Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

L'ONCTION DES MALADES

 

 

 

 

 

L’ONCTION DES MALADES

 

 

 

INTRODUTION

 

S’appuyant sur les recommandations conciliaires (cf. SC 73-75), le Magistère, avec le Décret  de la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin, publie définitivement l’Ordo Unctionis  Infirmorum en date du 7 décembre 1972. Ceci pour porter un changement radical dans la considération de ce sacrement, que ce soit du point de vue théologique que dans la pratique rituelle. Le fait même d’avoir changé de nom à ce sacrement dit bien le désir de la nouvelle mentalité et approche du phénomène de la maladie qui conduit à la mort.

Pendant plusieurs siècles, surtout à partir du XIIème Siècle, ce sacrement avait comme nom : « Extrême Onction » (donc directement en lien avec la mort) mais aujourd’hui, il est devenu « Onction des Malades » plus en lien avec la maladie.1

Aujourd’hui, l’Onction des Malades demeure un sacrement que l’Eglise célèbre dans les cas de maladie « grave » pour signifier l’offrande et la présence du salut dans le moment de la douleur et pour manifester sa propre solidarité avec le malade.

Notre  étude portera sur trois grands points que nous développerons en sous titres dans les lignes à suivre. Il s’agit donc de :

                           -La question de la maladie et de l’onction;

                           -Les aspects historiques ;

                           -Et les aspects théologiques.

 

 

1-La maladie dans la vie de l’homme

I. LA QUESTION DE LA MALADIE

Si la maladie est une réalité qui n’est pas seulement spécifique mais sociale et si l’état La maladie est un mal dont souffre l’homme dans son corps ou dans son âme, mais qui l’affecte hommes tout entier et le fait souffrir dans sa personne tout entière. Des maux multiples frappent les à tous les âges de la vie et l’on ne se rend compte de leur ampleur et des conséquences qu’ils entraînent que lorsqu’on est atteint soi même d’une grave  maladie ou si c’est un être très cher qui en est atteint.  Quand elle est grave, chronique, mutilante, voire incurable, la maladie est toujours synonyme de profonde détresse. Et le malade, surtout lorsqu’il est hospitalisé, est une personne déracinée, isolée et en régression.

du malade est conditionné par la position qui lui est faite dans la société2, il n’en reste pas moins vrai qu’en tant que  réalité humaine  de toujours, la maladie révèle à l’homme  quelque  chose de ce qu’il  est.

Dans la maladie, l’homme expérimente sa fragilité et ses limites. Il découvre ainsi sa finitude qui lui donne le risque de se « laisser aller », de vouloir cesser d’être un homme.

 

2. Conception Biblique de la maladie

 

2.1. Ancien Testament

On ne peut affirmer qu’il y a une doctrine chrétienne commune sur la maladie. L’enseignement scripturaire n’est par facile à dégager. La maladie, phénomène culturel et social, a été pensée et vécue de façons fort diverses dans le cours du  temps et surtout, elle engage des questions théologiques difficiles comme la providence et le lien avec le péché. Un certain accord s’établie  pourtant peu à peu sur les aspects essentiels.

Dans l’Ancien  Testament, la maladie, qui est souvent l’antichambre de la mort est ressentie comme un malheur, car elle fait mourir  avant le temps normal et engloutit  prématurément dans le schéol pour une triste survie qui à cessé d’être humaine.

Pour l’homme de la Bible, dans un monde où tout dépend de la causalité divine, il est impossible de ne pas voir dans la maladie un coup de Dieu  qui frappe l’homme (Ex.4,6 ; Jb16,12 ss). En dépendance de Dieu, on peut y reconnaître aussi l’intervention d’êtres supérieurs à l’homme. C’est le cas de l’Ange exterminateur (2S24, 15 ss ; 2R19, 35 ; Ex.12, 23) ; des fléaux personnifiés (Ps91,5) ; du Satan (Jb2,7) ; des esprits malfaisants…3. Le Roi Saül, par exemple, est pris par un esprit mauvais (1S16,14 ss) ou encore Sara, la future femme de Tobie, est tourmentée par Asmodée, le démon (Tb3,8). Dans le même sens, l’idée d’un lien étroit entre les infirmités physiques et le péché est fréquente (cf.Ex.9,1-12 ; Ez18,20), en raison de l’unité fondamentale pour le Juif du corps et de l’âme. Dans le Psaume par exemple, la demande de guérison s’accompagne de l’aveu des fautes (Ps38,2-8 ;39,9-12..) . Cette conception va conduire bien souvent à la recherche de la cause de telle ou telle maladie, le responsable étant le malade lui-même ou, dans les anciens textes du moins, les « ancêtres », selon le proverbe « les pères ont mangé les raisins et les dents des enfants ont été agacées » (Ez18,2).

Il faut remarquer que, par la suite, cette conception primitive s’est purifiée. Les prophètes ont insisté sur la responsabilité du pécheur face à Dieu (Ez14,12-23). En revanche, le drame poétique de Job dénoncera avec passion, cette représentation d’un Dieu sadique et cette présomption des hommes qui prétendent lire des intentions de Dieu dans les malheurs du monde. L’exemple de Job, il faut le dire, continue de nous éclairer, même quand, depuis les Maccabées et le livre de Daniel, la foi en la résurrection fait de la survie dans le Shéol une vraie vie avec Dieu.

Ainsi, aux Chrétiens aujourd’hui, il n’est pas demandé d’éluder le mystère que représentent la maladie et la mort, mais d’avoir le courage de l’assumer et d’affirmer que : « Dieu n’a pas voulu la maladie, de même qu’Il n’a pas voulu la mort » (Sg1,13). L’une et l’autre sont entrées dans le monde par péché ; non que chacun supporte dans la maladie qu’il peut éprouver la punition d’une faute personnelle, mais parce que la maladie est un mal et que le mal est entré dans le monde par le péché. Pour le Chrétien, c’est aller au plus profond du mystère que de contempler la Croix du Jésus : la maladie et la mort doivent avoir une signification ; vécues dans l’amour, elles doivent avoir une valeur, puisque Dieu, qui est Amour, a voulu que son Fils meure dans un grand cri (He5,7)4.

 

2.2. Nouveau Testament

Dans le Nouveau Testament, la maladie est considérée comme un mal dont  souffrent les hommes, une suite de péchés, un signe de la puissance de Satan sur les hommes (Cf.Lc13,16). Dans l’Evangile, le malade symbolise l’homme pécheur, spirituellement aveugle, sourd et paralysé(Cf. Mc 2,1-12). Ainsi, tant que dure le monde présent, l’humanité doit continuer de porter les conséquences du péché.

Mais en prenant sur Lui nos maladies lors de sa Passion, le Christ leur a donné un nouveau sens : comme toute souffrance, elles ont désormais une valeur de Rédemption. En effet, Jésus a pitié  des malades et des infirmes qui accourent autour de Lui (cf. Mt 9,35 ss), car Il sait que la maladie un mal contre lequel il faut lutter, le signe d’un échec plus profond et d’une misère plus grande. Il guérit ( l’exemple de la femme hémorroïsse, Mc 5,25 ss), Il expulse le démons, Il remet les péchés (Mt 9,2). Mais Il refuse de voir un lien entre maladie et péché dans le cas de l’aveugle-né(cf. Jn 9,1 ss), Il proclame plutôt et fait advenir dès aujourd’hui le Royaume pour les pauvres, dont les malades sont un exemple type dans les Psaumes(Mt 11,5 ; 12, 28). Ainsi, dans sons corps ressuscité, le Christ donne aux Croyants de surmonter les échecs, les ruptures, la solitude de la maladie, en vivant plus pleinement dans la communication avec soi-même, avec les autres, avec Dieu. Car, l’exemple de l’apôtre Paul, souffrant d’une maladie dont il avait demandé au Seigneur de le délivrer et à qui il fut répondu : « ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2cor12,9), leur apprend désormais à tenir bon dans la maladie et à porter leur joug avec foi, sachant que même l’épreuve est salutaire.

Aussi, non qu’elle soit facile à porter, la maladie demeure-t-elle une épreuve et c’est charité que d’aider le malade à la supporter, car servir le malade, c’est servir Jésus Lui-même (Mt 25,36.)

 

3 Onction dans l’Ecriture Sainte

Les problèmes de l’interprétation théologique et de la pratique du rite de l’onction se ramène à ceci : pourquoi avait-on fait des onctions ? Que voulait-on exprimer ou atteindre par ce rite ?

 

3.1. L’onction dans l’ancien testament

L’Ancien Testament évoque l’onction de choses et de personnes. Les choses ointes d’huile d’olive sont, dans la Bible, des colonnes en pierre, des stèles servant sans doute au culte (Gn 28,18 ;31,13), des autels (Ex 29,36 ;Lv 8 ,11 ; Nb 7,10. 84. 88), spécialement l’autel des holocaustes (Ex 40,10), tente de réunion (Ex30,26), et arche (Ex40,9).

L’Ancien Testament parle beaucoup plus souvent de l’onction des personnes. Ses descriptions pourraient être divisées en :

1-Onction des rois,

2- Onction des prêtres et des prophètes,

3- Onction des voyageurs qu’on accueillait,

4- Onction des malades et surtout des lépreux,

5- Onction du messager divin, le Messie.

Les onctions des rois sont décrites très fréquemment et avec le plus de précision. Elles sont le rite qui constitue la partie la plus importante, semble-t-il, de la cérémonie longue et complexe d’intronisation. Parmi les descriptions de l’onction royale, il faut citer l’intronisation de David (1S 16,3. 12s), de Salomon (1R 1,34). Ces cérémonies se déroulent dans la plus grande allégresse, car le symbole de l’allégresse est, nous le savons, l’huile même. Elle fait briller le visage (Ps 105,15), et répandre de l’huile sur la tête de quelqu’un signifie lui souhaiter le bonheur (Ps 23,5 ; 95,11). L’onction du roi designer sa liaison particulière avec Yahvé et le don de puissance spéciale de Dieu (1S10,10 ; 16,13). Dès lors, le roi devient la propriété de Dieu, et il est à sa disposition uniquement (1S 24,7-11 ; 26,9. 11-23…).

Les mentions concernant les onctions des grands prêtres4 (Lv 4,3-5.16,…), des simples prêtres (Ex 28,41) et prophètes (1R19, 16) sont plus laconiques et plus rares. L’essentiel de l’hospitalité se réduisait au fait de dresser la table devant les hôtes accueillis dans la maison de les oindre d’huile (Ps23,5)

 

3.2. L’onction dans le Nouveau Testament

Les descriptions du nouveau Testament sont diverses. Après le jeûne, l’homme s’oint d’huile pour faire retrouver sa fraîcheur au corps après un effort long et pénible (Mt 6,17). La coutume d’oindre le voyageur existe aussi. Elle a pour but, mois de régénérer les efforts perdus au d’un long voyage que de manifester l’estime en vers l’autre ( p. Ex. Mt 26,7).

Mais ce qui nous intéresse surtout ici, ce sont onctions accomplies dans un but curatif (Mc6,13 ; Jc 5,14 ; Lc10,34). Le premier de ces textes, d’après les spécialistes, attribue à l’onction, outre un pouvoir curatif, celui de délivrer l’homme du satan. Le second, la possibilité de supprimer aussi les péchés. Ces deux seront particulièrement étudier ici. Leur portée est essentielle pour la théorie des sacrements dans le Nouveau Testament. On croit généralement, à la suite du concile de Trente, que le premier de ces textes fonde le sacrement des malades, naguère nommé extrême-onction, alors que le second contient l’ordre, donné par Jésus, de l’administrer.

II. ASPECTS   HISTORIQUES

 

1. Onction des malades dans les quatre premiers siècles

Dans les premiers siècles, l’onction des malades n’est pas inconnue. De nombreux textes semblent faire allusion à un rite sacramentel proprement dit ; plusieurs en attentent formellement l’existence. Origène et saint Jean Chrysostome souligne la valeur propitiatoire de l’onction, négligeant même d’insister sur ses autres effets. Saint Irénée dit ceci : « D’autres gnostiques pour racheter les fidèles prêts à quitter la vie versaient sur leurs têtes de l’huile mélangée à de l’eau et prononçaient en même temps les invocations. Ce qu’ils font afin que les morts ne puissent être saisis et retenus par les principautés et puissances supérieures et afin que leur homme intérieur monte plus haut d’une manière invisible »5. Fribourg atteste qu’il y avait une onction des mourants qui aurait été imitée et déformée par les hérétiques.

Eusèbe de Césarée : pourrait bien avoir fait allusion à  l’extrême onction. Dans son commentaire sur Isaïe 25,8. Eusèbe écrit : « Lorsque les saints règneront avec le Fils de Dieu, la mort elle-même qui, autrefois, les engloutissait sera totalement anéantie. Car à sa place où contre elle il y aura l’onction qui sera faite sur toutes les nations. Ceux qui seront oints de cette huile ne seront plus sujets de la morts».6  Il est plus naturel de songer aussi à l’onction du malade, véritable antidote contre la mort. Plus digne de confiance est la  déposition de saint Aphraate. Dans sa « Démonstration » XXIII, 3, il énumère les divers usages de l’huile sainte. Elle est symbole « du sacrement de vie qui parfait les chrétiens, les prêtres, les rois, les prophètes, oints les malades et réintroduit les pénitents ». L’effusion d’huile dont parle Aphrate n’est pas un usage privé mais ecclésiastique.

Saint Ephrem rappelle l’usage d’après lequel les malades, quand ils sont privés de remèdes du médecin, ont recours aux visiteurs, personnages qui paraissent être prêtres. Ces derniers prient sur eux. L’un souffle sur le patient, un autre l’oint d’huile en traçant une croix sur lui. S’agit-il ici vraiment du rite sacramentel ? On peut se le demander : le seul effet espéré est le retour à la santé. 

Nous trouvons dans le recueil de prière de Serapion de Thmuis deux oraisons sur l’huile dont la deuxième oblige à lui assigner une signification spéciale. Elle dit ceci  « Nous vous invoquons… Père de Notre Sauveur J.C et nous vous prions d’envoyer une force curative du haut des cieux sur cette huile afin que de tous ceux qui sont oints, elle éloigne toute maladie et toute infirmité…

Dans la XXXIIe homélie sur saint Mathieu, saint Jean Chrysostome exalte l’église bien supérieure aux maisons profanes. « Car dans ce lieu saint qu’est-ce qui n’est pas grand, qu’est-ce qui n’est pas redoutable ? La table, la lampe qui s’y trouvent sont beaucoup plus honorables et plus douces que les vôtres. Ils le savent bien, tous ceux qui en temps utile s’étant oints avec foi ont été délivrés de leurs maladies. Il fait allusion à la lampe qui contenait une huile considérée comme remède, donc la matière de l’extrême onction.

 

2. L’Extrême  onction du Ve  au VIIè siècle

En ces siècles, la recommandation de l’apôtre St Jacques n’a pas été oubliée. Fréquemment citée, insérée dans les prières liturgiques, elle fait de l’huile un remède chrétien. Et c’est à l’évêque qu’il appartient de la consacrer. Les bénéficiaires sont clairement désignés. Ce sont les malades chrétiens, fidèles, dans la communion de l’Eglise. Elle est refusée aux pénitents auxquels ne sont pas concédés les autres sacrements.

Comment se fait l’onction ? Un seul document, le liber ordinum, répond à cette question : le prêtre oint la tête du malade en traçant une croix. Les effets attendus sont : le salut, le relèvement et

 

 le pardon des péchés. Plus rarement, la préparation à une sainte mort est expressément signalée. Aussi, en plusieurs documents, l’extrême onction est-elle unie au Viatique. Elle mérite, dit Innocent Ier, le nom de sacramentum, c’est-à-dire elle peut être rapprochée de l’Eucharistie, de la pénitence, des principaux moyens de sanctification confiés à l’Eglise. L’onction n’est pas obligatoire, elle est facultative mais recommandée.

L’évêque a le droit de l’administrer. Les prêtres la confèrent.  Les laïques peuvent aussi user de la même huile bénite dans leurs besoins et dans ceux de leurs familles. Il est important de signaler qu’il y avait alors deux usages distincts, mais légitime, l’un privé, l’autre officiel, de la même huile. Les fidèles servaient de l’huile consacrée comme ils usaient d’eau, de sel et d’autres objets bénits que nous nommons aujourd’hui des sacramentaux.

 

3. L’Extrême  onction du VIIIè siècle au Concile de Trente

N.B. Jusqu’ici l’histoire de l’extrême onction est assez confuse. On rencontre ci et là de pratiques différentes  de l’administration de l’onction des malades.  Les rites conservés dans les livres ont disparus, la distinction n’est toujours pas entre l’huile de catéchumènes  et celle des malades, ni entre l’onction des malades et la pénitence ; l’onction  elle-même n’a pas été réservée ni aux, ni aux vivants en dépit des précisions apportées par l’église de ce temps.

 

3.1.L’Extrême –onction chez les scolastiques.

 

Avant la formation de la théorie sacramentaire, à partir du Xe siècle, nous voyons  se continuer de plus en plus nombreux témoignages sur la pratique de l’extrême –onction comme ordonnances épiscopales ou monastiques concernant les soins spirituels à donner aux malades, comme rituels où sont indiqués les prières et les célébrations de ce sacrement.

Nous n’allons pas ici nous attarder sur l’histoire de la théorie sacramentaire, un point d’orgue à la fin du cours du professeur nous éclaira suffisamment. Après cette formation, tous les théologiens qui énumèrent les sept sacrements mentionnent sans exception, l’extrême –onction ; ils affirmaient que ce sacrement a été institué par saint Jacques (cf  Jc V, XIV). Ce sont des théologiens comme Hugues de Saint- Victor(1141), Pierre Lombard (1160). Saint Bonaventure est aussi du même avis ; la preuve pour lui est le silence des évangélistes qui cependant n’auraient pas pu laisser de côté un fait aussi important que l’institution d’un sacrement. Il ajoute que l’extrême onction, comme la confirmation, produisant une perfection de grâce, ne devait être institué qu’après la glorification du Christ, donc par le Saint Esprit. Toutefois, faisant allusion à Marc VI, XII, il admet que Jésus-Christ avait donné comme une ébauche de ce sacrement.

Saint Thomas, après avoir résumé et réfuté l’opinion courante, déclare que les sacrements étant essentiels, à la nouvelle loi, leur institution a du être faite par l’auteur même de la loi et que leur efficacité divine ne peut expliquer que par une institution divine. Le silence des évangélistes quant à lui, n’est pas absolu puisque Marc rapporte que les apôtres oignaient les malades pour les guérir. Albert le Grand est du même avis que celui-ci. Mais avec Duns Scot, la réflexion fait un pas en avant, car il présente l’institution immédiate de l’extrême- onction par Jésus, non de façon probable mais certaine.

Ce fut désormais la doctrine générale que ces théologiens vont adopter. Ils considèrent les paroles de Saint Jacques comme une promulgation d’un rite antérieurement établi par Jésus-Christ, et dans le texte de Saint Marc une attestation formelle de cette institution. Les discutions porteront maintenant sur la matière, le ministre, les effets et le sujet de ce sacrement.

 

3.1.1. La Matière

Les théologiens scolastiques sont unanimes à enseigner que la matière de ce sacrement est l’huile d’olive, bénite par l’évêque. Les onctions doivent se faire sur les cinq sens, les reins et les pieds ; car,  justifiaient-ils, l’effet de  ce sacrement est d’effacer les péchés ; il convient donc d’appliquer le remède à la source du mal. Mais ils reconnaissent comme essentielles celles qui sont faites sur les organes des cinq sens parce qu’ils sont universellement employés.

 

 

3.1.2. Le Ministre

Le prêtre seul a le pouvoir de donner l’extrême-onction : telle est l’affirmation nette et unanime des théologiens. Car, le sacrement est conféré pour la rémission des péchés, or c’est là un pouvoir qui n’appartient qu’aux prêtres ; de plus tous les sacrements, supposent dans celui qui les administre le caractère sacerdotal, et s’il y a une exception en faveur du baptême, elle s’explique par la nécessité spéciale de ce sacrement pour le salut, argumente l’Aquinate. De plus la matière est de l’huile consacrée que des mains profanes n’ont pas  le droit de manier affirme Saint Bonaventure.

 

          3.1.3. Les Effets

Ce sacrement a été institué ad peccatorum remissionem et ad corporalis infirmatis allevationem c’est-à-dire pour la rémission des péchés et la guérison  du corps. C’est par la guérison de l’âme que se produit celle du corps. Il faut noter ici la relation qui existe entre la maladie et le péché.

 

3.1.4. Le sujet

Sur la recommandation de St Jacques, les théologiens scolastiques permettent aux malades seuls à recevoir l’onction. Mais ce principe admis, plusieurs questions surgirent sur quel serait le degré de la maladie, à quel âge est-on capable, peut-on le réitérer ? Les avis  sur ces interrogations se sont diversifiés mais on retient que l’onction sera donnée aux malades en danger de mort à ceux qui ont l’usage de la raison. (Mais dès que quelqu’un est jugé capable de commettre un péché véniel il peut la recevoir.)

Notons cependant que la pratique ne fut pas toujours d’accord avec la théorie ; mais vers la fin du XIVè siècle surtout, l’âge de 14 ans devint peu à peu l’âge minimum strictement requis pour la réception de ce sacrement. Il fallut attendre le revirement qui se produisit au moment du concile de Trente, pour voir la pratique se mettre d’accord avec l’enseignement unanime des théologiens.

Quant la réitération de ce sacrement, au témoignage de Pierre le Vénérable, on avait coutume de renouveler son administration si besoin y est dans bien des églises.

 

3.2. L’Extrême onction d’après le Concile de trente.

Pour ce qui est de l’aspect historique nous aimerions renvoyer simplement au Dictionnaire de théologie Catholique (pp 1997- 2000). Mais toutefois, si nous jetons un coup d’œil paranomique sur son  développement nous pouvons dire brièvement que les Pères conciliaires ont traité de l’extrême –onction en 4 canons de la XIVè session à la place qu’elle reçoit d’ordinaire dans la liste des sacrements c’est-à-dire après la Pénitence. Les points qu’il importe de signaler sont les suivants : Qui a institué l’onction de malades ? Quels en sont ses effets ? Qui en est le ministre ? Ces questions ont été successivement traitées dans les canons I, II et III lors de l’élaboration de la doctrine 

Le concile a pris soins de relever les erreurs des réformateurs à propos de l’extrême-onction.

 

3.2.1. Luthéranisme

Ainsi donc  dans le Luthéranisme, l’extrême- onction n’est même pas reconnue comme sacrement étant donné, dit Luther que c’est une institution humaine. Il justifie son opinion en disant « Si cette onction est un sacrement, elle doit sans doute être, comme ils disent (les Catholiques), un  signe efficace de ce qu’elle signifie et promet ; or elle promet aux malades le rétablissement de la santé. Mais qui ne voit  que cette promesse ne se réalise que rarement et même jamais ? Sur mille, il y en a un à peine qui se rétablit et encore personne ne l’attribue au sacrement, mais à la nature ou au remède » ( in De Captivite de Babylone n 187 col 144.)

De plus les ministres de l’onction n’étaient pas pour St Jacques ce qu’ils sont dans l’Eglise. St Jacques se contente de donner un conseil que chacun peut suivre s’il le veut, tandis que l’Eglise prétend en faire une obligation. (Ibid n 188 col 146).

 

3.2.2. Calvinisme

Dans le calvinisme, les négations ne sont pas moins radicales. Dans son Institution de la Religion Chrétienne, Calvin appelle l’extrême-onction « un sacrement de contre fait, une singerie par laquelle, sans propos et sans utilité les catholiques veulent contrefaire les apôtres. » Plus loin il refuse de l’appeler un sacrement, parce qu « elle n’est pas une cérémonie instituée par Dieu et n’a promesse aucune de lui. »

Luther et Calvin suivent donc le même procédé pour exclure l’extrême-onction dans la liste des trois sacrements adoptés et les théologiens protestants les ont imités.

Sans aucun doute, l’Eglise romaine mère et maîtresse de  toutes les autres, n’a rien modifié, dans l’administration de cette onction, du moins pour ce constitue l’essence du sacrement, de ce que st Jacques a prescrit. On ne peut donc méprisé un si grand sacrement sans commettre un péché grave et sans faire injure au Saint-Esprit.( session XIV, De extreme unctione, CIII)

 

3.2.3. Doctrine du Concile de Trente

Ceci dit le concile affirme que l’extrême-onction est un sacrement institué par Jésus-Christ, St Jacques ne l’a fait que promulguer. Ce  sacrement confère la grâce, remet les péchés et soulage les malades qui le reçoivent uniquement des prêtres ordonnés par l’évêque. Ce sacrement peut être réitéré si les malades après l’avoir reçu, reviennent à la santé … et tombent ensuite dans un danger semblable.

Notons pour terminer que le canon III n’a pas touché à la question du sujet de ce sacrement, mais le concile enseigne, en opposition avec ce que prétendaient les protestants, que l’extrême-onction doit être donnée, non pas à tous les malades indistinctement, mais à ceux-là seuls qui sont en danger de mort, c’est ce qui justifie d’ailleurs l’appellation de «  sacrement des mourants », réservée à ce sacrement jusqu’au Vatican II.

 

4. Vatican II et le Nouveau Rituel

 

4.1. Concile Vatican II

La prétention du concile II n’était pas celle de formuler une doctrine complète sur l’onction des malades. Par contre proposer un programme pratique-liturgie et de contenu pour le renouvellement surtout dans la Sacrosanctum concilium au nn° 73-75, Lumen Gentium n° 11 et dans Orientalium Ecclesiarum n° 27.

-          Le nom du sacrement (S C 73) : il est préférable celui « d’onction des malades » selon la tradition originelle, qui indique mieux la spécificité. Le choix du nom indique déjà l’intention du concile.

-           Le sujet du sacrement ( S C 73 ) : ceux qui sont gravement malades, donc pas seulement les mourants ni les personnes affectées par n’importe quel type de maladie. Sans exclure ceux « sont en danger de mort », et ici l’interprétation peut être assez ample.

-          L’ordre des sacrements ( S C 74 ) : Pénitence- Onction – Viatique, pour récupérer l’ordre traditionnel, qui d’une certaine manière reproduit celui des sacrements de l’Initiation Chrétienne : Baptême- Confirmation- Eucharistie.

-          Le rite de la célébration  (S C 75-76) : doit être revu, aussi bien pour le nombre d’onctions que pour les textes et les oraisons, de façon à ce qu’ils expriment mieux le sens.

-          Le sens du sacrement (L G 11) : le paragraphe met en relief la dimension eschatologique, christologique, personnelle ou anthropologique  par la sainte Onction, c’est l’Eglise toute entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour qu’il les soulage et les sauve Jc. 5, 14- 16 

-          L’intercommunion sacramentelle ( O E 27 ) : est acceptée aussi pour l’onction, pour devancer les possibles circonstances : les membres des Eglises Orientales peuvent recevoir de l’Eglise catholique l’onction et vice versa, toujours si la nécessité l’exige ou bien qu’on se trouve dans le besoin une vraie utilité spirituelle.

Comme nous l’avons déjà dit plus haut, le texte de Sacrosanctum Concilium résout définitivement la question du nom. En préférant « Onction des Malades » à « l’Extrême Onction », les Pères s’éloignent à tout jamais de la question de  la vieille terminologie scolastique et indique déjà le changement de mentalité et l’orientation théologique pour la révision du rite. L’ »onction redevient comme aux origines le sacrement des « malades »                   

 

4.2. Rituel de Paul VI

4.2.1. Onction des malades plutôt que «  extrême onction » 

On sait d’après l’histoire des débats du Concile de Trente que l’enseignement de la XIVè session sur le sacrement de l’extrême onction marquait de la part  des Pères, la volonté de prendre de la distance à l’égard de la Théologie médiévale et le refus de voir dans l’extrême onction le sacrement de ceux qui vont mourir. Profitant des lumières plus grandes qu’ont projetées sur la tradition de ce Sacrement les études patristiques et liturgiques, le II e concile de Vatican a pu faire un pas de plus. Sans désavouer le terme d’extrême onction, il a affirmé sa préférence pour celui d’onction des malades. A deux reprises, il a suggéré que c’était là plus qu’une question de vocabulaire : « Le temps opportun pour le recevoir est déjà certainement  arrivé lorsque le fidèle commence à être en danger de mort par suite de la maladie ou de la vieillesse.

 

4.2.2. Le signe sacramentel

L’ancienne formule du rituel latin accompagnant l’onction mettait en exergue un seul des effets du Sacrement : la rémission des péchés. La première et plus importante réforme qu’a apporté la constitution de Paul VI du 30 novembre 1972 «  sacrem onctionem » en application du Concile a consisté précisément à modifier la formule sacramentelle avec des expressions évoquant le texte de Jacques et celui de Trente. Paul VI ajoute qu’il y a deux remarquables perspectives de Trente :

-La grâce donnée est l’œuvre de l’Esprit Saint.

-Le sacrement de l’onction est un remède pour l’âme et pour le  corps.

N.B. Il a un effet pénitentiel  qui supplée la pénitence lorsque celle-ci est impossible. Il apporte surtout une grâce de salut,  de réconfort, de soulagement même parfois de guérison.

On notera d’autre part que le texte de la prière « Emitte » pour la bénédiction de l’huile a été amélioré et enrichi dans l’ordre des saintes huiles publiées le 3 décembre 1970.

L’autre décision de Paul VI répond au souci des conférences épiscopales des pays du tiers -monde : bien que l’huile d’olive ait été traditionnellement obligatoire comme matière de l’onction des malades parce qu’elle correspond à l’usage biblique qui lui donne son symbolisme sacramentel de remède de liniment. On admettra désormais que s’il le faut, on utilise une autre huile, pourvu qu’elle soit d’origine végétale. (quod tamen a plantis sit expressum.)

 

4.2.3. La célébration du sacrement

A ces changements qui exigeaient l’intervention personnelle du Pape, le nouvel ordo promulgué le 7 décembre 1972 ajoute des aménagements liturgiques importants.

On a vu plus haut qu’en Orient et parfois en Occident,le Sacrement des malades a donné lieu à une concélébration. Le nouveau rituel prévoit que si éventuellement plusieurs prêtres sont présents, un seul faisant les onctions avec leur formule, chacun des autres prêtres interviendront pour l’imposition des mains et pourront se repartir les prières de préparation et d’onction.

Puisque la bénédiction de l’huile des malades n’a jamais été réservé à l’évêque aussi strictement que la confection du chrême, le nouveau Rituel, tout en maintenant le principe que, normalement le prêtre doit se servir de l’huile bénite par l’évêque dans la messe chrismale, prévoit le « cas de vraie nécessité é » où le prêtre pourrait bénir l’huile dans la cérémonie même de l’onction. En dehors de ce cas avant de faire les onctions une prière d’action de grâce sur l’huile bénite en exprimera le symbolisme sacramentel.

Le geste traditionnel de l’imposition de la main rétabli en 1925 prend un relief plus grand dans le nouvel ordo. Il est accompli en silence ; sans être essentiel, il est partie intégrante de rite, selon le modèle fourni par l’épître de Saint Jacques.

L’ordo de 1972 conseille toutes les fois que c’est possible l’insertion du Sacrement dans une célébration liturgique plus complète: salutation du prêtre et aspersion ; monition catéchétique, acte pénitentiel, lecture de la Sainte Ecriture pour laquelle l’ordo propose un abondant choix de textes, prière liturgique après l’imposition des mains et les onctions, une prière conclusive, le Pater et la bénédiction. L’ordo prévoit également que l’ensemble du rite soit éventuellement accompli au cours de la messe et surtout il décrit et encourage la célébration de l’onction dans un grand rassemblement de fidèles, ce qui se  fait par exemple  dans les lieux de pèlerinage ou au cours d’une journée de malades et cela avec un profit spirituel évident :ces célébrations donnent à des personnes sérieusement malades ou âgées le moyen de conserver leur état ,de s’unir aux souffrances du Christ et de recevoir les grâces dont elles ont besoin dans leur épreuve, à tous les assistants, elles font découvrir la vraie nature de ce Sacrement.

La célébration proprement dite comprend quatre éléments principaux : L’imposition des mains du prêtre (ou des prêtres présents, rite est qui et mieux mis en valeur que jadis), la prière de la foi (des prêtres et de tous les chrétiens présents), la bénédiction de l’huile, l’onction du front et des mains seules qui s’accompagne d’une prière nouvelle.

            Enfin comme le demandait le Concile du Vatican, l’ordo de 1972 propose pour le cas où il est nécessaire, un « rite continu de pénitence, de l’onction et du viatique » ;les rétablissements dans leur suite logique et évitant les doublets.

 

III. ASPECTS DOCTRINAUX

 

1. Institution

1.1. L’enseignement (Le dogme)

L’onction des malades est un sacrement véritable et proprement dit, institué par le Christ. (De foi). Cependant certaines sectes du Moyen-Âge (Les Cathares, les Vaudois, les partisans de Wicleff et de Jean Huss ) en faisaient peu de cas et négligeaient de le recevoir. De même les réformateurs en nièrent la sacramentalité en déclarant que c’est une coutume héritée des Pères qui ne faisait pas l’objet d’un précepte divin. Pour. Calvin par exemple c’est un sacrement fictif.

Sur ce point le Concile de Trente a défini contre les Réformateurs ce qui suit : « Si quelqu’un dit que l’onction des malades n’est pas vraiment et proprement un sacrement institué par le Christ notre Seigneur (Mc 6,13 ) et promulgué par l’apôtre Saint Jacques

 (Jc 5,14-15 ), mais seulement un rite reçu par les Père ou une invention humaine ».(DH 1716 )

 

1.2. Preuve scripturaire

Pour s’en tenir à ce que nous dit le Concile de Trente ( cf. Concile de Trente, XIVè Session ou A. DUVAL, L’extrême-onction au Concile, 127-172) deux sont donc les textes principaux qui dans le Nouveau Testament font référence à l’onction des malades.

 

* Marc 6,13

Saint Marc voit dans l’onction et dans l’imposition des mains un signe messianique :Dieu Lui-même en Jésus libère l’homme de tous ses maux, que ce soit ceux de l’âme (les péchés) ou que ce soit ceux du corps (les maladies).

 

* Saint Jacques 5,14

Saint Jacques entend ici une situation sérieuse de maladie pour laquelle n’est plus suffisante la prière personnelle; mais il faut une intercession spéciale à dimension ecclésiale confiée aux prêtres (Anciens de la communauté). En résumé, si le passage de Saint Marc (6,13) se révèle comme une annonce de ce sacrement institué par le Christ lui-même, celui de Jacques le recommande et le promulgue en indiquant tous les éléments d’un véritable sacrement à savoir :

-Sacrement comme signe extérieur de la grâce.

-Sacrement comme effet extérieur surnaturel intérieur.

Pour conclure cette partie, disons que si dans l’expression « Au nom du Seigneur »[5] l’institution par le Christ n’est pas directement exprimée, elle peut en être logiquement déduite. Car seul Dieu ou l’Homme-Dieu Jésus-Christ peut par sa propre autorité unir à un rite extérieur la communication de la grâce divine. Les apôtres quant à eux, se considèrent seulement comme « des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu »[7]

Certains Théologiens scolastiques du XIIe et du XIIIe siècle comme par exemple, Hugues de St Victor, Pierre Lombard, St Bonaventure ont affirmé que le sacrement de l’onction des malades avait été institué par les apôtres. Nous pouvons comprendre institution ici au sens d’une institution indirect par le Christ. Mais après la définition de Trente, cette opinion n’est plus permise.

 

2. l’efficacité,  la matière et  la forme du sacrement

 

2.1. L’efficacité

L’homme gravement malade a particulièrement besoin de la grâce de Dieu, afin qu’il ne perde pas courage et, davantage exposé aux tentations, ne risque de voir sa foi chanceler. C’est pour cela que le Christ a voulu donner à ses fidèles qui sont malades la force qu’est le sacrement de l’onction. La réalité et les effets de ce sacrement sont expliqués par les mots de St Jacques. «La prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le soulagera et, s’il est dans les péchés, ceux-ci lui seront remis » Le sacrement de l’onction des malades comme tout sacrement confère la grâce. Il s’agit  ici de :

* l’augmentation de la grâce sanctifiante : Le malade y trouve le réconfort, le soutien, la paix et le courage pour supporter les difficultés propres à l’état de maladie grave ou à la fragilité de la vieillesse ; et des forces nouvelles contre les tentations du démon et contre la peur de mourir.

* la grâce de la guérison spirituelle : le sacrement des malades « est un mystère grand et très désirable, par lequel, s’il est demandé dans la foi, le péché est remis »

* la grâce de la guérison corporelle : « l’onction des malades soulage les maladies du corps, si Dieu juge utile au salut de l’âme »

* la grâce ecclésiale1 :« les malades qui reçoivent le sacrement de l’onction, en s’associant librement à la passion et à la mort du Christ, apportent leur part pour le bien du peuple de Dieu  » En célébrant ce sacrement, l’Eglise, dans la communion des saints, intercède pour le bien du malade. Et le malade à son tour, par la grâce de ce sacrement, contribue à la sanctification de l’Eglise et au bien de tous les hommes pour lesquels l’Eglise souffrent et s’offre par le Christ à Dieu le Père.

* la grâce de la préparation au dernier passage : « Si le sacrement de l’onction des malades est accordé à tous ceux qui souffrent de maladie et d’infirmités graves, il l’est à plus forte raison à ceux qui sont sur le point de sortir de cette vie » L’onction des malades achève de nous conformer à la mort  et à la résurrection du Christ. Elle parachève les onctions saintes qui jalonnent toute la vie chrétienne ; celle du baptême avait scellé en nous la vie nouvelle ; celle de la confirmation nous avait fortifiés pour le combat de cette vie. Cette dernière onction munit la fin de notre vie terrestre comme d’un solide rempart en vue des dernières luttes avant l’entrée dans la maison du Père.

 

2.2. La matière

L’onction des malades est donnée avec de « l’huile d’olives bénite par l’évêque » Cette bénédiction est celle que l’évêque donne solennellement le jour du Jeudi Saint. Le nouveau rituel veut que l’on se serve de l’huile d’olives bénite dans l’année, c’est-à-dire au Jeudi Saint précédant l’onction. Cependant, puisque l’huile d’olives, fait défaut ou est fort difficile à trouver en certaines régions, le pape Paul VI a décrété, suite à la demande des évêques des pays du Tiers Monde, que l’on pourra utiliser également une autre huile. Celle-ci devra toutefois être d’origine végétale. Aussi est-il permis, en cas de nécessité extrême, au prêtre de bénir l’huile seulement dans l’administration du sacrement.

 

2.3. La forme

La forme du sacrement de l’onction sont les paroles de la formule de prière dite par le ministre au moment des onctions sur le front et sur les mains : « Per istam sanctam onctionem et suam piisimam misericordiam adiuvet te Dominus gratia Spiritus Sancti, ut a peccatis liberatum te salvet atque propitius allevet » « Par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint ». Amen. « Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève » Amen.

 

3. La nécessite de l’Extrême – onction

Par ce, l’extrême-onction, n’est pas nécessaire au salut.

Bien que le sacrement de l’extrême-onction ne soit pas nécessaire de nécessité de moyen pour obtenir le salut éternel, il n’est permis à personne de négliger sa réception, et l’on doit apporter tous ses soins pour procurer aux malades en péril de mort, alors qu’ils sont encore en pleine possession de leurs facultés.1

La raison en est que l’état de grâce peut être obtenu et conservé sans l’extrême-onction. Par accident, elle peut cependant être nécessaire pour le salut d’un fidèle en état de péché mortel, s’il ne peut plus recevoir le sacrement de pénitence.

On ne peut prouver l’existence d’un précepte divin formel (praeceptum divinum explicitum ) concernant la réception de l’extrême-onction. L’institution d’un sacrement spécial pour les malades graves et l’agonie, implique cependant le précepte divin d’en faire usage (praeceptum divinum explicitum )

N.B. L’amour chrétien de soi-même et le respect du sacrement imposent au malade l’obligation grave de recevoir ce sacrement. Pour l’entourage du malade, c’est un devoir de charité de lui faciliter la réception du sacrement. Le concile de Trente condamne le mépris de ce sacrement comme « un grand crime et une injure envers le Saint-Esprit »2

 

4. Le ministre du sacrement

L’Epître de Jacques (Jc 5, 15)déjà citée détermine clairement et qui doit recevoir ce sacrement et qui doit l’administrer. On y voit en effet que le ministre propre de l’onction des malades est le Presbytre de l’Eglise (DH 1719) et le canon 1003 du Code de 1983 précise au premier paragraphe que «  Tout prêtre et seul le prêtre, administre validement l’onction des malades » tout Prêtre, pourquoi cette précision ? Le canon explique que contrairement à ce qui est exigé pour l’administration valide du sacrement de la pénitence, le prêtre n’a pas besoin de facultés spéciales ; car ici la situation dans laquelle l’on se trouve requiert souvent la célérité c’est-à-dire (la promptitude, la diligence ).

Le canon 1003 $ 3 du même code prévoit que « tout prêtre peut porter avec lui l’huile bénite afin de pouvoir en cas de besoin, administrer le sacrement de l’onction des malades» Cette  disposition résulte de la combinaison de deux règles déjà envisagées : celle par laquelle tout prêtre est ministre valide du sacrement des malades et celle qui veut que  l’huile qui sert à l’onction soit bénite par l’évêque. Pour des  raisons majeures, le prêtre peut en bénir au cours de la célébration du sacrement des malades et ceci dans ce cas seulement.

 

 

            5. Le sujet de l’onction

Le sujet du sacrement est le malade. L’onction n’est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à toute extrémité. On peut conférer l’onction aux malades en danger de mort, aux vieillards dont les forces déclinent vraiment, à ceux qui vont subir une intervation chirurgicale pour guérir une grave maladie, aux enfants malade qui ont l’âge de raison. L’onction est aussi le sacrement de tous les handicapés physiques et mentaux.

 

CONCLUSION GENERALE

« Par l’Onction des malades, c’est l’Eglise tout entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, afin qu’il adoucisse leurs peines et les sauve. L’Eglise, à travers cette pratique pastorale exhorte les malades à s’unir spontanément à la passion et à la mort du Christ pour contribuer ainsi au bien du peuple de Dieu »(Lumen Gentium n°11)

Bref « le sacrement de l’onction ne doit pas être présenté comme un signe de guérison mais comme la rencontre du Christ qui donne un élan nouveau à la vie de foi, d’espérance et de charité »(Mario Alber, Un sacrement pour les malades, centurion, Paris, 1978, p.114)

Ceci dit le Sacrement de l’onction ne saurait être réduit à un simple exercice de charisme de guérison vers lequel se penche la chrétienté aujourd’hui.

C’est pourquoi, faisant de la visite des malades, un des premiers devoirs du chrétien, qu’il remplit lui-même au péril de sa vie, Saint Charles BORROMEE (notre saint-patron) concevait le sacrement des malades comme le lieu  privilégié de la charité à leur égard.

Tout ce qui précède nous oblige à nous interroger sur la pratique de cette pastorale et la condition de nos malades dans nos sociétés et dans nos communautés chrétiennes.

Que cet exposé provoque une redécouverte de ce Sacrement, surtout dans le contexte présent, tant chez ceux qui par leur ministère rencontrent des malades, mais aussi chez tout homme croyant qui s’interroge sur la signification de la maladie et de la souffrance dans la vie humaine.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1- Bible TOB, Ed. Du Cerf/ Société Biblique Française, Paris, 1994.

2- VTB,Ed.du Cerf, Paris, 1977 (4ème édition)

3- Catéchisme de l’Eglise Catholique, Ed. Mame, Paris, 1992.

4-Dictionnaire de Théologie Catholique, Tome Cinquième, Ed. LETOUZEY ET ANE, Paris, 1913.

5- Deuxième Concile du Vatican, Constitutions, Décrets et Déclarations, Ed. du Centurion, Paris, 1967.

6- Code de droit Canonique, Ed. Wilson et Lafleur Itée, Montréal, 955.

7- Henrici  DENZINGER, Symboles et Définitions de la foi catholique, Ed. du Cerf, Paris, 2001. 06

8- Précis de théologie dogmatique, Ed., salvator Mulhouse, Casterman, Paris, Tournai, 1955.

9-J.GIBLET et P.GRELOT,art. « Maladie-Guérison » dans VTB, Col.698-703  cité par PRADER Martin dans « De toutes les nations faites des disciples », éd. De l’Emmanuelle, 2006, p.95

            10-Jean-Hervé NICOLAS, Synthèse dogmatique, de la Trinité à la Trinité, Ed. Beauschesne, Paris, 1991.

11- Martin PRADERE, « De toutes les nations faites des disciples », pour une évangélisation respectueuse des Cultures, Ed. de l’Emmanuel, 20

12- Jean-Robert ARMOGATHE, « Le sacrement des malades » dans Communio n° 5,   Septembre Octobre1984, p.5-70.

 

 

 

 

 

La pastorale des malades

 

Parmi les signes clairement chrétiens auprès des malades, il y a la visite entendue comme action caritative liturgique et la communion comme aide eucharistique

 

            La visite aux malades

 

La visite aux malades constitue un élément intégrant et essentiel de la pastorale des malades et la forme la plus classique de continuer la mission du Christ, en témoignant la charité. Depuis le début,  l’Eglise s’est sentie obligée par les paroles mêmes du Christ : « J’étais malade et vous êtes venus me visiter ». (Mt 25, 36). Il ne faut pas entendre cette visite comme une visite de protocole ou du dernier moment, mais comme une action permanente de la communauté envers le malade. Cette visite des malades est une responsabilité de toute l’Eglise, de chacun de ses fils. Elle a pour but de réconforter les malades, de prêter attention à leurs nécessités physiques, matériels, psychologiques, spirituels. D’autre part, la visite aux malades est également perçue par l’Eglise comme une action liturgique dans plusieurs sens : c’est un exercice du sacerdoce, soit ministériel qu’universel, un service de médiation ; au cours de cette visite, on offre une parole de foi plus ou moins explicite qui invite le malade à s’unir au Christ souffrant et à réfléchir ; elle stimule à la prière et aux sacrements, parfois à la prière communautaire, comme la célébration de la parole.

 

            La communion aux malades.

 

            L’Eucharistie n’est pas un sacrement spécifique de la maladie, mais étant le sacrement par excellence de la vie chrétienne, elle l’est aussi pour le moment de la maladie. Il ne s’agit pas d’une action sporadique, mais d’un service permanent que la communauté a l’obligation de rendre et que le malade a le droit de recevoir. La communion eucharistique est une parie importante de la pastorale des malades dans l’Eglise. C’est de cette manière que l’Eglise primitive l’entendait, quand elle introduisit l’habitude de conserver les espèces eucharistiques  justement pour que les malades puissent participer à l’Eucharistie. C’est également de cette manière que tout au long des siècles jusqu’à nous aujourd’hui l’Eglise ne cesse de recommander aux pasteurs de faciliter au maximum l’accès des malades et des vieux à l’Eucharistie, même si leur état n’est pas grave et qu’ils ne sont pas en danger de mort, même si malheureusement ce ministère a été minimisé pour des diverses raisons (manque de temps, oubli), il faut savoir que la communion portée aux malades a véritablement son sens et sa valeur et doit occuper une place importante dans notre pastorale.

            C’est un fait, aujourd’hui, qu’on a tendance à marginaliser et oublier le sacrement de l’onction. Ce n’est pas un plaisir pour les prêtres de l’administrer ni aux fidèles de le recevoir. Les causes sont diverses : confiance exagérée dans les techniques sanitaires, élimination du sens eschatologique de la vie chrétienne ; le refus déliré de la mort et le fait de l’occulter ; marginalisation ou oubli de référence religieuse ou sacramentelle. Il y aurait un travail de re-évaluation du sacrement à entreprendre au niveau des paroisses et des diocèses : catéchiser la communauté chrétienne et la rendre sensible et consciente du sens et de l’importance de la pastorale du sacrement des malades ; placer cette pastorale dans le monde culturel de la maladie santé d’aujourd’hui ; aider à assumer l’élément tragique de la vie, la douleur, la maladie et la mort comme aspects intégrants  de la condition humaine ; appuyer dans nos diocèses et paroisses cette disponibilité vers les malades et les nécessiteux de tous genres, coordonner les différents engagements, services et ministères de manière à rendre tout cela plus efficaces pour la pastorale.

            Dans le soin pastoral des malades, il faut donner majeure considération au fait que le malade ne vit donc pas seul cette expérience. Il ne doit pas lutter seul contre la maladie, et donc tout ce qui peut se tenter pour apporter soulagement dans le corps et dans l’esprit ne doit être laissé de côté.

Par un groupe d'étudiants en théologie

Grand séminaire Jean Paul II de Lomé

 



1 B.BOTTE, L’Onction des Malades «LMD » 15(1948) 91-107.

 

2 Dans le cadre socioculturel traditionnel le malade est traité à la maison par manque de moyens pour les soins adéquats. Et de ce fait, il résulte que la malade se trouve abandonné par la loi et les structures sociales organisées.

Par contre, dans le cadre socioculturel moderne, le malade est soigné non plus tellement à la maison, mais dans des centres  hospitaliers qui ont des moyens et constituent le « monde du malade ».

 

3  J.GIBLET et P.GRELOT, art. « Maladie-Guérison » dans VTB,Col.698-703  cité par PRADER Martin dans « De toutes les nations faites des disciples », éd. De l’Emmanuel-Paulines, p.95.

 

4 Certains estiment que cette habitude ne remonte qu’au temps d’après l’exil. Cf. R. Vaux, Les institutions de l’Ancien Testament, éd. Cerf, Paris, 1967, p.16.

 

5 ARMOGATHE, Jean-Robert, « Le sacrement des sacrement des malades » in Communio n° 05, septembre-octobre, 1984, p. 05.

6 La lampe ici nommée est celle qui contenait l’huile de l’extrême onction ; des textes orientaux prouvent qui l’huile des infirmes était en certains milieux conservée dans une lampe de l’église.

[5] Cet effet est exprimé dans la rémission des péchés qui a lieu par la communication de la grâce

[6] C.f. St J c 5,14

[7] C.f. 1C o 4,1

1 Catéchisme de l’Eglise Catholique, Ed. Mame, Paris, 1992, no

1 –Le curé, en vertu de son office, est tenu d’assister ses paroissiens à l’article de la mort, pendant leur agonie, et de réciter les prières liturgiques de la recommandation de l’âme, soit par lui-même, soit par un autre prêtre député par lui à cet effet. ( CIC



05/03/2011
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