Eglise catholique au Togo : blog d'un prêtre de Lomé !

Synode des Evêques sur la Parole de Dieu : un rendez-vous manqué pour nos Eglises d’Afrique ?

Synode des Evêques sur la Parole de Dieu : un rendez-vous manqué pour nos Eglises d’Afrique ? Appel à lire les Lineamenta du prochain synode sur la la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne

Analyse et commentaire du numéro 115 de l’exhortation apostolique post-synodale du pape Benoît XVI Verbum Domini, Rome, 30 septembre 2010

Que dit le numéro 115 ?

Après le numéro 114 de l’exhortation qui aborde le thème de la Bible et l’inculturation, le numéro 115 de l’exhortation titre : Les traductions et la diffusion de la Bible.

Dans ce numéro, les pères synodaux, confirmés par la voix du Saint Père, font une pertinente remarque : l’inculturation de la Parole de Dieu = traduction de la Bible dans les différentes langues. Puis l’exhortation relève le fait que l’entreprise de traduction de la Parole de Dieu a commencé avant même la rédaction du Nouveau Testament quand les Juifs ont traduit l’Ancien Testament d’abord en araméen puis en grec.

Une fois ces mentions closes, le synode a déploré le fait que « différentes Eglises locales ne disposent pas encore d’une traduction intégrale de Bible dans leurs propres langues». Aussi les pères synodaux, venus des cinq continents, ont-ils jugé urgent et impérieux de consacrer autant de ressources humaines et financières nécessaires à la traduction de la Bible. Et voilà finit ce numéro 115 sur Les traductions et la diffusion de la Bible.

Traduire oui ! Mais pour qui ?

Le synode semble n’être préoccupé, sur ce sujet, que de résultats quantifiables :  nombres de traductions en langues locales? Nombres d’églises locales ayant leur traduction propre ? Les pères synodaux, à la lecture du texte, ne se seraient guère soucier de savoir combien de personnes pourront lire la Bible une fois qu’elle sera traduite en langue vernaculaire.

Pour certaines Eglises locales, la question ne se pose peut-être pas avec la même acuité tandis que pour d’autres – je pense à nos Eglises d’Afrique subsaharienne – elle constitue l’inconnu de l’équation  à résoudre.

Les langues parlées dans les Eglises locales d’Afrique subsaharienne ont originellement pour unique support ou véhicule l’oralité. En effet connaître la langue ou avoir la culture linguistique, dans la plupart des cercles culturels ethniques d’Afrique subsaharienne n’implique nullement l’aptitude à lire ni à écrire ladite langue. Et sans être un expert en sociologie, en linguistique ou autre science humaine, on s’aperçoit aisément que ceux qui lisent en langues locales ont dû l’apprendre hors du cadre culturel de transmission de la langue. Finalement et généralement celui qui peut lire en langue locale est soit celui qui sait lire en langue nationale (langue héritée des colons : français, anglais, espagnol, portugais, …) soit celui qui a été, après coup, alphabétisé en langue locale.

Ceci étant, il est clair que la résolution du numéro 114 de Verbum Domini n’a pas pris en compte les réalités propres à certaines Eglises locales : la population qui ne parle que sa langue locale n’est pas forcément à même de la lire !

La Bible sera bel et bien traduite en langue locale, la Bible traduite sera présentée lors de grandes célébrations riches en folklores et en pompeux discours, la Bible traduite sera subventionnée par les fonds d’ailleurs, la Bible subventionnée sera vendue à un coût très abordable, la Bible presque gratuite sera achetée ou reçue par tous, la Bible reçue sera mise soigneusement sur la table de prière, sur le buffet à côté de la Télé, sur le lit bien à portée de main, … mais cette Bible traduite, subventionnée, gratuite, reçue ne sera pas lue car le peuple de Dieu ne sait pas lire la langue qu’il parle !

Urgence : d’abord alphabétiser !

L’effort de traduction doit être maintenu car la mission de demain ne peut, vu le contexte actuel d’inculturation généralisée, se faire sans la Bible traduite en langue propre à chacun. Cependant tout en poursuivant le processus de traduction, il est plus qu’urgent de mettre en place une politique d’alphabétisation systématique du peuple de Dieu et des populations analphabètes en général. Assurons-nous d’abord que ceux pour qui nous nous donnons la peine de traduire la Bible sauront lire les premières lignes de la Genèse avant d’arriver aux dernières lignes de l’Apocalypse.

Le schéma devrait se présenter ainsi :

1- Entamer la traduction de la Bible 2- Alphabétiser le peuple de Dieu 3- Diffuser la Bible traduite et subventionnée 4- Lire avec et faire lire le Peuple de Dieu = Réussite, utiliser le temps à parfaire.

Et non :

1- Traduire la Bible 2- Diffuser la Bible traduite et subventionnée 3- Inciter et demander au Peuple de Dieu de lire 4- S’étonner de l’incapacité du Peuple à lire = Echec, donc perte de temps et recommencement.

Pour finir : ora et labora !

Si le Synode sur la Parole de Dieu semble ignoré les réalités de l’Afrique subsaharienne notamment l’analphabétisme généralisé de la masse populaire, prions afin que le prochain synode sur la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne tienne compte des préoccupations et obstacles rencontrées par nos Eglises locales. (Ora)

Pour ce faire, il urge que nous travaillons sérieusement et avec motivations pour soumettre à nos pères évêques et suggérer aux théologiens africains (observateurs, consulteurs,…) qui seront la voix du continent au synode, des éléments précis et des réflexions pertinentes qui traduisent fidèlement et méthodiquement le vécu de notre Eglise d’Afrique ! Commençons par lire les lineamenta (www.vatican.va/.../synod/.../rc_synod_doc_20110202_lineamenta-xiii- assembly_fr.html -) du prochain synode et à faire des propositions constructives. (Labora)

 

 



18/05/2011
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