Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Le divorce ou le deuil de la famille

Le divorce ou le deuil de la famille

 

Une présence sur les rues de Lomé, les samedis à partir de 13h, se soldera par une rencontre de plusieurs caravanes de mariés. Les uns se dirigeant vers des églises et chapelles, les autres se rendant à la mairie. En effet, chaque semaine, surtout les samedis, et aussi des jours ouvrables, il n’est pas rare d’apercevoir sur le parvis de l’hôtel de ville de Lomé, un ou deux couples – chacun de son côté – entourés des amis et parents , souriant au flash  d’un photographe et jubilant au son des “Vive les mariés”. Comment alors affirmer une crise du mariage en face de ce joyeux tableau et à des fonctionnaires qui ne parviennent plus à totaliser le nombre de fois qu’ils ont prononcé le fameux : « …je vous déclare mari et femme… » ? Il est donc évident que la crise du mariage se chiffre moins en nombre de mariages célébrés qu’en nombre de mariage viables, c’est-à-dire qui tiennent, qui résistent aux meurtrissures de la vie. La crise, au fond, précède et déborde le mariage comme célébration et vie de couple.

  •   La crise en aval : les divorces !

En effet, le nombre de mariage n’a pas chuté, même dans les pays du Nord – contrairement à la chute du nombre d’ordination sacerdotale par exemple. Cependant le taux de divorce ne cesse de s’accroître. Les ruptures d’alliance matrimoniale sont  les expressions de la crise en aval. Les divorces en cascade ne sont que les signes de l’échec de mariages peu préparés, prou soignés et sans ouverture (au don de la vie : contraception abortive, à l’autre, à Dieu). Le constat est clair, bien de mariages échouent, mais non sans raison. Leur revers est souvent prévisible et ceux qui parient leur fortune sur l’échec de ces alliances, font rarement banqueroute. Toutefois, c’est si réducteur de limiter la crise du mariage au divorce, et notre démarche souffrirait d’une logique court-circuitée si elle ne toise point les causes du phénomène social qu’est le divorce.

 

En arriver là… pour si peu ?

 

Avec Louis et Agathe qui se sont fiancés, la semaine dernière et qui cheminent résolument vers le mariage, n’abordez pas la question du divorce, ils vous diront sûrement le visage consterné : « c’est surprenant que de gens en arrivent là ! » En arriver là ! En arriver au divorce ! Non et non, clament tous les amoureux la veille de leurs noces. Pourquoi alors les mêmes personnes finissent par en arriver là ? Plein de raisons ou de torts réussissent  à faire évanouir les rêves d’avant mariage ; à étouffer l’ardeur et la volonté des premiers instants d’amour ; à hypnotiser les sens qui savaient encore  voir l’autre comme un don, une merveille, il y a à peine une décennie ; à refroidir la chaleur et la gaieté des projets communs ; à pousser enfin dans les bras d’une tierce personne. Ainsi tout devient morose, sombre, plat, lugubre et le verdict tombe : « plus rien à faire – notre mariage a échoué – ça ne peut plus continuer ». Chacun, l’homme, la femme, accuse et se plaint qui à  veut l’écouter : « J’ai tout fait, tout et tout, mais rien. Je crois que je vais demander le divorce ». Le mot est lâché : le divorce. “Pour si peu, vous en appeler déjà au divorce ?” s’inquiète un collègue. « “Si peu” dites-vous ? Mais  je suis en train de vous expliquer l’enfer  que je vis et vous dites “si peu” ».

 

 

Sans Dieu, pas d’espoir

 

“Pour si peu” vraiment ! Bon nombre de couples entament un processus de divorce pour si peu, du moins quant à la source d’où ont jailli les difficultés. Usuellement, c’est le temps qui grossit et cristallise en mont insurmontable les petites causes de divorce. Certes, reconnaissons-le tout de même, des couples vivent des situations difficiles, voire périlleuses où le divorce paraît à plus d’un égard, la seule voie de secours. C’est bien vrai, le divorce devient l’unique solution humainement raisonnable dans certains cas, et ce sont des cas où Dieu est nié ou fort longtemps confié au bon soin des antiquaires.

Le mariage est un projet entre une femme et un homme, avec Dieu. Le mariage est une vocation naturelle à tout homme, dont Dieu est l’initiateur et le garant. Sans Dieu, qui est Amour, aucun couple ne peut s’assurer la pérennité de leur élan d’amour. Sans Dieu, qui est Fidélité, où les mariés puiseraient-ils la force de résister aux séductions et sollicitations qui envahissent de toute part? Sans Dieu, qui est Miséricorde, quel conjoint pourra pardonner et accepter son partenaire dans ses faiblesses et limites ? Sans Dieu, qui est Eternité, quel mariage résistera à l’usure du temps ? 

  • En amont : Divorcés bien avant mariage…

Où va le monde ? Où allons-nous ? 

 

Pourquoi se marier, si c’est pour se divorcer après ? C’est une question qui crée chez les jeunes une hantise du mariage comme si tous ceux qui se marient, divorçaient par après !

L’engagement dans le mariage est freiné par la peur de l’échec. Si, bien de personnes n’hésitent pas à célébrer leur mariage civil, ils attendent et prennent le temps de vieillir avant de faire le pas du mariage religieux (catholique qui est indissoluble). Le justificatif est simple et semble cohérent : « je n’ai pas trop peur du mariage civil, car s’il foire, j’ai la possibilité de divorcer. Mais j’hésite et je ne me sens pas prêt pour le mariage religieux car c’est un pas, un engagement pour la vie, sans possibilité de divorce ». Ce raisonnement ne surprend guère car il ressemble aux hommes de ce siècle mais il ne fait pas taire la vieille interrogation : «  où va le monde ? Où allons-nous ? »

 

Le divorce, un droit ?

 

Le divorce serait-il un fait heureux, une aubaine ? Peut-on parler du divorce comme un droit ? Toute personne apte a droit au mariage, devons-nous ajouter que toute personne mariée a droit au divorce ? Le divorce passe aujourd’hui comme un  droit inhérent au droit du mariage : le droit au mariage serait la raison d’être du droit au divorce et ce dernier serait la raison de choix, d’acceptation du droit au mariage. De ce fait, la logique actuelle se résume en ces termes : si je ne peux pas divorcer, je ne me marie pas ! Le mariage démarre avec un possible projet de divorce, qui s’alimente, le jour le jour, par les menues difficultés propres à toute vie de couple et finit par s’imposer comme unique solution. Au demeurant, cette vision a été légitimée et sacrée, plus ou moins implicitement, par des textes de grande notoriété dans leur propos sur le mariage. Aussi bien la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (art. 16 n°1) que l’actuel Code des Personnes et de la Famille du Togo (art. 41 du chap. 2), en postulant ou en définissant le mariage, envisagent ipso facto sa dissolution.

 

Veillons donc et prions

 

Le mariage est un joyau qui crée la famille et le divorce une vermine qui détruit la cellule familiale. Vaine et superflue serait ici, la tâche de ressortir les conséquences du divorce, elles nous sont familières et l’équation pour les obtenir n’est point complexe. Rappelons seulement que les parents et les divers éducateurs doivent prendre la réelle mesure de leur responsabilité dans  la formation au mariage : prions afin qu’ils parviennent à enrayer cette mentalité de croire que le divorce est une chance, un bien, un droit. La consommation des productions des mass médias et l’adhésion aux idéologies, doivent être accompagnées de discernement : veillons à ce que le prix à payer pour le progrès technologique et scientifique ne soit pas la mort de la famille.

 

 

Romain SEMENOU

 

 



25/03/2011
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