte contre la méchanceté, la promotion de l’entraide et de la solidarité, le soutien des démunis…

En outre remarquons combien les Juifs, même sur des terres étrangères, s’affirment et se laissent difficilement phagocyter par les autres cultures. N’est-ce pas un modèle de conduite que les adeptes dela RTApeuvent et doivent imiter ? Nous voulons dire qu’il est important que les adeptes dela RTAdemeurent eux-mêmes dans tout ce qui fait fondamentalement leur être et ceci sous tous les cieux. Même en entrant en contact avec d’autres cultures ou civilisations, quelque chose d’africain devra rester en eux. C’est ce qui fait sa personnalité propre.

5.5. La technologie

Nous  prenons les moyens d’action phares  dont disposela RTApour ressortir ce que la technologie peut apporter dans le sens d’un possible avancement

 

5.5.1 L’oralité  dans la RTA et les nouvelles technologies

 

Le savoir (science) dela RTAoral et les pratiques rituelles sont mémorisées à force d’exercice. Loin de vouloir nier la fidélité  de la tradition orale  soutenue  par les esprits intermédiaires, nous relevons cependant ses limites. Nous  concédons  que le progrès n’est pas à refuser tant qu’il  ne déshumanise  pas. Aussi la RTAdevra-t-elle  penser  à l’écriture.

L’adoption  de l’imprimerie avec l’édition des livres qui passe  par l’alphabétisation  serait  d’un bénéfice  énorme(nous pensons à des auteurs provenant directement dela RTA) ,sans  ajouter  que  l’écriture  garantit  la stabilité et  sécurise l’intégralité des rites de  génération  en génération. Toutes les religions ont des bases scripturaires,la RTAne saurait ne doit pas être du reste.

Par ailleurs les nouveaux moyens de communication orale et visuelle  offrent  l’opportunité àla RTAde s’illustrer sur le plan planétaire  par des émissions  radiophoniques et télévisés. Le tournage  de court  à long métrage  sur la réalité dela RTA, la présentation de sketch et de théâtres  médiatisés etc.  Permettront d’atteindre  un plus grand nombre d’adeptes et de sympathisants.

Une autre force dela RTAdans le domaine de l’oralité est  le riche  et  dense répertoire de chants rituels accompagné de danses traditionnelles. Ce répertoire s’effrite  malheureusement  au  fil  des  ans et  les gestes et  les danses se perdent peu  à peu. Il est heureux de constater que déjà on voit  sur  le marché  musical des cassettes  et  CD  de chants vodou et même de clips vidéo des cérémonies vodou et cette activité devra nécessairement être amplifiée.

 

5.5.2. La RTA, une religion du palpable (des sens)  en face des nouvelles technologies

 

Les esprits intermédiaires sont souvent représentés et  on  les  appelle abusivement « idoles ».La technologie  pourra  également  jouer  dans  la fabrication des images ou éléments  représentants  les esprits  intermédiaires  et  aussi apporter une touche moderne  aux  objets sacrés du culte vodou  visant  un peu plus la salubrité et l’esthétique. Ce  qui   n’honorera  qu’en mieux  les Dieu et les esprits intermédiaires.

Avec  le  souci  que le religieux puisse  poser   parfois  un problème  d’accès  facile aux média. La RTApeut  penser  si  les moyens  se  présentent à l’ouverture de radio et pourquoi pas de télévision .Elle pourra envisager la création  de bulletin ou magazine mensuel ou bimensuel  traitant des événements  et de la nature de la RTA.

Le  fait que certains quartiers  portent  des  noms  vodou est un pas en ce sens. Nous notons au sud du Togo des quartiers comme : Legbassito, Dangbessito, Legbanu etc.

La RTA  devra  viser beaucoup plus ; l’ouverture  d’écoles   par exemple et donner des noms vodou  aux divers  ateliers ou entreprises des adeptes.

Au niveau artistique, elle  devra  vulgariser  la représentation des esprits intermédiaires  et   la ventilation de ces tableaux que les   adeptes  pourront  avoir chez eux, les sympathisants  et  les curieux aussi.

On devra  sans doute  organiser  des pèlerinages  régulièrement ; définir les   périodes et  médiatiser au cours desquels on fera l’exposition des objets d’art vodou et des autres RTA.

Nous saluons avec beaucoup d’émotion la classification dernière de la forêt sacrée de Glidzi Kpodzi parmi les sites touristiques culturels de l’UNESCO grâce à l’organisation du festival des divinités noires.

L’ouverture des  centres  de  renseignements  sur la RTA  dans  toutes  les localités ne  doit  pas  être  du  reste . Ces centres  sont  présents dans certains pays comme le Bénin et le Cameroun  etla Coted’Ivoire déjà. Ces initiatives sont à encourager et à imiter.

 

5.5.3. La RTA, une religion d’initiation à la vie sociale et les nouvelles technologies

Les  couvents sont  des  lieux par excellence d’initiation à la vie sociale .Les personnes qui y sont internées, les femmes surtout sont recrutées volontairement ou en cas de maladie provoquée par la divinité qui désire la personne en question comme simple adepte, prêtre ou prêtresse. L’objectif est de pérenniser le patrimoine culturel  du clan, de la tribu ou de l’ethnie .Ceux  qui  y vivent  sont initiés à devenir des personnes  à  part entière tant sur le plan spirituel que physiologique en vue d’être véritablement utiles à la société. Parmi le savoir qu’ils reçoivent  figurent l’art de guérir  «  doyoyo » en d’autres termes la tradithérapie. Dans  ce domaine  précis  qu’est-ce  que les nouvelles technologies  peuvent apporter ?

Le domaine  de la santé est  vaste  et  vitale. Prenons  l’accouchement traditionnel avec  ses forts taux de mortalité infantiles et  maternelle. Cela  va  sans dire  que la médecine moderne à son  mot à dire. Dans  la conservation des décoctions  à base des plantes médicinales et leur dosage  puis  des réels diagnostiques  avant et après les soins.

 

La  RTAdevra coopérer avec la médecine moderne  ou du moins elle devra  pour  les deux  cas  faire appel  à  la technologie c’est –à-dire  des appareils et des machines pouvant  favoriser l’efficacité de la tradithérapie. On note des efforts çà et là.

 En Tanzanie par exemple a été  créée une université  pharmaceutique  pour  analyser les produits fabriqués à base de plantes médicinales.

Le patrimoine culturel légué dans les couvents renferme aussi certaines pratiques ancestrales qui aujourd’hui  n’encouragent  pas  beaucoup  le développement  harmonieux dela RTA.

Les  interdictions  alimentaires liées aux groupes  ethniques  en  particulier le cas des femmes enceintes et les bébés. Il  leur  est interdit de prendre un repas contenant  de la viande, des œufs, du poisson, du lait etc.

Ces  femmes  ont  souvent une santé fragile et n’ont pas  assez de lait pour allaiter leurs petits; quant aux enfants, ils sortent  du sein maternel déjà  malade.

Une autre pratique est que les enfants prématurés sont  enfermés  en chambre  pendant près de sept mois, sans noter que l’absence des rayons solaires provoquera le rachitisme chez ces enfants.

Nous évoquons également la clitoridectomie (excisions), les circoncisions  et les scarifications collectives  avec des risques de contamination et de déséquilibre psychologique.

Nous pensons également à la pratique abusive du lévirat assorti souvent de contraintes traumatisantes. Il ya également certaines cérémonies d’exorcisme et autres qui sont loin de respecter la dignité de la personne, elles sont à revoir sérieusement.

Pour finir nous parlerons des internements forcés ou provoqués par des envoutements qui bloquent le cursus scolaire de certains jeunes. Il y a également à revoir les périodes d’initiation.

 

5.6. Les migrations dans la vie actuelle

Les  migrations  évoquent  les  déplacements  d’une population passant d’une région  dans une autre  pour s’établir. Pour  ce qui est de notre  étude,  il s’agit  des  déplacements  des  adeptes dela RTAvers les autres religions  ou le mouvement inverse ou simplement  l’interaction de la RTA  avec les autres religions.

Au niveau continental, nous assistons  au passage des pratiques religieuses de pays à pays. Par exemple le culte réservé à Vodou Xevieso est une pratique  religieuse du Bénin  importée au Sud-Togo.

Au niveau intercontinental, certaines pratiques traditionnelles migrent vers l’Amérique et l’Europe. De même  le « rasta » qui est devenu la mode dans les pays européens de nos jours est originairement la nature des adeptes des divinités africaines, à qui on a interdit de se faire coiffer. Aussi les Européens cherchent-ils protection  ou promotion en se livrant à des pratiques religieuses africaines. En Amérique, l’influence est tellement remarquable que les pratiques nègres ont tendance à dominer les autres cultures. Par exemple le Negro Spirituel et le Show-business.

La RTAdans son interaction  avec les autre religions parvient au syncrétisme religieux .D u grec « sunkretismos », littéralement  union  des crétois, le syncrétisme  est  une combinaison  plus ou moins, artificielle et superficielle d’éléments   appartenant  à  diverses  doctrines religieuses, combinaison le plus souvent religieuse. Certains considèrent, par exemple, qu’en combinant  leurs doctrines on  pourrait  unifier  toutes les religions   qui  adorent  Dieu[18].

 Un exemple de syncrétisme  signifie la combinaison  de la foi au Christ  avec  les  différents  sacrifices  faits  aux  génies protecteurs  et  aux  ancêtres..

En  effet  la croyance  à  la sorcellerie, au rôle des  esprits  et  des morts  est  très répandue en Afrique. Beaucoup d’Africains vivent dans  la  peur  et  pour  se  protéger  contre le mal s’engagent toujours dans la consultation des  devins, des  marabouts  et  offrent  des sacrifices  à leur ancêtre  et aux esprits. Certains  signent des  pactes  avec  des  esprits  qui  sont supposés  les protéger. Il en va de même  d’une femme  enceinte qui espère  un bon accouchement. Cette situation emballe chrétiens, musulmans  et  les membres  des  autres mouvements religieux.

La RTA  dans son brassage avec  les autres religions  subit des transformations. Elle a une perception d’un  Dieu absolument transcendant de qui il est  impossible de s’approcher sans intermédiaires. Son  interaction avec  le Christianisme et l’Islam  lui a permis d’évoluer et de comprendre  que Dieu  est Miséricordieux.

De même  la RTA   dans  son  rapport avec les autres religions  leur  apporte  certaines  valeurs à savoir le sens du sacré, le respect de la vie, le sens de vie communautaire, l’esprit familial, une vision spirituelle de la vie, l’aspect sacré de l’autorité, le symbolisme dans le culte religieux.

L’interaction  entre la  RTA  et  les autres  religions  doit aboutir  à un dialogue de l’expérience religieuse  où  les hommes, enracinés dans leurs traditions religieuses  peuvent  ou  pourront partager les expériences de prières, de contemplation, de foi  et  d’engagement, expressions de voies de recherches de l’Absolu.

Pour finirla RTAdoit garder son originalité  aujourd’hui et à l’avenir car en   elle ne se cache-t-il  pas  une grande importance au sacré ?

            Conclusion

 

Au terme, il ressort des interactions entre la RTAet les autres religions que la RTAne possède pas dans sa pratique que des éléments négatifs, elle regorge aussi une potentialité culturelle qui, une fois mise en valeur dans le grand débat mondial pour un changement moderne, pourra la sortir de son « vase clos » pour la hisser au rang des grandes religions ; l’inscrivant ainsi dans la droite ligne d’Ecclesia in Africa : « L’Afrique est dotée d’une gamme de valeurs culturelles et de qualités inestimables qu’elle peut offrir aux églises et à toute l’humanité. »[19]

 Un groupe d'étudiants

                                                     BIBLIOGAPHIE

 

1- Père Mveng, A la recherche d’un nouveau dialogue entre le génie culturel et les religions africaines actuelles, Présence africaine, n­°96, 1976

 2- L’âme africaine dans les traditions du sud Togo, approche chrétienne, centre parole de vie, Lomé, 2002

3- Voodoo Africa’s Secret Powers, Great chesi, Perlings, deuxième édition 1980

4- 2000 ans de christianisme, Société d’Histoire chrétienne, le livre de Paris, Hachette et cité, 1985



[1] Alexandre MEN dans « Les sources de la religion »

[2] CERAO : Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest.

[3] Bilolo MUBABINGE dans « Christianisme et identité africaine ».

[4] Ces noms, avec l’évolution de la mentalité des peuples, deviennent de plus en plus rares dans nos cultures ; car dit-on  ‘’le nom suit l’homme’’ et cela marque négativement l’individu qui le porte dans sa vie future.

[5] Insecte, généralement vivant au bord des fleuves et des sources d’eau. Il se trouve le plus souvent dans les milieux humides en Afrique.

[6] Larousse du XXe siècle, Tome XVe, p. 997a.

[7] Memo Larousse, Religions et Mythes, p.338b-c.

[8] Togbui Gilbert Kodzovi ADZOR, 61 ans et Togbui Erasmus Komi GIDIGIDI, 72 ans.

[9] Claude RIVIERE, Anthropologie religieuse des Ewé du Togo, Ed NEA, Lomé, 1981, pp. 19 et 36.

[10] Claude RIVIERE, Anthropologie religieuse des Ewé du Togo, Ed NEA, Lomé, 1981, p. 17

[11] Eliade MIRCEA, le sacré et le profane Ed Gallimard, France, 1972, p. 99

[12] Claude RIVIERE, Anthropologie religieuse des Ewé du Togo, Ed NEA, Lomé, 1981, p. 80.

[13]  Tradition éwé, centre Emmaüs, Afanya, p. 10

[14] Claude RIVIERE, Anthropologie religieuse des Ewé du Togo, Ed NEA, Lomé, 1981,  p. 80

[15] MIRCEA ELIADE,  Le sacré et le profane, éd. Gallimard, France 1972, p. 67.

[16] P. MVENG in présence africaine n°96, 1er trim. 1976 « A la recherche d’un nouveau dialogue entre le christianisme, le génie culturel et les religions africaines actuelles » P. 445-454

[17] Confrérie :Tariqua, voie, chemin, fraternité de musulmans qui vivent une spiritualité dans la solidarité.

[18] « Foi et croyance » dans THEO, éd.Droguet-Ardent, Fayard, Paris, 1989, p. 533.

[19] Ecclesia in Africa n°42.



06/06/2011
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