Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Mgr. Robert Casimir DOSSEH-ANYRON :Jean Paul II béatifié???

Interview à son excellence Monseigneur
Robert Casimir DOSSEH-ANYRON

  

Nous avons encore fraîche souvenance des manifestations marquant le jubilé des 25 ans de la visite du Pape Jean Paul II au Togo. Et comme un divin écho à cet heureux jubilé, ce 1er mai 2011, le vénéré pape sera béatifié. Afin de revenir sur les souvenirs du séjour du bienheureux Pape sur la terre de nos aïeux du 08 au 10 aout 1985 et de faire le lien avec sa béatification, son Excellence Monseigneur Robert Casimir DOSSEH-ANYRON, premier archevêque émérite de Lomé a généreusement accepté répondre à nos questions.

  

Question : Excellence Monseigneur, merci de nous recevoir pour cette interview. Excellence, toute la communauté catholique du Togo s’apprête à partager avec vous, en décembre prochain, la grâce et la joie de vos 60 ans de vie sacerdotale. Nous sommes donc convaincus qu’avant tout, nos lecteurs aimeraient savoir comment se porte le premier évêque togolais.

 

Mgr DOSSEH : Mes amis, tout d’abord, je vous dis la bienvenue de tout mon cœur. C’est une grâce en effet de voir entrer chez moi deux jeunes abbés de notre Grand Séminaire Jean-Paul II, qui portent visiblement en eux une vocation, le dessein du Fils du Père de sauver le monde par l’Eglise au moyen de l’Evangile. C’est, au soir de ma vie, une de ces bouffées d’air frais que le Seigneur ne manque point d’envoyer assidûment dans mon âme : cela fortifie ma foi et réjouit mon espérance. Chers amis, vous portez avec vos confrères nombreux, jamais assez, jamais trop nombreux, l’espérance de l’homme, l’espérance aussi de l’Emmanuel, le "Dieu-avec-nous". Laissez aboutir ce dessein en vous par votre coopération avec l’Esprit, généreuse, entière. « Dilata os tuum et implebo illud » (Ps 80, 11) vous dit le Seigneur fidèle en ses promesses. Vous avez évoqué les 60 ans de mon Ordination sacerdotale du 21 décembre prochain, je veux bien y ajouter les 50 ans de mon Ordination épiscopale du jour de la Pentecôte 2012 (anniversaire liturgique) ou/et du 10 juin 2012 (jour d’incidence) … Vous voudrez bien me porter dans vos prières, constamment, pour dire au Seigneur, avec moi, toute ma reconnaissance : que je devienne pour lui Eucharistie comme le suggère St Paul pour nous le recommander impérativement
(cf. Col 3, 13-14 texte grec).

Quant à ma santé, Dieu merci (c’est l’expression que la foi naturelle de l’âme africaine a inventé pour tout référer à Dieu dans une action de grâces permanente). Dieu merci, elle résiste encore pas mal aux assauts de la « vieillesse ennemie » et je dis avec Paul et avec la même foi et la même espérance « nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16).

 

Question : Cher Père Archevêque, l’Eglise Universelle est en liesse car le Pape
Jean-Paul II sera béatifié dans quelques jours. Pour l’Eglise du Togo, les motifs de jubilation ne manquent pas. En effet, il y a 25 ans, le vénéré Pape a foulé de ses pieds le sol togolais. Excellence Monseigneur, voudriez-vous bien partager avec nous quelques faits ou étapes singulièrement importants du séjour du Pape Jean-Paul II au Togo ?

 

Mgr DOSSEH : Vous avez raison ! Et pourtant je tiens à souligner tout de suite que nos liens en Eglise sont fondamentalement d’une autre nature que ceux que peuvent créer voyages et visites. Ce sont les liens mêmes de l’Alliance de Dieu avec les hommes : ils sont participés de ceux-là mêmes qui unissent dans la Trinité Sainte et Auguste, mutuellement le Père au Fils et au Saint Esprit pour s’étendre à nous qui sommes participants dans le Fils de la nature Divine " consortes divinae naturae effecti" (cf. 2 P 1, 4) car "celui qui nous affermit (confirme) avec vous en Christ et qui nous donne l’onction, c’est Dieu, lui qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit" (2 Co 1, 21-22 ; cf. aussi Lumen Gentium n° 20 in fine et 21).

 

Dès lors se vérifie dans tout l’Ordre sacré et suivant la hiérarchie de ses degrés divers « une intime fraternité » en raison de la communauté d’ordination et de mission ». « Cette fraternité doit se manifester spontanément et volontiers sous forme d’aide mutuelle tant spirituelle que matérielle, tant pastorale que personnelle, dans les réunions et la communion de vie, de travail et de charité » (Lumen Gentium n° 28 ; cf. aussi 23).

Les voyages et les visites qui s’effectuent dans la vie de ce Corps sont les signes signifiants de cette Charité active que l’amour du Seigneur lui-même a répandue dans nos cœurs et qui est cette force entreprenante de l’Esprit qui continue son action commencée dès l’annonce faite à Marie et qui tend à former le Corps du Christ Total, à savoir le Christ et l’Eglise.

C’est ainsi qu’il nous a été donné d’accueillir sur notre sol togolais le Pape
Jean-Paul II du 8 au 10 aout 1985. Cette image du Pape apparaissant dans l’encadrement de la sortie des premières classes de l’Avion et qui déchaîna une vague d’ovations… sa silhouette toute de blancheur descendant posément les marches de l’escalier… la génuflexion du Souverain Pontife, le « doux Christ de la terre » pour donner le baiser à la Terre de nos aïeux… furent les premiers instants de cette visite mémorable, saluée bientôt par l’Hymne Pontifical de Charles Gounod : à la surprise du Saint Père et de sa suite le Peuple Togolais tout entier en reprenait le refrain d’une voix puissante : le vent en élargissait l’écho aux dimensions des terres. Je le rappelais au Saint Père le Pape dans mon allocution d’accueil au début de la messe sur l’Esplanade de la Maison du Parti : « Ce baiser, lui disais-je, que tantôt vous donniez à notre sol est pour cette fois le premier embrassement de l’Auguste Pèlerin que vous êtes à notre continent, au Togo et à chacun de nous ».

 

Question : Excellence Monseigneur, qu’est-ce qui a été pour vous le moment le plus marquant de ces trois jours d’aout 1985 ?

 

Mgr DOSSEH : Vous vous en doutez, les voyages du Pape sont préparés des mois auparavant et programmés minutieusement c’est-à-dire vraiment ici à la minute ! C’est un voyage du Pasteur suprême visible de l’Eglise et l’on doit lui conserver ce caractère essentiel : la minutie peut conduire à l’émiettement. Aussi, de commun accord avec les autorités compétentes et les services du Vatican, avons-nous réussi à lui insuffler une certaine unité pédagogique pastorale à l’instar de ce qui faisait la joie de Bossuet, notre maître, et qu’il appelait et rappelait si souvent : «  l’Admirable enchaînement des Mystères du Salut dans notre Sainte Religion, l’admirable enchaînement des Mystères du Christianisme ». J’en déroulais le tapis sous les pas assurés du Souverain Pontife au début du premier rassemblement pour la messe à Lomé.

« Et voici, lui disais-je, que s’ouvre devant vous, Très Saint Père, le champ de Dieu. Lomé - Kara - Togoville, trois étapes d’une même action qui nous portera du Renouveau chrétien (thème de la célébration à Lomé), à l’Eglise, son Sacerdoce et sa Mission (thème de la célébration à Kara avec l’ordination des onze nouveaux Prêtres Togolais de l’année…), pour déboucher sur  la consécration renouvelée – j’allais dire scellée désormais par le Souverain Pontife lui-même – du Togo, de l’Afrique et du monde à la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, devant l’Icône vénérée de Notre Dame du Lac Togo, Mère de la miséricorde, au milieu de la foule innombrable de notre jeunesse enthousiasmée ».(Allocution d’accueil) Auparavant je rappelais à sa sainteté le degré de notre attente devenue lancinante : « A Accra, à Ouagadougou, à Cotonou, nous nous étions portés nombreux à votre Rencontre, Très Saint Père, et  c’est à Cotonou que vous nous donniez l’assurance que vous finiriez par tomber au  “Centre’’. C’est par ce magnifique nom que votre générosité paternelle désignait notre Togo… Très Saint Père, vous êtes au  “ Centre’’ ! »

C’est vous dire qu’il n’y a pas en quelque moment qui fût le plus marquant de ces trois jours d’aout 1985. Tout fut pour nous comme une montée constante dans la contemplation, une contemplation vécue jusqu’à l’éblouissement de nos âmes. Au demeurant, il faut signaler ici et je ne saurais l’oublier une étape, imprévue celle-là au programme établi, un “motu proprio” du saint Saint Père Jean Paul II, un impromptu dans l’harmonie du programme. En effet, de l’aéroport de Niamtougou où nous venions d’atterrir en compagnie du vénérable visiteur, un convoi long de quelque trois kilomètres se mit en route pour Kara. Aux alentours du village de Niamtougou, le convoi s’immobilisa… et l’information nous parvenait que c’était le Saint Père le Pape lui-même qui venait de l’arrêter et même qu’il était sorti de sa voiture. L’auguste visiteur s’enfonçait dans les champs de millet… on eut juste le temps de cliquer au-dessus de sa tête un parasol tout blanc : le Saint Père voulait, a-t-il expliqué alors, voir et rencontrer quelques paysans, ceux que l’on appelle le petit peuple… mais qui sont aux yeux de Dieu les pauvres d’Adonaï auxquels appartient le Royaume des cieux. Il voulait, à la surprise de tous, les rencontrer dans leurs cases, au milieu de leurs champs… Ainsi toute une famille recevait la visite inattendue du Saint Père, honorée… émerveillée de tant de prévenances et de sollicitude de la part du Souverain Pontife qui n’oubliait pas les oubliés du programme : la leçon fut magistrale et tout le convoi l’enregistrait en hochant la tête. Nous apprenions plus tard que Niamtougou s’en est réjouie, elle qui n’avait pas accueilli les premiers missionnaires allés chez eux pour leur apporter la Bonne Nouvelle, l’Evangile de Jésus-Christ. Le village compte depuis cet événement singulier une foule de catéchumènes !!!

Mais, pour ma part, toutes les émotions de cette pérégrination sainte au Togo convergeaient comme en leur sommet en la visite à la Cathédral de Lomé, l’église métropolitaine, après le pèlerinage à Notre Dame du Lac Togo, Mère de la Miséricorde à Togoville. C’était le dernier acte du Drame (drama = action) merveilleux que nous venions de vivre ensemble pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Je m’en étais ouvert au Saint Père dans mon allocution d’accueil quand je lui disais : « Très Saint Père, l’espace de nos cœurs est attentif et recueilli. Daigne votre Sainteté l’ensemencer à pleines mains pour que lève et croisse pour notre Eglise de l’an 2000 un peuple saint qui porte dans un cœur ardent la passion de Dieu».

Notre attente fut comblée !

 

Question : Excellence Monseigneur, quels furent vos sentiments en apprenant la nouvelle de la béatification du Pape Jean-Paul II ?

 

Mgr DOSSEH : La nouvelle attendue dans la respiration de l’Eglise entière de la béatification du Pape Jean-Paul II me réjouit profondément. Je me vis encore avec le Saint Père à Hedzranawoé… Profitant de quelques minutes d’accalmie, il s’est avancé vers moi et, à la manière d’une bienveillante et condescendante “camaraderie”, il me passait son bras autour du cou pour poser sa main droite sur mon épaule droite en m’interpellant : « Excellence, comment ça va ? » Nous marchions d’un même pas vers la chambre de mon séjour et là, transi d’émotions, je trouvai les mots brefs et ardents pour situer à peu près correctement notre action pastorale et celle de mes collègues dans un Togo qui aspirait à plus de liberté civile et sociale : sublime entretien de quelques minutes qui me permet de dire que je venais de côtoyer un saint. Je vis encore sur cette impression et sous l’influence de cette intuition première.

 

Question: Pensez-vous, cher Père Archevêque, que la béatification du Pape
Jean-Paul II aura des incidences sur la vie des fidèles de l’Eglise d’Afrique, surtout des pays qui ont eu la grâce de l’accueillir ?

  

Mgr DOSSEH : Mais bien sûr ! Je suis persuadé que le Saint Pape a, dans ses très nombreux voyages apostoliques dans le monde entier, fait connaître sur toute notre planète,  sa silhouette de Pasteur universel. Béatifié et canonisé nous le prions de laisser planer sur la planète cette silhouette que le monde entier reconnaîtra aisément : dans le ciel de Dieu, il ne manquera pas de raviver son empreinte spirituelle dont il a marqué déjà de son vivant et cela profondément notre monde qui, au dire du Pape Paul VI plus que de maîtres ne veut écouter que des témoins, des modèles, ces exemples vivants dont Corneille disait qu’ils sont d’un autre pouvoir. Jean-Paul II le savait lui qui a traduit cette vision en action en fournissant à l’Eglise contemporaine une nuée de témoins, des saints d’hier et d’aujourd’hui et en abondance. A lui seul,
il a plus de 480 canonisations à son actif. C’est d’ailleurs la grâce spécifique que l’Eglise attend explicitement de ses solennités de béatification et de canonisation.

 

Question : Pour finir, Excellence Monseigneur, serez-vous à la messe de béatification du Pape Jean-Paul II au Vatican le 1er mai ?

 

Mgr DOSSEH : L’état de ma santé ne me permettra pas d’aller à cette cérémonie comme je l’aurais souhaité. Mais je suis sûr qu’une délégation de la Conférence Episcopale pourra y participer. Moi-même l’an prochain, sans doute, je pourrais aller en pèlerinage sur sa tombe bénie ! En attendant, carpe diem, recueillons déjà les fruits de courage dans la foi et la fidélité que nous apporte sa béatification assuré qu’il est et demeure pour nous auprès de Dieu et de sa Sainte Mère, Marie un lien de plus, cher, saint et vivant.

 

Question : Merci Monseigneur !

 

Mgr DOSSEH : Merci à vous-mêmes. Je vous bénis.



04/05/2011
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