Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Jésus se savait-il Dieu? Jésus avait-il été conscient de sa divinité? Jésus a-t-il dit qu'il est Dieu

Pour qui se prenai Jésus et que peut-on faire ressortir de ses différents comportements et discours en ce qui concerne son être réel ?

 

Introduction

 

S’il est vrai que la théologie contemporaine n’a plus à prouver l’existence historique de Jésus, il reste tout aussi vrai que le débat théologique sur l’être réel, l’identité propre de la personne de Jésus reste ouvert. L’Eglise, quant à elle, affirme clairement et nettement que Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l'Eglise a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient (cf. CEC 464). Des questions essentielles – pour la recherche christologique et notre foi – demeurent cependant actuelles : Pour qui se prenait Jésus ? Quelle relation lie Jésus à Dieu ? Jésus était-il conscient de sa nature – divine, si Dieu il est ? Si Jésus est vraiment homme, est-il conscient d’être Dieu ? Quel être réel peut-on faire ressortir du témoignage évangélique – actes, paroles et prières – sur Jésus ? Voilà au tant de questionnements qui constituent la trame de ce travail. Dans un premier temps, nous essayerons, sans aucune vaine prétention, d’analyser les actes, paroles et prières de Jésus et en second mouvement nous mettrons en exergue le portrait identitaire ou l’être réel de Jésus qui s’en dégage. Le tout s’achèvera sur une note conclusive qui se voudra synthèse des deux parties du devoir.

 

Ière Partie : Quel être révèlent les actes, les paroles et les prières de Jésus?

  1. 1.      Les actes de Jésus

Les actes accomplit par Jésus sont de l’ordre de miracle.

 

1.1. Les Évangiles montrent que Jésus a fait de vrais miracles

Les miracles du Christ ont été vraiment des actes supérieurs à toutes les forces humaines, dérogeant aux lois de la nature: changer l'eau en vin ; marcher sur les eaux du lac ; guérir des maladies incurables ; ressusciter des morts. Très nombreux (cf. Lc 6, 19 ; Jn 20, 30), ils ont été opérés avec autorité (cf. Mc 4, 39 ; Mc 5, 8 ; Mc 5, 41), constatés par les ennemis mêmes de Jésus (cf. Jn 11, 47-48) et couronnés par sa Résurrection d'entre les morts, qui est le plus grand miracle du Christ et la preuve par excellence de sa légation divine.

 

1.2. Déductions à partir des actes de Jésus sur son être

  • Pour qui se prenait Jésus en posant ses actes ?

En accomplissant les miracles, Jésus se prenait pour une personne unie à Dieu, au Père ; il se prenait pour le Messie. Les miracles attestent le fait que Jésus a une mission divine : témoigner de la seigneurie de la bonté de Dieu qui pardonne et sauve. Ainsi Jésus prétendait être le messager et le porteur définitif du salut promis. En effet, la puissance qu'a démontrée Jésus ne peut venir que d'une source extra-humaine. Jésus savait pertinemment qu'il serait difficile de le croire sur la base de simples paroles. C'est pourquoi il enjoignait les gens de considérer les miracles qu'il faisait : « Quand même vous ne me croiriez pas, croyez au moins à ces œuvres afin que vous sachiez une fois pour toutes que le Père vit en moi et que je vis dans le Père. » (Jn 10, 38).

  • Que peut-on faire ressortir des actes de Jésus ?

Les traits caractéristiques des actes de Jésus, montrent clairement que Jésus n’est pas un homme ordinaire. Jésus est au-dessus du commun des mortels. On pourrait dire de lui, qu’il est un surhomme ou un dieu si nous étions dans un contexte de mythologie grecque ou latine. Jésus s’est toujours rattaché à Dieu, YAHVE adoré par les Juifs. Il ressort donc des miracles de Jésus qu’il agit avec la puissance de Dieu. Jésus est donc en relation directe et privilégiée – sans précédant –  avec Dieu.

Le prophète Isaïe annonce les miracles qu'opérera le Messie: Alors le Seigneur lui-même viendra et vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s'ouvriront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux marchera et la langue des muets sera déliée (Is 35, 4ss). Jésus a fait tout cela dans sa vie publique (cf. entre autres, Jn 9 ; Mc 7, 32 ; Mt 9, 2ss ; Mt 12, 22). Il a fait remarquer à saint Jean-Baptiste que par ses œuvres il accomplissait la prophétie (Mt 11, 5). Fort de cette prophétie, qui éclaire sur l’être du messie qui accomplira les miracles, nous pouvons également affirmer que Jésus est le Seigneur, Dieu.

  1. 2.      Les paroles de Jésus

Sous ce titre, nous prendront en compte seulement quelques paroles de Jésus qui concourent au but de ce travail.

 

            2.1. Des paroles de Jésus qui éclairent sur son être

  • Jésus-Christ s'est appelé «Seigneur», et «le Fils de Dieu»

Dans la traduction grecque des livres de l'Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s'est révélé à Moïse (Cf. Ex 3, 14), est rendu par Seigneur. Seigneur devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d'Israël. Le Nouveau Testament utilise ce sens fort du titre de Seigneur à la fois pour le Père, mais aussi - et c'est là la nouveauté - pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 7-8).

Jésus lui-même s'attribue de façon voilée ce titre lorsqu'il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46). Jésus s'applique aussi le titre de «Seigneur» de manière explicite en s'adressant à ses Apôtres: Vous m'appelez "Maître" et "Seigneur", et vous avez raison, car vraiment je le suis (Jn 13, 13).

Dans l'Ancien Testament, le titre de «fils de Dieu» au pluriel est parfois donné aux anges, aux enfants d'Israël et à leurs rois. Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et ses créatures des relations d'une intimité particulière. Mais il en est tout autrement de l'affirmation des Évangiles suivant laquelle Jésus est «le Fils de Dieu» (singulier et article défini grec `o).

Quand Marthe, la sœur de Lazare, dit à Jésus: Je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir en ce monde (Jn 11, 27), Jésus accepte ce titre.

Au Grand-Prêtre Caïphe qui lui demande, devant le Grand Conseil des Juifs, s’il est le Christ, le Fils de Dieu, Jésus répond : Tu le dis, je le suis. Et tous les prêtres de s'écrier : Il mérite la mort (Mt 26, 63-66). À leurs yeux, Jésus devait être lapidé comme blasphémateur, selon la loi de Moïse, parce qu'il s'était fait l'égal de Dieu. Quand Jésus agonise sur la croix, les Juifs, sachant que Jésus s'était appelé le Fils de Dieu, lui disent ironiquement : Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix (Mt 27, 40).

Plus encore, Jésus se dit nettement le «Fils unique» de Dieu. Parlant un jour à Nicodème, il s'exprime ainsi : Dieu a tellement aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique... (Jn 3, 16).

  • Jésus a appelé Dieu son Père et s'est dit égal à Lui 

Jésus a à maintes reprises nommé Dieu mon Père : Quand Jésus revoit la Vierge Marie, sa mère, et saint Joseph, son père adoptif, qui, pendant trois jours d'angoisses, l'ont cherché vainement (Lc 2, 49) ; avant d'expirer sur la croix (Lc 23, 46) ; quand il chasse les marchands du Temple (Jn 2, 16) ; à la dernière Cène (Jn 14, 16) ; en répondant à Philippe qui lui demande de montrer aux apôtres le Père (Jn 14, 9-11).

Jésus, dans ses affirmations, s'attribue la même nature que son Père. Mon Père et moi, nous sommes un (Jn 10, 30). Les Juifs ont compris, en entendant ces paroles, que Jésus s'attribuait la divinité... et voilà pourquoi ils veulent le lapider (Jn 10, 30-33).

  • Jésus s'est attribué des perfections et des pouvoirs que Dieu seul possède 

Jésus-Christ affirme son éternité : Avant qu'Abraham fût, je suis (Jn 8, 58). A la dernière Cène, s'adressant à son Père, Jésus s'écrie : Mon Père, glorifiez-moi en vous-même, de la gloire que j'avais en vous, avant que le monde fût (Jn 17, 5).

Jésus s'attribue la toute-puissance, une puissance égale à celle de son Père (Jn 5, 19ss ; Jn 10, 18). Jésus a également le pouvoir de ressusciter nos corps, de nous assurer la vie éternelle (Jn 6, 54), de juger les hommes et de remettre les péchés. Les pharisiens se scandalisent : Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul? (Mt 9, 2)

Il a accepté la confession de saint Thomas, lorsque celui-ci, huit jours après la résurrection, tombant à ses pieds, lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu! (Jn 20, 28).

 

2.2. Déductions à partir des paroles de Jésus sur son être

 

A la lumière de cette analyse, évident est-il que Jésus – par ses propres paroles et à travers la reconnaissance implicite ou explicite de la confession de ses contemporains – s’est donné les titres de : Seigneur, et le Fils de Dieu. Jésus a appelé Dieu son Père ; dans l'Ancien Testament, Dieu est parfois appelé le Père du peuple juif (par exemple en Isaïe 64, 7), au sens de "créateur", mais jamais aucun personnage, même Moïse ou Élie, n'appelle Dieu "mon Père". Jésus s'est dit égal à Lui, de même il s'est attribué des perfections et des pouvoirs que Dieu seul possède.

 

  1. 3.      Les prières de Jésus

3.1. Les grands moments de prière de Jésus

 

Les Evangiles nous ont laissé bon nombre de témoignage de Jésus en prière. Jésus prie quand le Père dévoile sa mission (Lc 3, 21-22), avant d’appeler les Apôtres (Lc 6, 12), en bénissant Dieu à lors de la multiplication des pains ( Mt 14,19 ; 15, 36 ; Mc 6, 41), au moment de la transfiguration (Lc 9, 28-29), lorsqu’il guérit (Mc 7, 34) et quand il ressuscite Lazare (Jn 11, 41ss), quand il apprend à prier à ses disciples (Lc 11, 1), quand les disciples sont revenus de mission (Mt 11, 25ss) et quand il intercède pour Pierre (Lc 22,32).  Jésus se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier  (Mc 1, 35 ; Lc 5,16 ; Mt 14, 23). Il se  levait de très bonne heure ou passait la nuit à prier (Mc 1, 35 ; Mt 14, 23.25). Jésus a prié toute sa vie même à ses dernières heures : lors de la dernière Cène (Jn 17, 1-26), dans l’agonie (Mt 26,36-44) et sur la croix (Lc 23, 34.46 ; Mt 27, 46 ).

 

3.2. Quelle lumière apportent-ils à l’être réel de Jésus ?

 

Pourquoi Jésus prie-t-il ? La réponse à cette interrogation est déterminante dans la quête de l’être réel de Jésus. Dans la péricope de la résurrection de Lazare, Jésus leva les yeux en haut et dit : "Père, je te rends grâces de m'avoir écouté. Je savais que tu m'écoutes toujours ; mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que j'ai parlé, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé."(Jn 11, 41-42). Il s’en dégage une des raisons de la prière de Jésus : il prie le Père afin que les hommes reconnaissent sa filiation au Père et sa mission. En effet, si Jésus nommait faussement Dieu son Père, il est inconcevable que le Père exauce la prière de Jésus qui se voulait une preuve de sa légation divine.

La prière de Jésus est également une manifestation de sa proximité, de son intimité avec Dieu, une façon de vivre sa relation unique – qui ne souffre d’aucune médiation –  avec son Abba. La relation de Jésus avec son Père est une relation d’intimité sans laquelle sa figure est incompréhensible. Sa prière est un acte de profession de foi, de confiance inouïe au Père. Aussi le contexte des prières de Jésus nous enseigne-t-il que Jésus se prenait pour le Fils de Dieu. Avec Dieu, Jésus avait une rapport de filiation sans précédant, qui dépasse la filiation manifestée dans l’Ancien Testament par l’emploi de noms caractéristiques des pères et mères terrestres pour exprimer l’amour paternel et maternel incompréhensible de Dieu pour son peuple infidèle (Os 11, 1-11 ; Jr 31, 20 ; Is 66, 9-13).

 

IIème Partie : Jésus révèle progressivement et pédagogiquement sa divinité

  1. 1.      La nécessité d’une révélation progressive

La révélation par le Christ de sa divinité a été progressive. Elle se dévoile par
des allusions de plus en plus explicites, comme une évidence qui se dégage
de sa personne. La manifestation de la divinité de Jésus porte les caractéristiques
de sa personnalité : la simplicité et la droiture. Ce caractère progressif de la
révélation était, par ailleurs, exigé par les particularités du milieu religieux juif.
Une affirmation claire par Jésus de sa divinité au début de sa vie publique aurait été totalement incompréhensible, compte tenu des convictions rigoureusement monothéistes des Israélites. C'est surtout à la fin de sa vie publique et au moment de sa Passion, qu'il dévoilera le mystère de sa nature divine : le Père et moi, nous sommes Un (Jn 10, 30).

  1. 2.      Une révélation conformée à la culture de l’Ancien Testament

Ceux qui dénient à Jésus la nature divine, objectent que " Jésus ne se présente jamais comme Dieu ". Cette objection part du Nouveau Testament. Dans les évangiles, il semble que Jésus ne dise jamais directement : " Je suis Dieu ". N'est-ce pas alors une invention de ses disciples ou de l'Eglise ? Jésus ne révèle pas sa divinité à la manière d'une définition philosophique. Pour se faire comprendre de ses disciples, il les rejoint dans leur culture qui est l'Ancien Testament. Jésus doit être compris à l'aide de l'Ancien Testament. Par exemple, quand Jésus dit qu'il jugera les vivants et les morts, pour un juif de l'époque, c'est s'approprier une réalité réservée à Dieu. Jésus accomplira bien des actions et prononcera bien des paroles qui, pour une culture de l'Ancien Testament, le présentent à l'évidence comme Dieu. Pour celui qui connaît bien l'Ancien Testament, Jésus ne cesse de se dire Dieu. 

 

Conclusion

 

Jésus, le fils de Marie, a été reconnu homme par tous ses contemporains et même si des hérésies ont tenté d’occulter son humanité, il est bien vrai qu’encore aujourd’hui, presque tous s’accordent sur le fait que Jésus est vrai homme. Les divergences naissent le plus souvent quand la seconde portion de la profession de foi – précisée depuis le concile de Chalcédoine en 451 –   vrai Dieu s’annonce. Des objections naissent et des preuves de la divinité de Jésus sont réclamées. A travers une analyse des actes, paroles et prières de Jésus, nous sommes arrivés à déduire que Jésus se prenait pour Fils de Dieu, Messie ; Jésus se savait Dieu et il l’a affirmé tout au long de sa vie soit explicitement, soit implicitement en recourant à la culture de l’Ancien Testament. Avec le théologien protestant Wolfhart Pannenberg, (Esquisse d'une christologie, 1971), qui fait de la Résurrection « le principe ontique ou même ontologique fondamental de la christologie » (p. 132), nous affirmons que c’est la Résurrection, confirmant la prétention de Jésus, qui fonde sa divinité en même temps qu’elle en est la révélation définitive.[1][] Cependant, la divinité de Jésus n'est accessible que par la conversion du cœur, conversion qui ouvre l'intelligence au sens de l'Ecriture, rend docile à l'explicitation par la Tradition et permet une relation vivante avec Jésus dans la profondeur de son mystère.



[1] Cf. Jean-Louis Soulétie, Origine du christianisme : De la Résurrection à l’histoire de Jésus, revue « Esprit & Vie », n°137, 2005.



03/03/2011
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